François Didisheim
15 September 2026
« En termes d’efficacité et de concurrence, l’IA est un train que l’on n’a vraiment pas intérêt à rater, si on ne veut pas se tirer une balle dans le pied. » Le propos d’Amaury de Potter a particulièrement retenu l’attention de l’assemblée. Son credo tient en quelques mots : pas de chèque en blanc à l’intelligence artificielle.
Deux heures de débats plus tard, une certitude s’imposait : personne ne songe sérieusement à arrêter le train. Reste à savoir dans quel wagon monter — et surtout qui garde la main sur les commandes.
Ce propos prend tout son sens dans l’univers de l’assurance-vie et de la gestion patrimoniale. Utmost Group, qui a intégré Lombard International Assurance en 2025, administre 133 milliards d’euros d’actifs et accompagne une clientèle privée dans une quinzaine de pays.
Ici, confidentialité, sécurité et confiance ne sont pas des éléments de langage. Elles constituent le véritable fonds de commerce. Quand il est question du patrimoine de familles parfois constitué sur plusieurs générations, on apprécie que les serrures soient solides.
Le Luxembourg s’est imposé comme une place forte du secteur, moins pour les clichés fiscaux qu’on lui prête encore que pour la solidité de son architecture. Son fameux « triangle de sécurité » organise une protection particulièrement poussée des avoirs.
Le système sépare strictement les actifs de ceux de la compagnie en les plaçant dans une banque dépositaire. Le Commissariat aux Assurances contrôle ce dispositif pour garantir une sécurité totale. En cas de crise, le client bénéficie d’un « Super Privilège » pour récupérer l’intégralité de ses fonds en priorité absolue.
Quelle place laisser à l’IA dans cet univers sous haute surveillance ? Une place importante, mais certainement pas le fauteuil du patron.
Chez Utmost, l’intelligence artificielle aide déjà à synthétiser, analyser, traduire, contrôler des documents ou détecter des points d’attention dans certains dossiers. Elle fait gagner du temps aux équipes juridiques, administratives ou de compliance. Mais elle travaille, pour l’heure, en vase clos, sur des infrastructures internes. Les données sensibles des clients n’ont aucune vocation à partir se promener dans la nature numérique.
Car derrière l’enthousiasme technologique demeure une question assez ancienne : à qui fait-on confiance ? L’IA impressionne, accélère, repère ce que l’œil humain peut manquer. Mais elle n’est pas infaillible — elle peut aussi se tromper avec une assurance assez déconcertante. Dans la finance, le détail a son importance.
Amaury de Potter résume l’équation avec pragmatisme : ignorer l’IA serait absurde ; lui abandonner les clés le serait tout autant. L’enjeu n’est déjà plus de savoir si elle sera utilisée, mais comment elle le sera, avec quelle gouvernance, quelles limites et quelle supervision humaine.
La révolution aura donc bien lieu. Mais chez Utmost, elle devra montrer patte blanche avant d’entrer. Une position qui résonne avec les préoccupations de nombreux acteurs du secteur financier, soucieux de concilier innovation technologique et protection des données.
Car lorsqu’une révolution avance aussi vite, autant multiplier les points de vue avant qu’elle ne décide de donner le sien.
Sur le même sujet, découvrez le dernier podcast de François Didisheim, CEO de High Level Communication & L’Eventail, sur BXFM Radio :
Article inspiré par la newsletter de Lobby du 11 septembre écrite par Françoise Wallyn et François Didisheim, fondateur de Lobby. Retrouvez la revue des cercles du pouvoir, ici