François Didisheim
31 March 2026
Les animaux ont toujours accompagné les puissants. Roosevelt, Churchill, les présidents américains, des rois, des premiers ministres… presque tous ont eu un chien ou un chat. Compagnons fidèles, confidents silencieux, mais aussi outils d’image, ne soyons pas dupes.
Les chiens de Vladimir Poutine illustrent cette dimension stratégique. Buffy, Yume, Verny, Pacha, Konni : la plupart lui ont été offerts par des chefs d’État. Parfaitement dressés, ils posent sur les photos officielles et participent à une mise en scène très maîtrisée du pouvoir. En 2007, lors d’une réunion à Sotchi avec Angela Merkel, le président russe avait fait entrer son labrador Konni, sachant la chancelière allemande peu à l’aise avec les chiens. Dans ses mémoires, celle-ci se souvient que Poutine « savourait la situation » et cherchait à « montrer son pouvoir ». L’intéressé évoquera plus tard une simple maladresse. Chacun jugera.
À l’opposé de cette logique d’intimidation, les Corgis de la reine d’Angleterre relevaient d’une autre fonction : celle de la continuité. Pendant plus de soixante ans de règne, ils ont incarné la tradition, une forme de stabilité rassurante. Là où certains utilisent l’animal pour impressionner, d’autres l’utilisent pour rassurer. Deux styles de leadership, en somme.
Derrière la couronne, une passionnée : Élizabeth II et ses fidèles Corgis et Dorgis, symboles éternels d’une vie de dévouement et d’affection à leur maîtresse. © DR
En Belgique, le chat Maximus, compagnon du Premier ministre Bart De Wever, a récemment fait le tour des réseaux sociaux, prouvant que même au sommet de l’État, un félin peut voler la vedette à son maître.
Si l’on quitte les palais et les sommets internationaux, le sujet devient plus révélateur encore. Près d’un foyer européen sur deux possède un animal domestique, et toute une économie s’organise autour de cette relation : assurances santé, nutrition spécialisée, ostéopathes animaliers, hôtels pour chiens, psychologie comportementale. L’animal n’est plus un simple compagnon, il est devenu un écosystème économique et social à part entière.
Le monde de l’entreprise s’adapte. Certaines sociétés, comme Nestlé Belgique, offrent désormais un jour de congé « patte-ternité » lors de l’adoption d’un animal ou de sa disparition. Une reconnaissance officielle que l’animal peut compter dans une vie autant qu’un événement personnel important.
Les avancées ne manquent pas. La Belgique a inscrit le bien-être animal dans sa Constitution, et Bruxelles accueillera prochainement un centre de réhabilitation pour la faune urbaine. Preuve que la relation entre humains et animaux devient une question de société à part entière.
© DR/Shutterstock.com
Et puis, il y a ceux dont on parle moins : les associations, les refuges, les sanctuaires. Ceux qui recueillent les animaux abandonnés, blessés, maltraités, ceux qui réparent patiemment ce que d’autres ont cassé trop vite. Derrière chaque adoption, des bénévoles, des nuits sans dormir, des soins coûteux, beaucoup de patience et très peu de reconnaissance. Ce travail discret incarne peut-être ce qu’il y a de plus respectable dans notre rapport aux animaux : la responsabilité.
La manière dont une société traite ses animaux dit beaucoup de son niveau d’attention au vivant, mais aussi de son niveau de stress. Plus nos vies s’accélèrent, plus nous nous entourons d’êtres qui vivent simplement, qui nous obligent à marcher, à respirer, à rentrer à la maison à heure fixe.
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Au fond, il existe peut-être une règle universelle du leadership : « Dites-moi comment il traite son animal, et je vous dirai comment il traite ses équipes. » Et, accessoirement, qui commande vraiment à la maison.
Découvrez, sur le même sujet, le dernier podcast de Camille Misson de Saint-Gilles, rédactrice en chef de L’Eventail, sur BXFM Radio :
Article inspiré par la newsletter de Lobby du 27 mars 2026 écrite par Françoise Wallyn et François Didisheim, fondateur de Lobby. Retrouvez la revue des cercles du pouvoir, ici
Photo de couverture : Bart De Wever et son chat, Maximus
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