Éric Jansen
12 March 2026
C’est un paysage normand comme on le rêve : vallonné, traversé par une rivière et un étang peuplé de canards, avec des pommiers sur un versant et des fermes au loin. La petite route serpente jusqu’à la maison, ou plutôt les maisons, car la propriété de François Laffanour est composée de plusieurs bâtiments. “Avant, c’était un centre équestre avec des boxes que j’ai complètement transformés avec l’aide du Studio Scandinave et de Jean de Piépape.” Effectivement, devant l’élégante façade de la première demeure, difficile d’imaginer qu’elle accueillait des chevaux et de la paille… Rythmée par de grandes ouvertures serties de noir, elle est devenue un écrin moderniste pour une collection unique d’art et de design.
© Eric Jansen
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Les amateurs de mobilier du xxe siècle, et plus particulièrement de pièces créées après-guerre, connaissent François Laffanour : il est, à Paris, le grand spécialiste de Jean Prouvé, Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret et Jean Royère. Que ce soit dans sa galerie de la rue de Seine ou dans les foires – il a longtemps été présent à la TEFAF Maastricht, mais cette année il sera à celle de New York – il expose des pièces dont raffolent les collectionneurs. Avec le temps, la mode a rattrapé l’enthousiasme de ses débuts et ses premiers coups de coeur, quand il récupérait le mobilier de la Cité universitaire à Paris ou celui créé pour la ville de Chandigarh en Inde. “J’ai ouvert ma galerie en 1982. J’ai fait la première exposition consacrée à Jean Royère un an plus tard. J’ai montré Jean Prouvé en 1985. J’ai connu Charlotte Perriand à la fin de sa vie. Cela fait quarante ans que je défends ces créateurs.” Depuis, les prix se sont envolés, mais pour le marchand pas question de ne pas vivre au quotidien entouré de ses designers préférés.
© Eric Jansen
Nous avions pu nous en rendre compte lors de la visite de son appartement parisien, mais ce n’était rien en comparaison de son nouveau domaine normand, dont il entrouvre aujour-d’hui la porte. Tout est parti d’une visite, à la nuit tombée, d’un immense domaine noyé de ronces… “J’ai été touché par la beauté de l’endroit et j’ai tout de suite imaginé ce que j’allais pouvoir en faire : une très agréable maison de campagne à deux heures de Paris, mais aussi le prolongement de ma galerie en version xxl. Montrer à des amis collectionneurs, qui viendraient passer le week-end ici, des pièces de design mélangées à de l’art contemporain, le tout plongé dans la nature.” Car si le marchand parisien a une prédilection pour le mobilier des années 1950, il est aussi amateur d’artistes de son temps. Pour preuve, ces sculptures de Stefan Nikolaev et de Richard Jackson qu’on a aperçues en arrivant, et celles de Thomas Houseago et de Loris Gréaud, à côté de la maison. Sans parler des nombreux Signaux de Takis qui s’élèvent sur fond de bocage normand. “J’ai acheté mon premier Takis dans les années 1980, grâce à mon ami Bob Calle qui m’avait emmené chez lui dans le 14e arrondissement. C’est devenu une passion. J’ai eu l’impression, comme pour Prouvé et Perriand, que je pouvais acheter des trésors. Takis n’est toujours pas considéré à sa juste valeur.” Gageons qu’il le sera bientôt, car François Laffanour ne manque pas de flair. Et sa collection de Takis est impressionnante.
© Eric Jansen
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Quand on pénètre à l’intérieur de la première maison, on retrouve les grandes sculptures métalliques, mais aussi d’autres oeuvres plus inattendues comme ce curieux meuble Télélumière ou ce tableau Télépeinture. Il voisine avec des pièces de design très importantes, notamment le bureau Présidence de Jean Prouvé, une grande console de Charlotte Perriand, “commandée par Bruno Coquatrix pour son appartement de l’avenue Foch”, des lampadaires d’Andrea Branzi, le fauteuil Ox de Hans Wegner, des canapés de Donald Judd, autour d’une cheminée centrale chinée au marché aux Puces. La pièce est traitée comme un vaste salon-cathédrale, avec poutres apparentes, mais peintes en blanc, sol en béton ciré et suspensions d’Isamu Noguchi. Aux deux extrémités, des escaliers en béton et rampes métalliques conduisent aux chambres. Amoureux de la chaumière normande, passez votre chemin !
© Eric Jansen
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Quand on pénètre à l’intérieur de la première maison, on retrouve les grandes sculptures métalliques, mais aussi d’autres oeuvres plus inattendues comme ce curieux meuble Télélumière ou ce tableau Télépeinture. Il voisine avec des pièces de design très importantes, notamment le bureau Présidence de Jean Prouvé, une grande console de Charlotte Perriand, “commandée par Bruno Coquatrix pour son appartement de l’avenue Foch”, des lampadaires d’Andrea Branzi, le fauteuil Ox de Hans Wegner, des canapés de Donald Judd, autour d’une cheminée centrale chinée au marché aux Puces. La pièce est traitée comme un vaste salon-cathédrale, avec poutres apparentes, mais peintes en blanc, sol en béton ciré et suspensions d’Isamu Noguchi. Aux deux extrémités, des escaliers en béton et rampes métalliques conduisent aux chambres. Amoureux de la chaumière normande, passez votre chemin !
© Eric Jansen
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Cette fantaisie contrebalance agréablement la dimension “muséale” des lieux. Un peu plus bas dans le vallon, l’autre maison de la propriété est, elle aussi, entièrement meublée de design historique. Dans la salle à manger, on reconnaît autour de la table commandée à Rudy Ricciotti, les chaises de Hans Wegner, le fauteuil Feltri de Gaetano Pesce, la lampe d’Andrea Branzi. Dans la cuisine, on retrouve les chaises Méribel et les fauteuils Bauche de Charlotte Perriand. Idem pour les chambres, dont l’une est dédiée aux créations de Garouste & Bonetti, quand une autre est décorée d’un bureau et d’un fauteuil de Pierre Jeanneret…
© Eric Jansen
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Mais, surtout, le clou de la visite se trouve à l’extérieur et ne manque pas d’audace : François Laffanour a installé une des fameuses maisons démontables de Jean Prouvé. Fixée sur des piliers, elle domine le vallon et fait face à un sublime panorama. À l’intérieur, le lit, le buffet, l’armoire sont également de Prouvé. Ils cohabitent harmonieusement avec un bureau et des fauteuils signés Pierre Jeanneret, une table basse de Roger Capron. Généralement, on voit ce genre de mise en scène à Maastricht ou à Design Miami ! Ici, nous sommes en pleine nature et toute notion de valeur a disparu… “Au moment du coucher de soleil, c’est sublime.” Dans l’avenir, François Laffanour souhaite accueillir des artistes en résidence. Deux autres maisons dans le parc sont prévues à cet effet, mais on imagine qu’ils vont être nombreux à vouloir loger dans cette cabane très inspirante…
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