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Arthur Devisscher : La parade du trop-plein

ArtJeune Talent

Gwennaëlle Gribaumont

11 March 2026

À l’aube de sa carrière, Arthur Devisscher déploie un “monde total” : une célébration chromatique où l’attention se mue en acte de résistance.

Diplômé en illustration à la LUCA School of Arts (Gand, 2022), après un passage par la psychologie, Arthur Devisscher (Bruges, 1996) dessine comme on échafaude une pensée complexe : par strates, repentirs et bifurcations. De prime abord, ses compositions au crayon de couleur affichent une limpidité presque naïve : des visages ronds, des silhouettes aux contours nets, des scènes de parade… Puis la surface se met à bruire, à s’animer d’un frémissement sourd. Le regard découvre alors un fourmillement de lignes, de hachures vibrantes, de textures superposées et de micro-ornements. Tout s’épaissit jusqu’à la saturation, sans jamais basculer dans le chaos.

Dans les processions qu’il orchestre, le monde figuratif paraît fragile, pris en étau entre deux strates. La nature et le règne animal y occupent une place souveraine, presque sacrée. Chevaux hiératiques, oiseaux messagers, poissons chimériques, végétations flamboyantes cohabitent avec l’humain, le frôlent, l’absorbent parfois. Le résultat ? Un spectacle minutieux qui demande du temps… Comme si l’artiste nous imposait une perception lente.

The Fish Are Visible But Cannot Be Caught, 2024, crayon sur papier, 42 x 29,7 cm. © DR

Cosmogonie intuitive

L’artiste travaille intuitivement. Il part d’une image mentale, laissant l’œuvre se former en temps réel. On sent, dans cette méthode, un refus de la démonstration au profit d’une écoute. Et pour cause : Arthur Devisscher n’illustre pas le réel. Il édifie des environnements, des tableaux-fresques où chaque détail revendique son droit à l’existence, entre la lisibilité du récit et le débordement de la forme. C’est une esthétique du flux, où les échelles se brouillent et où les migrations de bêtes et de couleurs créent un courant continu.

De multiples influences affleurent : art populaire et imagerie folklorique, tapisserie et frises, bestiaire surréaliste, aplats et rythmes qui évoquent l’ukiyo-e, simplifications picassiennes… Mais toutes se métabolisent en une langue personnelle, faite d’arabesques nerveuses et de combinaisons chromatiques franches. Ce “trop-plein” n’a rien de décoratif, il met à nu notre réflexe d’attribuer trop rapidement du sens à l’image.

A sea of horses and many people on horses, Crayon de couleur sur papier, 29 x 41,8 cm. © DR

La promesse de ce début de parcours ? Inventer, avec l’humilité du crayon de couleur, un cosmos où le regard ne clôt pas l’image mais la prolonge, l’étire à l’infini. Aussi devine-t-on, derrière l’exubérance, une question presque politique : que vaut une image quand elle refuse d’être consommée d’un seul coup d’œil ?

À peine sorti de l’école, Arthur Devisscher ne se contente pas de décrire le monde, il en éprouve les tensions souterraines et trouve déjà la forme juste pour traduire ce mélange de merveilleux et d’inquiétude qui définit notre époque. Une œuvre en devenir, mais à la présence déjà impérieuse.

Photo de couverture : © DR

Visite royale au Kazakhstan

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Informations supplémentaires

Exposition

Arthur Devisscher

Dates

Du 22 mars au 25 avril 2026

Adresse

Galerie DYS
84 Rue de l’Arbre Bénit
1050 Bruxelles

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