François Didisheim
25 August 2026
Toutes les bonnes choses ont une fin, même l’été à Knokke-le-Zoute. Les parasols se replient doucement, les journées raccourcissent, les agendas professionnels reprennent des couleurs et les derniers irréductibles négocient encore quelques jours de terrasse avant de retrouver Bruxelles, les dossiers et cette boîte mail que l’on avait juré de ne consulter que « très rarement » pendant les vacances. Le moment paraît propice à un exercice de mémoire. Entre 1990 et 1998, la rumeur allait bon train : « Knokke ? Beaucoup trop cher ! » Près de trente ans plus tard, force est de constater que la perception de la cherté comportait alors une forme d’innocence.
Les années passent, mais le plaisir du cuistax reste exactement le même, sauf au niveau du prix. © DR
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Une heure de tennis coûtait 440 francs belges, soit environ 11 €. Un kilo de crevettes chez Irma s’affichait à 760 FB, soit 19 €. Un Misérable pour quatre personnes chez Gaelens revenait à 560 FB, soit 13,90 €. Quant au délicieux petit pistolet du matin, il ne dépassait pas 8 francs belges, soit 20 centimes. Le ravier de fraises à la Grappe de Raisins s’échangeait pour 169 FB, environ 4 €. Une heure de cuistax se louait 150 FB, soit 3,70 €, et le matelas sur la plage se négociait à 180 FB, soit 4,40 €. Pour le prix actuel de certaines consommations, on pouvait s’offrir une journée entière de dolce vita knokkoise. Côté plaisirs coupables, la glace trois boules à la Poste coûtait 70 FB, soit 1,70 €, tandis que la fameuse gaufre chez Siska atteignait la somme, alors jugée extravagante, de 100 FB, soit 2,50 €. À la tombée de la nuit, le gin tonic au Knokke Out se commandait pour 250 FB, environ 6 €. Un tarif qui, avec le recul, invitait presque à en prévoir deux. Le golf lui-même paraît aujourd’hui sorti d’une époque bénie : 750 FB, soit 18,50 €, pour une demi-heure de cours.
L’épicerie bien connue “La grappe de raisins” a vu le jour en 1929. Cette affaire familiale continue d’offrir des produits de qualité… Mais à quel prix ! © DR
Comparaison n’est pas raison. L’inflation a fait son œuvre, les salaires ont évolué, les coûts aussi, et Knokke a confirmé son positionnement de destination premium. Une simple conversion du franc belge en euro ne raconte donc pas toute l’histoire économique. Mais elle éclaire remarquablement bien notre rapport au prix. Car ce qui paraissait exorbitant hier semble presque dérisoire aujourd’hui. Voilà une leçon d’économie comportementale à méditer avant la rentrée : le prix est un chiffre, mais sa perception relève d’une affaire d’époque, de contexte, parfois de mémoire sélective. Les dirigeants d’entreprise connaissent bien le phénomène. Retrouver un ancien budget, une facture ou un business plan datant de vingt-cinq ans provoque toujours le même trouble : quelques secondes durant lesquelles on se demande si Excel n’a pas oublié un zéro. Aussi vaut-il mieux conserver précieusement les additions de cet été 2026. En 2056, elles paraîtront peut-être délicieusement bon marché.
Sur le même sujet, découvrez le dernier podcast de François Didisheim, CEO de High Level Communication & L’Eventail, sur BXFM Radio :
Article inspiré par la newsletter de Lobby du 21 août écrite par Françoise Wallyn et François Didisheim, fondateur de Lobby. Retrouvez la revue des cercles du pouvoir, ici