Patrick Weber
29 April 2026
Cela tangue dans les monarchies en 2026 ! Les déflagrations de l’affaire Epstein se font sentir au sein de plusieurs monarchies européennes. Au-delà de chaque cas abondamment traité dans la presse et sur les réseaux, des questions essentielles se posent. De Londres à Oslo, en passant par Madrid ou Monaco, les couronnes ont été mises sous forte pression ces derniers mois. Des scandales ou des rumeurs touchent au cœur de ce qui fait la force de la monarchie, et qui tient en un mot : la confiance.
Parlant d’une institution humaine, la monarchie est forcément tributaire des comportements des hommes et des femmes qui l’incarnent. En tant que royalty watcher, j’ai souvent été interviewé à propos des dérapages du gotha. Et il m’a fallu réagir à une question, récurrente : “Les scandales peuvent-ils détruire les monarchies ?” Ma réponse a toujours été la même : “non” ! Voilà mon avis, mais encore faut-il expliquer pourquoi…
La couronne est ancrée dans le présent, mais elle puise ses racines dans l’histoire. Prenons l’exemple du Royaume-Uni. Au fil des siècles, les rois d’Angleterre ont survécu à une révolution (qui a tranché la tête de Charles Ier), au règlement drastique des problèmes conjugaux d’Henri
VIII (qui ont coûté leur tête à deux de ses épouses). On pourrait encore signaler le long règne d’un roi présenté comme fou (George III), le mariage scandaleux de son fils George IV, la longue dépression de la reine Victoria, les escapades coquines d’Edouard VII, la love story sulfureuse d’Edouard VIII avec Wallis Simpson et leur rencontre avec Hitler, les ruptures spectaculaires de la princesse Margaret, l’étalage médiatique tonitruant de Lady Diana et la relation adultère de Charles et Camilla… N’en jetez plus ! Il y a de quoi écrire des volumes entiers sur les mésaventures – grandes et petites – de la couronne britannique. Chaque fois, on a prédit des dommages irrémédiables pour la monarchie… qui s’en est toujours remise. CQFD.
Comprenez-moi bien, il ne s’agit pas de sous-estimer l’importance des scandales qui ébranlent l’institution. C’est le bon moment pour rappeler l’importance des piliers qui la consolident. La confiance et, même si c’est impossible, la promesse d’être irréprochable. La litanie des dérapages plus ou moins graves rappelle aussi l’urgence pour les monarchies de gérer la présence des cadets (Andrew et Harry au Royaume-Uni, Cristina en Espagne, Martha-Louise en Norvège…). Faut-il les intégrer dans le noyau de la couronne ? Ou les reléguer à la périphérie de l’action royale ? Et tant que nous sommes dans l’histoire, rappelons que les rois Louis XIII, Louis XIV et Louis XVI ont tous eu maille à partir avec leurs petits frères.
Une fois de plus, le temps a fait son œuvre et il n’y a rien de nouveau sous le soleil des rois. Mais dans une société hyperconnectée, il devient difficile de cacher la poussière sous le tapis et de masquer la vérité aux citoyens. En conclusion, il est impossible d’être irréprochable mais il faut anticiper les problèmes sous peine, non pas de faire imploser la monarchie, mais à tout le moins de l’affaiblir. Les princes et les princesses d’aujourd’hui auraient tout intérêt à méditer sur les leçons des derniers mois pour prévenir les tempêtes de demain. Rappelez-nous… qui disait encore que “gouverner, c’est prévoir” (*) ?
(*) Maxime attribuée à Émile de Girardin (ou, souvent, à Adolphe Thiers – ndlr)
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