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Le quartier bruxellois qui se dévore

BrasserieBruxellesCaféCuisine italienneCuisine japonaiseGastronomieRestaurantSaint-Boniface

Camille Misson de Saint-Gilles

07 October 2026

Autour de son église néogothique, le quartier Saint-Boniface, à Ixelles, cultive depuis longtemps un irrésistible esprit de village. Entre tables asiatiques, trattorias italiennes, cafés branchés et nouveaux lieux très attendus, le coin est aussi devenu l’un des épicentres gourmands de Bruxelles.

À l’heure d’un déjeuner, une file se forme devant un comptoir de ramen. Quelques mètres plus loin, des nouilles chinoises longues de deux mètres s’étirent au-dessus des assiettes, tandis qu’en terrasse on commande la bière de quartier. Dans les rues voisines, les ordinateurs s’ouvrent à côté des matchas latte, les focaccias voisinent avec les pâtisseries et les conversations passent naturellement du français à l’anglais, au néerlandais ou à l’italien. Bienvenue à Saint-Boniface, petit territoire cosmopolite dont la gourmandise dépasse aujourd’hui largement les contours de la place.

© StandbildCA / Shutterstock.com

Il y a toujours eu, ici, un esprit de village. Une église reconnaissable, des terrasses serrées les unes contre les autres, des habitués qui se saluent et cette façon très ixelloise de mêler élégance sans raideur, brassage culturel et joyeux désordre. À deux pas de Matonge, de la Porte de Namur et de l’avenue Louise, Saint-Boniface est à la fois central et légèrement en retrait, comme protégé de l’agitation des grandes artères. On y vient rarement par hasard, mais souvent avec une idée précise de ce que l’on souhaite manger.

L’Asie en partage

La densité d’adresses asiatiques raconte à elle seule la métamorphose du quartier. Saint-Boniface est devenu une destination pour ceux qui aiment les bouillons parfumés, les pâtes étirées à la main, les assiettes à partager et les petits comptoirs spécialisés.

Chez Koku Ramen, les bols fumants attirent une clientèle fidèle, parfois prête à patienter pour s’installer dans cette minuscule adresse de la rue Saint-Boniface. À proximité, Little Tokyo : une cantine vivante et colorée, inspirée de la street food, où ramen et donburi entretiennent une atmosphère volontiers festive.

La Taverne de ZHAO, enseigne née en France et installée en Belgique depuis 2025, a quant à elle fait de ses spectaculaires biang biang sa signature. Ces nouilles chinoises larges et souples, annoncées comme longues de deux mètres, ont largement contribué à sa réputation sur les réseaux sociaux. Servies avec des sauces généreuses, elles associent effet théâtral et plaisir régressif.

© Taverne Zhao

© DR

Le voyage se poursuit chez Knees to Chin, dont les rouleaux de printemps ont renouvelé le genre avec fraîcheur, ou au Deuxième Élément, institution thaïlandaise du quartier. Ratz, tout droit sorti de l’imaginaire de Thierry Goor (voir interview en page 158), Yamato – installé depuis 1987 dans le quartier – et les autres comptoirs alentour complètent cette cartographie asiatique où chaque adresse défend son vocabulaire, du ramen traditionnel aux créations plus métissées. Ici, l’Asie n’est pas une tendance passagère : elle fait désormais partie de l’identité culinaire locale.

© Yamato

© Ratz

Un air d’Italie

Saint-Boniface sait aussi parler italien… avec les mains, bien entendu ! Autour de la place, les tables transalpines composent une seconde famille gourmande, oscillant entre recettes populaires et décors contemporains. Mano à Mano demeure l’un des rendez-vous familiers de la rue Saint-Boniface, tandis que Volta Supper Club donne à la pizza un écrin plus nocturne et urbain.

Un peu plus loin, rue de la Paix, l’Osteria Bolognese revendique ses racines avec une sincérité réjouissante. Dans ce petit restaurant familial, les produits frais et les pâtes de Bologne rappellent que la cuisine italienne fait mouche lorsqu’elle résiste à la complication. La salle compte peu de tables, ce qui ne fait qu’accentuer l’impression d’avoir découvert une adresse précieuse.

La présence de la Botte s’apprête à prendre une dimension supplémentaire avec l’arrivée annoncée de Sopra et Sotto, deux nouvelles adresses qui ouvriront dans la tour Bastion, littéralement au-dessus – “sopra” – et en dessous – “sotto” – de la boutique Kartell fraîchement installée. Une ouverture annoncée pour octobre qui confirme l’attractivité grandissante du quartier auprès des restaurateurs comme des créateurs de concepts “hospitality & design”.

