• HLCÉ

L’amour en ville

CinémaFilmInterview

Corinne Le Brun

28 January 2026

À travers un humour absurde et une tendresse surprenante, la comédie « Baise-en-ville » explore l’amour moderne. Le jeune réalisateur français Martin Jauvat signe une comédie largement autobiographique. Elle raconte avec douceur et légèreté les galères du passage à l’âge adulte quand on est un jeune garçon un peu paumé en banlieue pavillonnaire. « Baise-en-ville » explore aussi le monde du travail confronté à la génération Z. Et quelle est la place de l’amour, du sexe dans cette éducation sentimentale moderne pétrie de fantaisie ? Martin Jauvat propose une fable très drôle, poétique et réaliste sur une génération tiraillée entre idéaux romantiques et dureté de la réalité économique. Rencontre avec le cinéaste.

Sprite (Martin Jauvat), 25 ans, vit chez sa mère. Il lui faut le permis de conduire et pour se le payer, il doit travailler. Il finit par se faire engager par une start-up spécialisée dans le nettoyage de fêtes nocturnes. Mais comment aller travailler tard la nuit sans transports en commun dans une banlieue mal desservie ? Sur les conseils de Marie-Charlotte (Emmanuelle Bercot), sa monitrice d’auto-école, il s’inscrit sur une application pour séduire des jeunes femmes habitant non loin de ses lieux de travail. Mais voilà : Sprite n’est pas vraiment un séducteur…

Eventail.be – D’où vous est venue l’idée du baise-en-ville, un objet un peu ringard, non ?
Martin Jauvat –
En fait, un pote qui m’a vu un jour avec une brosse à dents dans mon sac m’a dit « Ah, t’es avec ton baise-en-ville ? » Je ne savais pas ce que c’était. Puis, je me suis rendu compte que ça fait des années que j’ai un baise-en-ville sans le savoir parce que j’ai tout le temps ma brosse à dents, mon dentifrice, mon savon avec moi. En fait, cet objet symbolise mon expérience de la grande banlieue. Cette espèce de coupure de ne pas savoir où tu vas réussir à dormir. Cette angoisse que tu vas être bloqué par le dernier train ou que tu vas dépendre des autres… J’ai passé ma vie à faire ça. J’ai vécu plus d’heures dans le Noctilien (réseau de bus de nuit d’île de France, ndlr) qu’au cinéma, malheureusement. Et mon père encore plus. L’objet « baise-en-ville » est désuet. Personne de ma génération ne le connaît. Le concept m’a fasciné et j’ai décidé d’en faire un film.

Martin Jauvat lors de la 11ème édition du festival "Cinéma & musique de film" de La Baule le 27 juin 2025 © Rachid Bellak/Bestimag

– Vous abordez le thème de la masculinité quand on a vingt-cinq ans
C’est ce que j’essaie de faire dans le film et dans la vie. Que veut dire être un garçon ? Que signifie virilité ? Ce sont des questions que je me pose. Le rapport à la libido tel que je l’incarne dans ma vie personnelle, je le retranscris à l’écran. Etre un mec, veut dire vouloir baiser absolument ? On peut être un homme malgré tout sans rapport sexuel, non ? C’est ce que j’ai démontré dans le film. C’est ma position. Être sexuellement fort et actif est considéré comme un élément essentiel de la virilité. Je trouve ça très toxique, et j’essaie de déconstruire ces clichés dans mes films, mais aussi dans ma vie personnelle. Il y a plein de problèmes avec les mecs, quand même, surtout, maintenant, au niveau des rapports hommes-femmes. Même si cela a toujours existé, on en parle plus maintenant.

