• HLCÉ

Une deuxième Palme d’or pour Cristian Mungiu. Et des prix en duo.

CinémaFestival de CannesFilm

Corinne Le Brun

24 May 2026

Des favoris récompensés et des surprises. Les discours politiques ont émaillé la cérémonie de la remise des prix.

De bons pronostics

C’est le rituel. Les journalistes et festivaliers multiplient les pronostics. Cette année, les deux films les mieux notés par la presse internationale — c’est notre choix — sont Fatherland du réalisateur d’origine polonaise Pawel Pawlikowski, remarqué en 2013 par le grand succès public Ida, et Minotaure du Russe Andreï Zviaguintsev, remake de La Femme infidèle (1969) de Claude Chabrol dans la Russie de Poutine et critique acerbe de sa société corrompue. Juste derrière se tiennent Notre salut d’Emmanuel Marre et Paper Tiger de James Gray… Le jury présidé par Park Chan-wook sera-t-il plus proche de ceux du public cannois qui a fait un triomphe à La Bola Negra, le mélo historique luxuriant du tandem de cinéastes espagnols Los Javis, 20 minutes à l’applaudimètre ? Réalisateurs, acteurs connus ou pas, drames ou comédies, très peu, le jury a fait son choix samedi soir.

Fjord remporte la Palme d’or

Fjord remporte la Palme d’or et succède ainsi à Un simple accident de Jafar Panahi. « Les films sont arrivés à Cannes chargés des bruits du monde », explique le président du jury, samedi soir. Le réalisateur roumain Cristian Mungiu entre donc dans le club très fermé des doubles palmés. Son film Fjord ausculte les contradictions des sociétés démocratiques. « L’état du monde aujourd’hui n’est pas bon. Je ne suis pas fier de ce qu’on laisse à nos enfants. C’était à nous de faire le changement. Les choses pertinentes sont à portée de main pour comprendre la direction dans laquelle le monde va. Les sociétés sont fracturées. » C’est avec ces mots que Cristian Mungiu accompagne la récompense suprême.

© Jacovides-Moreau/Bestimage

Le film, inspiré de plusieurs affaires récentes, se veut un cas d’école sur la tolérance. L’histoire est celle d’une famille évangélique roumaine, très pieuse, qui s’installe dans une petite ville norvégienne, près d’un fjord. L’accueil est chaleureux jusqu’au jour où, à l’école, l’une des filles présente sur le corps des ecchymoses inexpliquées.

Andrei Zviaguintsev © PsnewZ/Photo News

Le Grand Prix pour Minotaure. Son réalisateur russe Andreï Zviaguintsev, courageux, déclare : « Il y a quelqu’un d’autre à qui je voudrais m’adresser en personne aujourd’hui, en mon nom propre. Il n’utilise pas de VPN pour suivre cette cérémonie en direct, mais je suis certain d’ailleurs qu’il a d’autres décisions à prendre bien plus importantes en ce moment », dit en russe Andrei Zviaguintsev. « Des millions de gens ne rêvent que d’une chose : que les massacres cessent enfin. Et la seule personne qui puisse mettre fin à cette boucherie est le président de la Fédération de Russie. Le monde attend cela. »

Double Prix de la mise en scène

Double Prix de la mise en scène pour Javier Ambrossi et Javier Calvo pour La Bola Negra et Pawel Pawlikowski pour Fatherland : « Le cinéma doit refléter la situation politique mais pas dans des conditions dictées… Il y a de plus en plus de gens convaincus qu’ils sont du bon côté. Il faut que le cinéma résiste, raison pour laquelle nous avons fait ce film. »

© Jacovides-Moreau/Bestimage

Surprise. L’aventure rêvée remporte le Prix du jury, trophée remis à sa réalisatrice allemande Valeska Griesebach. Le film allemand est entièrement tourné en Bulgarie, à Svilengrad, à la triple frontière de la Bulgarie, de la Turquie et de la Grèce. « Je me dis que l’Europe représente la meilleure coopération entre pays », a dit sur scène la cinéaste primée.

