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Voyage d’état et d’amitié

Dynastie YamatoGotha

Christophe Vachaudez

29 June 2026

Depuis 2019, l’empereur Naruhito a effectué très peu de déplacements à l’étranger et la visite d’État qu’il a réservée à la Belgique apparaît donc comme une marque d’estime très particulière. Les liens d’amitié établis entre la monarchie belge et les souverains du pays du Soleil Levant n’y sont sans doute pas étrangers.

On se souvient de la présence exceptionnelle de l’empereur Akihito et de l’impératrice Michiko aux funérailles du roi Baudouin, de la venue de l’impératrice Michiko au décès de la reine Fabiola ou du séjour que la princesse Sayako, sœur de Naruhito, fit à Motril en 1989. Enfin, à l’instar de leurs homologues bataves, le roi Philippe et la reine Mathilde ont assisté à l’intronisation de l’empereur Naruhito le 22 octobre 2019, un voyage faisant suite à une visite officielle qui avait eu lieu en juin 2016, de quoi pérenniser des relations cordiales déjà existantes.

L’avion de Japan Airlines en provenance des Pays-Bas a atterri à l’aéroport de Melsbroek et le couple impérial fut accueilli par la princesse Élisabeth, qui assurait pour la première fois un acte de cette importance. Après la révérence de rigueur, Naruhito et Masako ont embrassé chaleureusement la duchesse de Brabant ; l’impératrice semblant lui dire sa surprise de la voir tellement grande aujourd’hui.

© Philip Reynaers/Photonews

Honneur rare, le monarque du trône du Chrysanthème et son épouse ont eu les honneurs du château de Ciergnon, où ils ont passé le week-end en compagnie du roi, de la reine et de leurs quatre enfants. De santé fragile, l’impératrice bénéficie d’un agenda allégé et cette coupure au cœur de la campagne wallonne s’est avérée on ne peut plus idéale. Autre attention très appréciée, le couple impérial sera ensuite hébergé au palais de Laeken durant tout le reste de son séjour.

© Palais Royal

La visite officielle proprement dite a donc débuté le mardi par un accueil solennel sur la place des Palais, sous escorte de la garde d’honneur à cheval. Hymnes nationaux, passage des troupes en revue, photos officielles dans la salle du trône du palais royal, signature du livre d’or dans la salle Empire et échange de cadeaux diplomatiques ont précédé la réception à l’hôtel de ville de Bruxelles. Le roi, la reine et leurs invités ont eu droit au balcon du prestigieux édifice, l’occasion d’admirer cette place considérée par Jean Cocteau comme « le plus beau théâtre du monde ».

Après un déjeuner privé au palais, l’empereur a rencontré le Premier ministre belge, les présidents du Sénat et de la Chambre des représentants. Mais le moment le plus attendu allait se dérouler le soir, au palais de Laeken. C’était en effet la première fois que les quatre enfants du roi Philippe étaient annoncés et les observateurs ne furent pas déçus.

© Philip Reynaers/Photonews

La reine avait choisi une robe Armani Privé rebrodée d’éventails japonais et portait le diadème des neuf provinces, alors que la princesse Élisabeth, en bleu roi, avait coiffé le diadème lauré, cadeau de mariage de la noblesse belge à la future reine Mathilde, assorti de boucles d’oreilles prêtées par sa mère. Mais la surprise vint de la princesse Éléonore, qui arborait le diadème que ses parents lui ont offert pour ses 18 ans.

Éclairant une robe rose pâle de la firme londonienne Safiyaa, le bijou provient d’une vente aux enchères qui s’est tenue à Milan, en 2019. Constitué de diamants de taille ancienne, il fut présenté dans un écrin estampillé Coosemans, une famille de joailliers belges déjà responsable du diadème offert par la Société générale à la princesse Joséphine-Charlotte de Belgique pour ses noces en 1953.

© Philip Reynaers/Photonews

Quant à l’impératrice Masako, elle resplendissait dans une parure miroir provenant de la princesse Chichibu, une grand-tante de l’empereur Naruhito. L’ensemble sortit des ateliers du joaillier Mikimoto vers 1928 et se compose de fleurs de chèvrefeuille stylisées. On notait également la présence de la princesse Astrid et du prince Lorenz. Le prince Laurent et la princesse Claire étaient pressentis, mais ils étaient bel et bien absents.

© Palais Royal

Si le roi Philippe portait le collier de l’Ordre du Chrysanthème et la princesse Élisabeth le ruban rouge bordé de pourpre du même ordre, le ruban de l’Ordre de la Couronne précieuse, jaune bordé de rouge, barrait le torse de la reine Mathilde.

Le lendemain, alors que l’impératrice se ménageait à Laeken, l’empereur, quant à lui, est allé à la découverte des villes de Namur et de Louvain, escorté par le roi Philippe.

Le jour suivant, le couple impérial a pris congé des souverains belges non sans avoir pu apprécier la surprenante Tour japonaise. Haut de quarante mètres, l’édifice fut commandé par le roi Léopold II à l’architecte Alexandre Marcel, un spécialiste de l’exotisme. De style nippon européanisé, elle fut érigée entre 1901 et 1904 et comporte, dans sa décoration intérieure, des éléments provenant de mausolées japonais du XVIIIe siècle. La visite guidée s’est poursuivie au fil des pavillons composant les somptueuses Serres royales de Laeken, une façon de conclure en beauté ce voyage d’État qui commémorait 160 ans de relations diplomatiques entre les deux pays tout en célébrant l’amitié solide née entre deux dynasties qui se perpétue, de génération en génération.

© Olivier Matthys/Pool/Photonews

© Olivier Matthys/Pool/Photonews

Photo de couverture : © Philip Reynaers/Photonews

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