© DR

– Selon vous, parle-t-on suffisamment des jeunes hommes, aujourd’hui ?
On en parle beaucoup trop ou mal. 25-30 ans est un âge important, majeur, mais on ne s’intéresse ni aux bourges ni à la classe moyenne. On ne se focalise que sur des jeunes de la banlieue, sur leurs difficultés et la violence. Dans mon film, la difficulté de vivre est tranquille. Nous aussi, les jeunes de la classe moyenne, avons des problèmes. Moi-même, je suis issu de cette classe-là. Je ne me vois pas raconter des histoires sur des gens qui sont trop loin de moi. Je ne me sentirais pas à ma place, j’aurais l’impression de faire de l’appropriation culturelle, de raconter une histoire qui ne m’appartient pas. Et je pense qu’il me faut faire des fims qui collent à ce que j’ai vécu ou ressenti, ou une situation qui me touche personnellement. Sinon, je vais partir en cacahuète. On fait moins de films sur les jeunes âgés entre 25 et 30. Moi, j’ai la chance d’avoir pu commencer à réaliser un film assez jeune, et donc de pouvoir parler d’une génération dont je fais partie, en fait, en temps réel. C’est hyper rare.

– Comment avez-vous convaincu Emmanuelle Bercot pour incarner le personnage de Marie-Charlotte ?
Je ne l’avais vue jouer dans un film. J’ai écouté pas mal de ses interviews. Dans ce genre d’exercice, elle est elle-même. J’adore sa façon de parler. Je lui ai envoyé le scénario et lui ai fait une proposition ferme : « si tu me dis oui, c’est toi. Il n’y a pas de casting, il n’y a rien du tout. » Quand on s’est rencontrés, en fait, c’est moi qui passais le casting. Et on s’est bien entendus, directement. Quand elle m’a dit oui pour le rôle de Marie-Charlotte, j’étais soulagé parce qu’elle était importante pour le film. Si je me trompais là-dessus Baise-en-ville serait nul.

© DR

– Marie-Charlotte est-elle amoureuse de Sprite ?
Non. C’est justement ce que le film raconte. On peut être très proche et partager quelque chose de fort sans que ce soit de l’amour. C’est pour ça que Marie-Charlotte dit à la fin « J’ai bien fait de ne pas te baiser, finalement. » Le film dit que l’amour n’est pas la seule modalité de relation à fortiori entre un garçon et une fille ou entre un garçon et un garçon. Il n’y a pas que la consommation sexuelle. C’est un peu une phrase toute faite, mais il faut réussir à être heureux sans être amoureux. Si tu es dépendant de quelqu’un, ta relation déjà, elle est pourrie.

– Et pour le rôle du père, vous avez pensé à Michel Hazanavicius
Je l’ai rencontré au Festival d’Alès. Il avait vu mon film précédent Grand Paris. Il m’a envoyé un super message pour me féliciter. J’avais vu Jacky au royaume des filles (Riad Sattouf, 2014) dans lequel il avait un assez gros rôle. Quand j’étais en train de bosser sur Baise-en-ville, je n’avais pas vraiment réfléchi à ce rôle de père qui est quand même important. On s’est rencontrés et puis, après, on est devenu pote. Le mec est trop sympa, trop marrant. Alors je lui ai proposé qu’on travaille ensemble et ça l’a fait délirer. Je pense qu’il était content de venir voir comme ça se passait sur mon plateau.

– Vous avez toujours voulu faire du cinéma ?
Non, je n’ai pas l’impression. Quand j’étais petit, je voulais être écrivain. J’adorais écrire, raconter des histoires. Après, l’écriture est plus solitaire mais, peut-être, quand ma batterie sociale serait vraiment à plat, je pourrais m’y mettre. Là, pour l’instant, je me régale. J’ai commencé à être très cinéphile quand j’avais 15 ans, mais je n’osais même pas imaginer que ça pourrait un jour m’arriver. Je m’auto-censurais de base. Et quand j’ai eu 20, 21 ans, j’ai commencé à me poser des questions de mise en scène. Et j’ai fait mon premier court-métrage à 22 ans. Et là, j’ai tout de suite mordu à l’hameçon.

Barge

Gourmet

“Situé à deux pas de la maison, Barge est un restaurant gastronomique étoilé et contemporain.

Bruxelles

Informations supplémentaires

Film

Baise-en-ville

Réalisation

Martin Jauvat

Distribution

Martin Jauvat, Emmanuelle Bercot, Michel Hazanavicius

Sortie

En salles, le mercredi 28 janvier 2026

Publicité

Tous les articles

Publicité

Tous les articles