Double Prix d’interprétation féminine

Double Prix d’interprétation féminine pour Virginie Efira et Tao Okamoto pour Soudain de Ryūsuke Hamaguchi. On se réjouit !

Virginie Efira et Tao Okamoto © Photo News

« C’était une joie et un honneur à chaque instant. On a vécu quelque chose de collectif. Ryūsuke nous a fait vivre une expérience de vie qui restera gravée à jamais. », déclare Virginie Efira. « Ma collègue a tout dit : ressentir cet amour sur le plateau quotidien, c’était magnifique. », poursuit Tao Okamoto.

Emmanuel Marre © Photo News

Emmanuel Marre, pour le film belge Notre salut, drame sur le régime de Vichy, remporte le Prix du meilleur scénario et succède ainsi à Jean-Pierre et Luc Dardenne pour Jeunes mères. Sur scène, le cinéaste français vivant à Bruxelles a dénoncé toutes formes de violences : « Les gens ne savent pas aimer, pas partager. Le besoin de se rassurer en excluant l’autre et ces gens qui jouent aux petits chefs, aux patrons, aux pères de famille et qui, quand ils sont à la tête d’un État ou d’entreprise, excluent, bombardent et génocident. »

Coward récompensé

Emmanuel Macchia, son tout premier rôle, et Valentin Campagne, dans Coward, remportent le Prix d’interprétation masculine. « Plus qu’un film c’était une expérience pour nous », dit Emmanuel Macchia. « Merci Lukas (Dhont) d’avoir changé notre vie. Ce film rappelle l’importance d’aimer… C’est possible d’être maladroit et de ne pas comprendre les autres totalement et d’ensuite les comprendre », raconte, ému, Valentin Campagne.

Emmanuel Macchia et Valentin Campagne © DR

Entretemps, Isabelle Huppert présente la Palme d’honneur à Barbra Streisand, absente. La star française a adressé un long discours féministe pour l’ensemble de la carrière de l’actrice, réalisatrice et chanteuse, de Funny Girl à A Star is Born. Mais elle a surtout souligné son combat pour les femmes et son engagement politique.

La soirée est sobre. Eye Haïdara s’est employée à la conduire, professionnelle, sérieuse. Peut-être trop. Surprenant ! James Gray, avec sa sixième tentative pour obtenir la récompense suprême, est encore reparti les mains vides. Son brillant Paper Tiger est passé sous le radar. La déception est grande.

L’effet queer

Jim Queen, The Man I Love, Du fioul dans les artères… Le nombre de films LGBT+ a bondi sur la Croisette, et les récits changent. Une vague sans précédent de films queer. La Queer Palm a été attribuée à Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun. Le jury a également décidé de donner la Queer Palm Révélation 2026 au très beau long métrage Du fioul dans les artères de Pierre Le Gall.

Gillian Anderson, Jane Schoenbrun et Hannah Einbinder © Photo News

Un prix pour les actrices du film belge Ton animal maternel. Daniela Marín Navarro, Marina de Tavira et Mariangel Villegas ont reçu vendredi un prix d’interprétation collectif dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes pour leurs rôles de mère et filles dans Ton animal maternel de Valentina Maurel, produit par Wrong Men et soutenu par le Centre du cinéma de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Clap de fin sur la grand-messe du cinéma. Et voilà, le rideau tombe sur le Festival de Cannes 2026. Le Palais se vide peu à peu. Les flashs s’éteignent, la Croisette retrouve son rythme de croisière habituel. Vive le 80e Festival de Cannes !

Dinédit met l'opéra en scène dans un château de Huldenberg

Plaisirs & Gastronomie

Le 20 mai, Dinédit investit un château du XVIIIᵉ siècle en Brabant flamand pour un dîner en tenue d’époque rythmé par les arias du ténor Xavier Flabat. Une soirée conçue avec Pierre Chaudoir, en présence du propriétaire des lieux, Louis de Limburg.

Belgique, Huldenberg

Du 20/05/2026 au 20/05/2026

Informations supplémentaires

Le palmarès complet :

Tous les articles

Tous les articles