Rédaction
22 May 2026
La Contemporary Week de Dorotheum a déployé un large éventail, du modernisme viennois aux scènes contemporaines internationales. Sur quatre journées, la maison viennoise a fait dialoguer des registres et des générations, des paysages londoniens de Claude Monet aux toiles de l’avant-garde italienne, en passant par le dessin autrichien et l’art centro-européen. Une vente d’Éditions, le 10 juin, prolonge le cycle vers les estampes et les multiples.
Claude Monet (Parigi 1840–1926 Giverny), Waterloo Bridge, Brouillard, 1901, pastel on paper, 31.5 x 47.8 cm, realised price €611,000
La séance inaugurale, consacrée à l’art moderne, réunissait 134 lots. Sa pièce maîtresse, une version au pastel du Waterloo Bridge réalisée par Monet en 1901 lors de son séjour londonien, a obtenu 611 000 €. La vente accordait aussi une place d’honneur à Albin Egger-Lienz, dont le centenaire de la mort tombe en 2026. Le modernisme viennois a tenu son rang avec l’aquarelle Jeune fille assise au chapeau rouge (1910) d’Egon Schiele, adjugée 474 500 €, aux côtés de plusieurs dessins de Gustav Klimt, tandis que figuraient également au catalogue des œuvres de Pablo Picasso, Victor Brauner, Kurt Schwitters et Hans Arp. Le versant italien a brillé par sa cohérence : le Cavaliere en bronze de Marino Marini (1951), qui reprend l’un des thèmes majeurs de l’artiste, a atteint 565 000 €, quand Cavallo e zebra sulla spiaggia (1930) de Giorgio de Chirico se vendait 286 000 € et Paradiso terrestre de Gino Severini, présenté à la Biennale de Venise en 1938, 377 000 €.
Martha Jungwirth (born in Vienna in 1940), Untitled, from the series "Fruchtfleisch" (Fruit Pulp), 2012, signed and dated Martha Jungwirth 2012, oil on cardboard mounted on canvas-covered stretcher, 84.6 x 107.9 cm, realised price €429,000
La vente d’art contemporain du 20 mai a porté le fait le plus marquant de la semaine. Fonda notte – Pieno giorno (1986) de Carla Accardi, l’une des figures majeures de l’avant-garde italienne d’après-guerre et habituée de la Biennale de Venise, a été emportée pour 520 000 €, un record mondial pour l’artiste. Ses œuvres figurent dans de prestigieuses collections et ont été exposées au Museum of Modern Art de New York comme à la Fondazione Prada de Milan. La demande pour les artistes femmes ne s’est pas arrêtée là. La peinture à l’huile de Martha Jungwirth, issue de la série Fruchtfleisch (2012), a atteint 429 000 €, le tableau Unklar de Miriam Cahn (1996) est monté à 195 000 €, et une œuvre de Vieira da Silva a trouvé preneur à 104 000 €. Cette présence féminine s’inscrivait dans une programmation qui mêlait scène autrichienne, classiques internationaux de l’après-guerre (Lucio Fontana, Victor Vasarely, Jesús Rafael Soto) et créateurs plus récents, tels qu’Anne Imhof ou Latifa Echakhch.
Cette diversité s’appuie sur l’histoire d’une maison singulière. Fondée en 1707 à la demande de l’empereur Joseph Ier, Dorotheum doit son nom à l’ancien couvent des Sœurs de Sainte-Dorothée où elle s’est installée. Son palais de la Dorotheergasse, inauguré en 1901 par l’empereur François-Joseph d’après les plans d’Emil von Förster, demeure son écrin. Le département d’art contemporain s’est imposé comme une référence pour l’art italien d’après-guerre, de l’Arte Povera à l’Op art, ainsi que pour les scènes tchèque, slovaque et croate, souvent moins représentées chez les grandes enseignes anglo-saxonnes. La vente contemporaine l’a illustré avec l’artiste tchèque Mikuláš Medek, dont deux œuvres ont atteint 546 000 € et 338 000 €. L’art d’après-guerre international était également présent, de l’œuvre à clous de Günther Uecker, adjugée 455 000 €, à la sculpture en bronze Vater Staat de Thomas Schütte, vendue 520 000 €. Une seconde session contemporaine, proposée en ligne le 21 mai, élargissait encore l’offre à des œuvres plus accessibles, signées notamment Arnulf Rainer, Herbert Brandl ou Hermann Nitsch. La semaine associait par ailleurs ces ventes d’art à des vacations de prestige, une joaillerie d’exception réunie autour d’un saphir de Cachemire de 18,69 carats, et une horlogerie signée Patek Philippe, Rolex ou Audemars Piguet.
Marino Marini (Pistoia 1901–1980 Viareggio), Cavaliere, 1951, stamped with the initials ‘M. M.’ (on the base), hand chiseled bronze with brown green patina, 55.6 x 43.4 x 31.1 cm, realised price €565,000
Au fil de ces vacations, c’est un panorama de l’art des XXe et XXIe siècles qui s’est dessiné, où le paysage impressionniste côtoie l’abstraction d’après-guerre et où les créatrices occupent une place de premier plan. Quelques mois plus tôt, l’édition d’automne 2025, la plus forte de l’histoire de la maison, avait vu un dessin d’Egon Schiele de 1917 atteindre 3,23 millions d’euros, record pour une œuvre sur papier de l’artiste. La maison viennoise, qui compte parmi les plus anciennes du monde, a confirmé son statut de place de vente européenne, portée par une clientèle venue de plus de 90 pays.
Photo de couverture : Carla Accardi (Trapani 1924–2014 Rome), Fonda notte (side a.) – Pieno giorno (side b.), 1986, signed on side a., wooden screen, three elements, vinyl on wood, 170 x 180 cm, realised price €520,000 World Record