Martin Boonen
09 June 2026
Tout commence en décembre 2021, par un échange sur un groupe Facebook. Violaine du Bois, fraîchement rentrée d’Afrique avec ses trois enfants, y cherche une partenaire pour un projet d’école différente. C’est par ce biais qu’elle parvient à joindre Madeleine de Biolley, alors enseignante de retour d’un séjour au Vietnam, où elle avait découvert la pédagogie Reggio Emilia. Quelques mois plus tard, Éléna de Villegas, formée à la méthode Montessori à Genève et à Paris, complète le trio. « L’école s’est construite en huit mois », confie Madeleine de Biolley. L’implantation tient également au hasard : les propriétaires du lieu étaient soucieux d’accueillir une école dans le cadre de leur projet familial de transition écologique. C’est ainsi que l’établissement trouvera son lieu, à proximité du commissariat de police de Genval.
Les trois fondatrices : Violaine du Bois, Madeleine de Biolley et Élena de Villegas © DR
Lancée à la rentrée 2022 avec quatorze à quinze élèves, l’école en accueille aujourd’hui une quarantaine. L’effectif progresse chaque année. L’établissement fonctionne avec trois enseignants par classe pouvant compter jusqu’à vingt-cinq élèves, et trois adultes encadrent la section maternelle, dont une anglophone.
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Interrogée sur l’identité pédagogique de l’établissement, Madeleine de Biolley insiste sur la pluralité des références. La première, celle qui surprend parfois ses interlocuteurs, est la pédagogie traditionnelle. « C’est important de le dire pour nous », explique-t-elle. « Notre mot d’ordre, c’est le cadre et l’excellence. » À la fin du cursus, les élèves passent le Certificat d’études de base, le CEB classique. L’école revendique également les manuels scolaires comme outils légitimes, sans renier l’héritage de l’enseignement classique.
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La seconde inspiration est scandinave. La cofondatrice évoque les écoles du dehors développées en Finlande et en Norvège il y a plus de trente ans, devenues des références institutionnelles dans leurs pays. Elle y retrouve trois dimensions chères à son projet : la nature comme objet d’étude, le dehors comme outil pour les mathématiques, la poésie ou l’histoire, et le dehors comme projet en lui-même. « Avec un pommier, vous pouvez déjà couvrir toute votre année en outdoor learning », souligne-t-elle. L’alimentation saine, la coopération entre élèves et la limitation de la compétition complètent cet apport scandinave.
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La troisième pédagogie est Montessori, particulièrement présente dans la section maternelle, qui se définit comme « 100 % Montessori et scandinave » selon les mots de la cofondatrice. Les enfants y manipulent du matériel autocorrectif, exercent leur autonomie quotidienne et abordent dès deux ans et demi des notions de géographie, de zoologie ou de botanique.
Au-delà de ces trois socles méthodologiques, Madeleine de Biolley insiste sur une notion qui revient comme un fil rouge dans son discours : l’émerveillement. « Sans émerveillement, il n’y a pas de motivation », affirme-t-elle, citant l’ouvrage Cultiver l’émerveillement de Catherine L’Ecuyer comme référence. Elle y voit une réponse au fléau des écrans, comme l’alimentation saine constitue selon elle une réponse au sucre. Les cours d’art, la présence régulière d’une apicultrice, le sport pratiqué chaque mardi en extérieur et la préparation annuelle d’un spectacle d’école participent de cette philosophie. « Quand on revient en février-mars d’avoir fait un tel spectacle alors qu’on a six ans, ou même trois ans, les enfants gagnent une confiance en eux », précise-t-elle.
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Les langues occupent une place importante dans le projet. En maternelle, les trois adultes encadrant les enfants comprennent une enseignante anglaise, ce qui place les élèves en immersion. En primaire, le français demeure la langue principale d’apprentissage, complété par une journée hebdomadaire d’immersion totale en anglais. Géographie, zoologie, botanique, musique et mathématiques y sont enseignées dans cette langue. Le néerlandais bénéficie également d’une enseignante dédiée, dont l’approche privilégie la nature, la création artistique et le vocabulaire plutôt que la grammaire formelle.
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L’École à Ciel Ouvert est entièrement non subventionnée. Madeleine de Biolley explique que les conditions d’octroi des subventions de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui supposent un effectif minimal et un calendrier rigide, ne correspondent pas au projet de l’école. Le minerval s’établit, selon ses indications, autour de neuf mille euros par an, soit nettement moins que d’autres écoles privées du même bassin. Cet équilibre repose sur le soutien de mécènes : « Chaque année, on a besoin de mécénat, c’est vraiment de la pure philanthropie. »
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Interrogée sur les passerelles possibles vers le secondaire traditionnel, Madeleine de Biolley se veut rassurante. L’enseignement délivré est certifiant et le CEB obtenu est identique à celui délivré dans tout autre établissement. Plusieurs anciens élèves ont rejoint des écoles secondaires classiques, certaines particulièrement encadrées, sans difficulté apparente. « Nos élèves peuvent vraiment retourner dans le traditionnel », indique-t-elle. Elle évoque les compétences identifiées comme essentielles pour les adultes de demain, en particulier la créativité, la communication, la pensée critique, la pensée complexe et la collaboration, comme le notent Sabine Muster-Brüschweiler, Diane Galbaud du Fort et Anne Lamy dans le livre Les bienfaits de l’école à ciel ouvert, que l’école entend cultiver à parts égales avec la rigueur académique.
Les vertus de ces pédagogies actives sont aujourd’hui largement documentées. Les travaux du psychologue Thomas Gordon ont notamment montré qu’un élève écouté et libre de se développer à son rythme acquiert plus aisément les savoirs fondamentaux. Les neurosciences confirment cette intuition : dans un climat bienveillant, le cerveau de l’enfant sécrète davantage d’ocytocine, hormone qui stimule à son tour la motivation et le bien-être, conditions reconnues de l’apprentissage. À Genval, l’École à Ciel Ouvert en fait le pari quotidien, sans pour autant renoncer aux exigences de la scolarité traditionnelle.