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La Bretagne sous l'objectif de la princesse Sophie de Roumanie

Portrait Gotha

Christophe Vachaudez

02 October 2020

© Christophe Forest

[caption id="attachment_24339" align="alignnone" width=""]La princesse Sophie de Roumanie[/caption]Difficile parfois d'expliquer un coup de coeur comme celui éprouvé par la princesse Sophie de Roumanie pour la Bretagne. La fille du roi Michel a même fini par s'y installer, immortalisant la mystérieuse beauté de ses terres sauvages. Aujourd'hui, toutefois, elle habite la Roumanie.

Car la Princesse promène son objectif depuis plus de dix ans maintenant, non sans susciter la curiosité de bretons séduits par le talent de cette vraie altesse royale. Et avec passion, elle sillonne l'Armorique à l'affût d'une lumière propice, d'une vague fougueuse, d'une brume atmosphérique ou d'un moment suspendu. Comme nombre de ses confrères, elle patiente jusqu'à la nuit tombée profitant des derniers éclats crépusculaires ou se lève dès potron-minet pour guetter ces premières lueurs qui éveillent la rosée et transpercent les frimas. Née en Grèce, Sophie de Roumanie a grandi en Suisse et a étudié sur l'ile de Man et aux États-Unis où elle s'installera quelques années. Elle peint mais finit par se tourner vers la photographie. La Princesse avait accordé un entretien à L'Eventail voici quelque temps.

© Princesse Sophie de Roumanie

L'Eventail - Madame, quand avez-vous découvert la Bretagne dont on peut dire que vous êtes tombée amoureuse ?

Princesse Sophie de Roulanie - J'y suis allée la première fois pour visiter le site mégalithique de Carnac en 2003. Découvrir la Bretagne a été une révélation, un vrai émerveillement. Cela a été très fort. La Bretagne présente un littoral aussi varié que superbe, ponctué de phares et de forêts de toute beauté, sans oublier ses magnifiques châteaux et ses sites archéologiques. De plus, j'ai trouvé là-bas une lumière sublime, un élément si important pour les photographes !

- Est-ce à ce moment que vous décidez de vous consacrer totalement à la photographie ?

- Entre 2003 et 2007 j'ai parcouru des milliers de kilomètres arpentant la Bretagne de fond en comble. J'étais attirée chaque fois un peu plus au fil de mes voyages. Mais ce n'est que lorsque ma fille et moi avons quitté la Touraine, où nous vivions, pour nous installer en Bretagne, en 2007, que j'ai pris la décision de me lancer à plein temps dans la photo, activité que je pratiquai en tant qu'amateur jusque là.

Dans les Monts d'Arrée © Princesse Sophie de Roumanie

- Est-il vrai que cette passion pour la photographie vous a été transmise par votre père ?

- Il est indéniable que les films de famille et de voyages de mon père, ses photos et ses diapositives, ont eu un impact certain sur moi. Je voulais faire de belles photos comme lui, car certaines, tout simplement merveilleuses, me faisaient rêver. Mais il n'y a pas que ses clichés qui m'ont influencée. Mon père recevait chaque mois son magasine National Geographic. Les photos dans les reportages de ce magazine me fascinaient et représentaient la magie des voyages, enrichissant sans cesse nos connaissances. j'ai ensuite découvert l'œuvre extraordinaire de Ansel Adams, pionnier de la photographie moderne et grand défenseur de l'environnement. J'aimerais préciser que je ne considère pas mon activité photographique comme une passion, c'est tout simplement ce que je fais et ce que je suis. J'ai eu un appareil photo entre les mains depuis la plus tendre enfance. Sans exercer cette activité, je ne me sens pas entière. Si cela s'appelle une passion, soit, mais pour moi c'est aussi vital que respirer.

© Princesse Sophie de Roumanie

- Y a-t-il des moments dans la journée qui vous inspirent davantage ?

- Je m'intéresse tout particulièrement à l'aube et au crépuscule car la lumière est douce, les contrastes atténués, ce qui donne une atmosphère particulière. Il y a des vues et des couleurs fabuleuses à l'heure bleue, après le coucher du soleil aussi. Mais certaines journées un peu couvertes sont également intéressantes. Cela dépend entièrement du sujet. Mes préférences sont dictées par la météo et la luminosité du jour en question et par la façon dont je pense traduire au mieux cette luminosité pour le spectateur. Sans lumière, la photo n'existe pas, sans luminosité, l'émotion est absente et, sans une certaine sensibilité de la part de celui qui tient l'objectif, il n'y a pas d'histoire.

- Vous photographiez la nature, les ports, phares et villages de Bretagne mais on ne trouve pas de portraits. Est-ce un choix ou un hasard ?

- Oui, c'est délibéré. Je photographie les paysages, les grands espaces, la nature dans toute sa beauté. Il est rare que les gens soient inclus dans mes photos. S'ils y trouvent une place de temps en temps, c'est pour indiquer l'échelle d'un paysage ou d'un monument, ou raconter une histoire spécifique.

Sophie de Roumanie © Christophe Forest

- Après la chute du communisme en Roumanie, vous vous êtes aussi impliquée pour aider vos compatriotes. Quelles ont été vos initiatives ?

- En 1998, je me suis demandée ce qui était plus important : mon diplôme ou mon pays brisé. La réponse était sans appel ! En qualité de vice-présidente de la Fondation Princesse Margareta de Roumanie, je me suis engagée à assister le peuple roumain et les enfants en particulier dans leur lutte pour la récupération de leur identité après des décennies de tyrannie. J'ai participé à des missions d'enquêtes qui ont contribué à l'approfondissement des informations que nous avions récoltées pendant nos premières visites, afin de mener à bien des projets ciblés. La Fondation Princesse Margareta pouvait ainsi participer d'une manière très efficace à la reconstruction du pays et aider nos compatriotes. J'ai également participé à la récolte de fonds, notamment aux Etats-Unis, ainsi qu'à la promotion des intérêts de la Fondation sur le plan international. J'ai aussi fait publier un premier livre, une collection de contes pour enfants, à Bucarest en 1995, au profit de la Fondation afin de contribuer d'une façon très personnelle à améliorer les conditions des enfants malades et défavorisés.

- Avez-vous des projets, tant en Roumanie qu'en Bretagne ?

- Pour la Bretagne, je continue à chercher des lieux d'expositions de haute qualité. Je promeus aussi la Bretagne dans d'autres pays comme je l'ai fait en Allemagne, à Dubaï et en Roumanie. Je travaille en ce moment sur un grand projet concernant la Roumanie axé sur une série d'expositions photographiques qui valoriseront la riche histoire et la diversité du patrimoine culturel, rural et environnemental de mon pays. Chaque région présente des caractéristiques et des atouts distinctifs et remarquables qui seront photographiés et mis en lumière à travers mon objectif. Je cherche actuellement des sponsors tant en Roumanie qu'ailleurs dans le monde afin que ce projet aboutisse. J'aimerai que les joyaux patrimoniaux et la nature de mon pays soient mis en valeur, pour nous tous mais aussi surtout pour nos enfants.

www.sophiederoumanie.com

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