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Nucléaire la  France  partage  son  parapluie

Christophe Giltay

22 April 2026

Lors d’un discours prononcé le 2 mars dernier, depuis la base de sous-marins atomiques de l’Île Longue, en Bretagne, Emmanuel Macron a proposé d’élargir le bouclier nucléaire français à l’Europe. Huit pays ont déjà accepté de prendre part à ce projet… dont la Belgique.

Il est un enseignement que l’on peut d’ores et déjà tirer de la guerre en Iran. Ce que nous désignons désormais sous le nom de “Moyen-Orient”, reste en réalité un “Proche-Orient”. En témoigne ce bombardement qui a touché dans la nuit du 1er au 2 mars, l’aéroport militaire britannique d’Akrotiri, à Chypre, pays membre de l’union européenne situé à peine à 210 kilomètres du Liban.

L’image donnée par le président français dans le Finistère se voulait martiale… En vol, entre Paris et Brest, le Falcon d’Emmanuel Macron était escorté par quatre Rafales, deux de la Marine nationale et deux de l’Armée de l’air, presque au contact aile à aile, une scène rarissime qui a été filmée et diffusée par les services de l’Élysée. Elle véhicule un message : la France n’est pas en guerre mais elle s’y prépare, et son chef “montre les muscles”.

Un symbole d’indépendance et de grandeur

La puissance militaire de la France repose sur son arsenal nucléaire. Or, lors de son déplacement en Bretagne, Emmanuel Macron a annoncé une évolution historique. À l’origine, en 1960, sous le général de Gaulle, la force de dissuasion était exclusivement hexagonale… Dirigée tous azimuts, donc pouvant frapper n’importe quel adversaire, elle devait sanctuariser le territoire français. À l’époque, son rôle était éminemment politique : elle affirmait l’indépendance de la France par rapport aux États-Unis et la renforçait parmi les membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU. Ainsi l’ex-chef de la France libre avait-il annoncé la réussite du premier tir nucléaire français * dans un télégramme, bref, sobre et limpide : “Hourra pour la France ! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fière”.

Changement de stratégie.

Soixante-six ans plus tard, s’exprimant devant le Téméraire, un impressionnant sous-marin lanceur d’engins, Emmanuel Macron a élargi la doctrine française à l’ensemble de ses alliés européens. “Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces et nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté, avec la mise en place progressive de ce que j’appellerai une dissuasion avancée. ”

Le Président a ainsi proposé une alternative au parapluie américain. Son constat est clair : depuis la réélection de Donald Trump, les Européens sont menacés d’isolement stratégique. Le président français a donc annoncé qu’ils pourraient participer à un groupe de pilotage nucléaire de haut niveau. Principal interlocuteur, le Royaume-Uni, qui est le seul pays du continent – avec la France – à disposer de ses propres bombes atomiques. Mais aussi l’Allemagne, un partenaire privilégié… Et d’autres vont rejoindre ce club : la Pologne, les Pays-Bas, la Grèce, la Suède, le Danemark… et la Belgique, donc.

Pour le président Macron ces pays pourront notamment accueillir des “forces aériennes stratégiques” de l’armée de l’air française, qui pourront ainsi “se disséminer dans la profondeur du continent européen” pour “compliquer le calcul de nos adversaires”. En Belgique cela pourrait se matérialiser par le déploiement de Rafales équipé de missiles nucléaires sur le territoire belge.

Les Belges, partenaires

Sur le réseau X, (ex-Twitter) le Premier ministre Bart De Wever a déclaré : “Nous accueillons favorablement la démarche du président Emmanuel Macron qui s’inscrit dans le renforcement de la sécurité et de la défense européenne. Nous répondrons positivement et coopérerons avec la France dans la mise en œuvre de cette dissuasion renforcée”.

Ce partenariat devrait néanmoins être différent de celui qui existe déjà avec les États-Unis. La base aérienne de Kleine-Brogel, située dans le Limbourg, accueille entre une dizaine et une vingtaine de bombes atomiques américaines dans le cadre du partage nucléaire de l’Otan. Comme d‘autres pays de l’Alliance – Italie, Allemagne, Pays Bas – la Belgique a dû former des pilotes et acheter des bombardiers F35 pour utiliser ces armes quand les États-Unis le décideront. Avec la France on s’acheminerait plutôt vers le déploiement de Rafales équipé de missiles nucléaires sur le territoire belge, mais opérés, du moins dans un premier temps, par des pilotes français.

Une dissuasion en construction

On n’en est qu’aux prémisses et les états-majors européens vont devoir se mettre au travail, comme le Président français l’avait déjà annoncé il y a un an, le 7 mars 2025, à Bruxelles. “On va ouvrir une phase où nos techniciens vont échanger, un dialogue à la fois stratégique et technique, et suivront des échanges au niveau des chefs d’État et de gouvernement pour regarder s’il y a des coopérations nouvelles qui peuvent voir le jour au sein de l’Union européenne autour de notre dissuasion nucléaire.” Nous passons donc à la deuxième phase de ce projet.

Nous accueillons favorablement la démarche du président Emmanuel Macron qui s’inscrit dans le renforcement de la sécurité et de la défense européenne. Nous répondrons positivement et coopérerons avec la France dans la mise en œuvre de cette dissuasion renforcée.”

Bart de Wever

Si la France entend faire profiter les alliés de sa force de dissuasion nucléaire, les fondamentaux n’ont pas changé. La dissuasion reposera sur deux composantes : océanique, avec les sous-marins, et aérienne, avec les Rafales. L’emploi restera purement stratégique, et non tactique, il n’y aura pas de riposte graduée. Son objectif : infliger des dommages insupportables à l’adversaire.

Un seul maître à bord

Comme Emmanuel Macron l’avait déjà proclamé lors de son discours aux armées le 13 juillet 2025 avant la fête nationale, “pour être libres dans ce monde, il faut être craint ; pour être craint, il faut être puissant”.

À l’Île Longue, il n’a pas mâché ses mots :

“Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun État, aussi puissant soit-il, ne pourrait s’y soustraire. Aucun État, aussi vaste soit-il, ne s’en remettrait” (comprenez, la Russie…). La France va d’ailleurs augmenter son nombre de têtes nucléaires, pour l’instant limité à 300. Et, désormais, ce nombre restera secret. Enfin, et c’est l’information essentielle, il n’y aura pas de double clef ! Seul le Président de la République pourra décider de l’utilisation de l’arme atomique française, en fonction de la menace… Car – selon l’image bien connue – si l’on peut s’abriter à plusieurs sous un parapluie, il n’y en a qu’un qui tient le manche.

(*) Télégramme envoyé le 13 février 1960, après l’explosion de la bombe Gerboise bleue à Reggane, dans le Sahara algérien.

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