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Corinne Le Brun

04 March 2020

© Giancarlo Gorassini/BestImage/Bestimage/Photo News

Eventail.be - Le thème de l'adolescence prolongée et de la difficulté de devenir adulte vous touche-t-il ?
Il faut rester enfant toute sa vie, laisser la place à l'imagination, au rêve, ne pas trop se poser de questions. Les enfants sont sérieux d'un côté et rêveurs de l'autre. Je me suis toujours posé la question pourquoi a-t-on cette période de transition, à partir de 20, 25 ou 30 ans qui voudrait qu'on doit se prendre au sérieux ? À quatre-vingts ans, on redevient un bébé. Je me suis toujours dit : je vais rester un enfant, depuis que je suis tout petit jusqu'à ce que je meure. Je découvre tous les jours quelque chose de nouveau dans la vie. Il faut savoir les garder en soi. Il faut regarder les gens dans la rue, la nature, tout. Ce que j'aime chez les enfants c'est la curiosité permanente. Il ne faut pas perdre le rêve, la curiosité, l'imagination car il y en a tout le temps. J'ai plein de rêves que malheureusement je ne pourrai pas réaliser. J'accomplis beaucoup de choses dans le business : internet, l'hôtellerie, l'immobilier, la restauration... j'aimerais avoir mille hôtels que je n'aurai jamais. Je possède un petit hôtel à Paris près du Louvre, je construis un hôtel à Beaune, je réhabilite une prison à Béziers, ce sera le premier hôtel prison de France. Ces réalisations sont des moteurs. J'ai besoin de créer tout le temps.

- Comment s'est faite la rencontre avec Antoine de Bary ?
- Antoine m'a envoyé un scénario puis, je l'ai rencontré. C'est son premier film, ce qui m'a motivé. Je n'ai pas besoin de tourner pour vivre. J'ai le luxe de choisir ce que j'ai envie de faire. J'ai une propension en ce moment à aller vers des premiers films. C'est un risque auquel je participe. Rien n'est jamais gagné d'avance. Même Bill Gates peut sombrer du jour au lendemain. On a le droit de se planter, pas le droit de ne pas essayer. Tout le monde se plante. Si on n'essaie pas on est sûr de ne jamais réussir.

- Quelle place accordez-vous au cinéma ? 
- Le cinéma est la chose principale de ma vie. Il me permet de m'évader du quotidien, vers des mondes irréels. Je fais du cinéma, du business avec des êtres humains qui correspondent à mon éthique de vie. Je ne peux pas faire plus de deux films par an. Quand je tourne, je suis concentré sur un film. Mes parents n'étaient jamais vraiment opposés à que je sois acteur. Mon père voulait que je fasse un vrai métier, comme n'importe quel parent dirait son enfant. Etre acteur est un métier difficile où il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus.

Le comédien et acteur Vincent Lacoste dans le film du réalisateur Antoine de Bary
© DR


- Quels étaient vos héros de cinéma préférés quand vous étiez enfant ?
- Je n'en avais pas. Je voulais d'abord sortir du quotidien, très lourd, très douloureux. Depuis tout petit, j'ai eu une existence très compliquée mais pas malheureuse. Le malheur c'est ce qu'on fait des choses qu'on reçoit. Le personnage qui m'a le plus aidé c'est Tintin. Je m'évadais avec lui, avec ses aventures. Ma mère est belge, une partie de ma famille vit en Belgique. À 11 ans, je jouais une pièce de théâtre avec mes nièces et cousins. J'ai adoré les applaudissements à la fin. Pour une fois dans ma vie, je faisais quelque chose de pas trop mal. J'ai voulu avoir ce sentiment encore. Je me suis dit je vais être acteur.

L'affiche du film du réalisateur Antoine de Bary

- Vous tournez beaucoup de sériés télé...
- C'est l'intervention que je préfère. J'ai accepté le rôle dans Blacklist, sans lire le personnage. La série télé est une étape pour continuer à exister, tout court. On ne peut même plus parler de cinéma. Les plateformes prennent le dessus. Si j'étais propriétaire de salles, je me ferais beaucoup de soucis. Il est de plus en plus difficile d'attirer les gens dans les salles. Le monde médiatique est en train de changer. Des films vont disparaître, d'autres non. J'ai tourner avec Julianne Moore dans Bel Canto (Paul Weitz, 2018, ndlr). Grâce à Amazone Prime Video, il est vu par 30 à 40 millions de personnes aux Etats-Unis, uniquement. Le cinéma à petit budget est hyper compliqué à monter. Tandis qu'avec Netflix, on peut faire un film qui va coûter 2 ou 3 millions de dollars. The Irishman de Martin Scorsese est un test. Si cela fonctionne, cela va être compliqué de faire des films hors plateforme. Dans les années 80, on sortait, au cinoche, au théâtre... Aujourd'hui, sur quatre cents chaînes de télé, je tombe sur quinze films que j'ai envie de voir. Les studios vont continuer à faire des films à travers des plateformes de plus en plus nombreuses. On vit une époque incertaine, économiquement fragile mais avec des possibilités énormes sur le plan écologique et le désir de vouloir faire quelque chose de positif pour la planète. J'ai investi dans dix sociétés dans ce domaine. Savez-vous qu'on peut se laver les mains sans eau ?


Mes jours de gloire
de Antoine de Bary
Avec Vincent Lacoste, Emmanuelle Devos, Christophe Lambert, Noée Abita
En salles
© IONNYK

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