Brasseries nouvelle génération

Le quartier n’a pourtant rien renié de son goût pour la brasserie. Fondé en 1979 et remis au goût du jour par Nonante Folies en 2025, le Volle Gas en est l’une des figures historiques : un établissement animé et typiquement bruxellois, où l’on vient autant pour manger que pour observer la vie locale autour d’une bière. À cette tradition répondent aujourd’hui des lieux plus hybrides. C’est le cas de Moutarde, avec sa cuisine décomplexée et son très tentant espresso Martini, qui accompagne le passage du déjeuner au dîner, puis du dîner à la soirée. Titulus brouille, lui aussi, les frontières entre cave, bar et restaurant. Les boissons naturelles donnent le ton d’une cuisine locale pensée pour le partage. Ces adresses racontent une nouvelle manière de sortir : moins cérémonieuse, plus spontanée, où l’on peut entrer pour un verre et rester autour d’assiettes à partager.

© DR

Impossible de laisser de côté Savage, qui fête ses cinq ans et dont la devanture en faïence vert mousse donne d’emblée le ton. Dans l’assiette, une formule principalement végétale tout en laissant le choix d’une option carnée ou issue de la mer. Un parti pris séduisant, aussi bien pour les yeux que pour les papilles.

© Savage

© Cosmos

Dans un registre plus gastronomique, Cosmos marque le retour très attendu du chef Kevin Perlot, autrefois aux commandes de Vertige. Installée dans un élégant bâtiment classé de la rue du Trône, sa nouvelle table donne corps à une vision personnelle et résolument contemporaine de la cuisine. Le végétal et les produits de la mer occupent le devant de la scène, tandis que la viande intervient ponctuellement, au gré des suggestions.

À l’autre extrémité du spectre, Elbow Lunch Counter cultive le plaisir immédiat et l’esprit du diner américain. Derrière ce comptoir chromé le New-Yorkais Tyler aligne des sandwichs aussi généreux que réconfortants. Le pastrami s’y glisse entre des œufs coulants, des oignons fondants et une moutarde relevée, tandis que le Reuben, le cheesesteak et le tuna melt complètent une carte sans détour. Les portions sont copieuses, l’ambiance joyeusement américaine et le décor semble tout droit importé des États-Unis, avec ses tabourets tournants et sa cuisine ouverte sur le spectacle du service. Café filtre à volonté, limonade maison, cinnamon rolls et donuts achèvent le voyage. Une adresse franche et gourmande, idéale pour un déjeuner sur le pouce qui ne fait aucune concession à l’appétit.

Plus bas, autour de la rue de Namur et de la Porte de Namur, le mouvement continue avenue Marnix. Faubourg 21 réunit notamment Chaga, un restaurant gastro perché sur les toits de l’avenue Marnix, et Noisette, une cantine divinement légère et gourmande.

© Noisette

Café, matcha et smoothies

Le quartier vit désormais dès potron-minet. L’essor du café de spécialité et de la culture matcha y attire une population de travailleurs nomades, de jeunes parents, d’étudiants et de créatifs qui réinventent la pause-café.

Belga & Co, rue Ernest Solvay, fait partie des pionniers de cette génération bruxelloise attentive à l’origine et à la torréfaction du grain. Tandis que Goods Bakery mise sur les pains, viennoiseries et pâtisseries, et que Tabi Loo (tous deux situés rue de la Paix) complète l’offre avec ses produits vegan.

© Belga & Co

Bigg Cake assume, quant à lui, une gourmandise plus généreuse ; alors que l’enseigne suédoise Joe & The Juice injecte son énergie internationale et healthy dans le paysage. Daily Daily, le café installé dans le concept store Mayfair (bd de Waterloo), Bouche, Tich (rue de Namur) – avec son identité végétale – ou Eight (rue du Pépin) déclinent chacun une esthétique où la boisson compte presque autant que le décor. On y vient pour un cappuccino parfaitement dessiné, un matcha glacé, un déjeuner léger ou quelques heures de télétravail. Et parce qu’il en fallait au moins un, Muse introduit dans le quartier un concept bien dans l’air du temps, à la croisée du studio de yoga & Pilates et du coffee shop. La Fabrique en ville, nichée dans le parc d’Egmont, prolonge la promenade dans un cadre plus vert et apaisant.

© Daily Daily

Cette effervescence pose naturellement la question de l’équilibre. Le succès peut transformer un quartier, parfois jusqu’à menacer la spontanéité qui le rendait désirable. Mais Saint-Boniface et les environs cultivent pour l’instant un mix rare : institutions, adresses confidentielles et nouveaux venus, tables accessibles et expériences plus ambitieuses, cuisines venues d’ailleurs… et tout cela avec cet indéniable art bruxellois de l’accueil.

On peut y entamer la journée par un café de spécialité, partager des nouilles chinoises à midi, s’offrir une pâtisserie dans l’après-midi, commander un aperitivo à la tombée du jour et terminer devant un classique belge. Et cela, sans parcourir plus de quelques centaines de mètres. Au-delà d’un quartier où l’on mange bien, Saint-Boniface se déguste bouchée après bouchée et terrasse après terrasse, au gré de ses adresses nouvelles ou déjà installées.

Photo de couverture : © StandbildCA / Shutterstock.com

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