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Léandre Atdjian

30 May 2022

Du grec « rhêtorikê » signifiant l’art de « bien parler », la rhétorique a longtemps été en vigueur dans le monde Antique avant de tomber en désuétude. Ainsi aujourd’hui trois personnes sur quatre ont déjà soufferts de glossophobie, préférant même pour la plupart mourir plutôt que prendre la parole en public. La rhétorique occupait une place centrale durant l’Antiquité : née en Grèce, elle s’est développée à Rome. Dans ces sociétés, la parole tient une place prépondérante. En effet, c’est un outil primordial de raisonnement et de persuasion distinguant l’Homme des animaux.

En Grèce, la rhétorique a comme but de persuader et convaincre en jouant sur les émotions. Comme l’exprime le sophiste Gorgias : « peithous dêmiourgos », elle est productrice de persuasion.
À Rome, elle fait partie des qualités essentielles comme la piété ou la vertu. Ici la rhétorique permet d’être éloquent et de « bien parler », selon Quintilien : « ars bene dicendi ». Il existe des cours et des écoles dédiées entièrement à la rhétorique.
Différents acteurs s’opposent sur la nature de la rhétorique : pour Cicéron elle permet au citoyen de d’exprimer son opinion dans tous les domaines : économique, juridique ou encore politique. C’est un véritable levier de puissance et doit exclusivement être manié par un « Homme de bien ».

Cicéron, orateur par excellence © Pixabay

Aristote, estime qu’elle peut être utilisée à bon ou mauvais escient. Il distingue dans sa « Rhétorique » trois éléments pour former un discours persuasif :

L’êthos : L’image renvoyée à travers une attitude pour susciter de la confiance et de la crédibilité via par exemple l’élocution ou le regard.
Le pathos : Toucher les moyens affectifs avec les passions ou les réactions émotives, établir un lien avec le public.
Le logos : Recours à la rationalité avec des arguments ou des démonstrations (subtils, complexes ou objectifs).

Platon, acteur majeur de la tombée en disgrâce de la rhétorique l’estimait comme un outil de perfidie et de mensonge utilisé par les sophistes contraire à la vertu et à la recherche de vérité philosophique. Le positivisme s’inscrit dans cette lignée l’estimant contraire à l’accession à la vérité et liée à un monde ancien plus d’actualité, devant cesser d’être enseignée dans les écoles.

l'Ecole d'Athènes Raphaël, 1509-1510 puis 1512 (plusieurs modifications) Fresque, 440 x 770 Chambre de la Signature, Palais pontifical du Vatican

Mais la rhétorique revient sur le devant de la scène, chacun prenant conscience qu’elle est un puissant outil pour quiconque la maitrise. La radio, la télévision et enfin les réseaux sociaux y ont contribués : des prises de parole ou des débats peuvent toucher des millions de personnes. Ainsi elle est un levier de puissance démultiplié pour quiconque sachant la maîtriser, pour reprendre la pensée de Cicéron. Affirmation symbolique de cela : le débat Nixon – Kennedy de 1960 et infirmation tout autant symbolique : Valérie Pécresse et son meeting du 13 février.
C’est donc un outil bénéfique dans la sphère publique, privée et professionnelle. Car en plus de bien parler et d’impressionner son auditoire, elle permet de persuader, dissuader et avoir « toujours raison » pour reprendre les mots de Schopenhauer. Qui n’aime pas avoir raison ?

Zelensky devant le Parlement belge ©AP

Volodymyr Zelensky a très bien compris l’intérêt de la rhétorique aristotélicienne, notamment le pathos et le storytelling, personnalisant ses discours selon son public pour toucher les émotions et les traumatismes, comme lors de la comparaison de la bataille d’Ypres avec Marioupol devant le Parlement belge ou avec la Shoah devant la Knesset. Ainsi il manie la rhétorique avec talent comme une véritable arme de guerre, lui donnant une réelle supériorité dans ce domaine sur Vladimir Poutine.

Informations supplémentaires

Pour aller plus loin

Aristote – Rhétorique, entre -329 et -323 av. J.-C.
Schopenhauer, Arthur – L’Art d’avoir toujours raison, 1864.
Cicéron – De oratore, -55 av. J.-C.
S. I. Hayakawa – Language in Thought and Action, 1939.
Burke, Kenneth – A Rhetoric of Motives, 1951.
Fumaroli, Marc – L’Age de l’éloquence, 2002.

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