Thomas de Bergeyck
22 January 2026
Virginia, dite “Ira”, naît à Rome en 1940, héritière d’un double monde. Par son père, le prince Tassilo de Fürstenberg, elle descend de la vieille Allemagne. Par sa mère, Clara Agnelli, elle émane de la galaxie Fiat, familière de cette bourgeoisie industrielle turinoise aussi puissante que codée. Très vite pourtant, le décor se lézarde : ses parents se déchirent, sa mère fuit l’ennui conjugal et l’Italie catholique tolère encore mal l’adultère. L’enfance de Virginia se fractionne entre pensions et séjours en France, Italie, Allemagne et Espagne. Comme si, déjà, sa vie s’écrivait en transit, dans les halls d’aéroport et les salons d’hôtel.
Puis arrive Alfonso. Printemps 1955, Donaueschingen : le fief des Fürstenberg, où se trouve le castel familial, sert de théâtre à une rencontre digne d’un roman-photo. Lui, prince de Hohenlohe-Langenburg, trente ans, séducteur, déjà la tête pleine de projets à Marbella où il lance le tourisme de la jet set grâce à son célébrissime Marbella Club Hôtel. Et elle, quinze ans à peine, tout juste sortie de l’école. Quand Alfonso lance, bravache : “Je vais épouser cette fille”, tout le monde sourit, un peu nerveux. L’Église, elle, sourit beaucoup moins… Il faut une dispense spéciale du Vatican pour autoriser ce mariage avec une adolescente. On est en septembre, à Venise, et l’Europe recommence à faire la fête : deux semaines de célébrations, 300 invités, des gondoles bondées de cousins espagnols, italiens, allemands, et une mariée qui arrive en retard parce que son coiffeur, Alexandre de Paris, est tombé dans la lagune…
Ce mariage-là, c’est sa grande scène d’ouverture. Mais très vite, le rideau retombe. Le couple s’installe au Mexique, où Alfonso dirige la firme Volkswagen. À seize ans, Virginia donne naissance à Christoph, puis à Hubertus trois ans plus tard. Elle devient mère avant d’être femme, coincée entre les chasses autrichiennes de son mari et ses absences d’homme d’affaires. Alfonso parie sur les voitures, sur l’avenir de Marbella, sur le tourisme de luxe ; elle s’ennuie dans des salons trop vastes, noyée de nounous et d’invitations. Le Prince pense qu’elle n’osera jamais partir. Un soir, à Paris, elle se dit simplement : “Si je rencontre quelqu’un là, maintenant…” Chez Maxim’s, cet “autre” a un nom : Francisco Pignatari, richissime industriel italo-brésilien. La suite est écrite : divorce en 1960, remariage à Reno, quatre ans d’amour transcontinental entre São Paulo, Miami et la place Vendôme.
La princesse Ira De Furstenberg et son Christophe Èkikoè Von Hohenlohe - Soirée en hommage au Duc de Windsor à l'hôtel du Palais de Biarritz © Bestimage/Photo News
Divorcée deux fois à vingt-quatre ans, installée dans un petit appartement place Vendôme, Ira – elle a simplifié son prénom – découvre une autre liberté : le cinéma. Dino De Laurentiis la lance, les paparazzis la suivent. Elle tourne trente films, donne la réplique à Anthony Quinn ou Klaus Kinski. Puis elle se lance dans ma mode en devenant directrice des relations publiques de Valentino. Côté cœur, Ira apaisera un temps la douleur du prince Rainier, veuf d’une Grace partie trop vite à cinquante-deux ans.
Sa vie est celle d’une collectionneuse parisienne, amoureuse des intérieurs au point d’un faire commerce. Elle choisit de vivre à l’hôtel, au Royal Monceau où, très vite, les huissiers remplacent les garçons d’étage : Ira est criblée de dettes. Il y en a pour 100 000 euros ! Mais le pire drame ne sera pas financier : en 2006, son fils Christoph meurt dans une prison de Bangkok. Elle qui a tant voyagé loin de ses enfants porte ce deuil comme une blessure qu’aucun titre ne consolera jamais. Ira de Fürstenberg s’éteint à Rome, en février 2024, sans jamais avoir su élucider les circonstances de la mort de son aîné. Troubles, comme le fut la vie de cette altesse à nulle autre pareille.
Photo de couverture : La princesse Ira de Fürstenberg © Bestimage/Photo News
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