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Still Human, d'Oliver Chan : un succès mérité à Udine

Rédaction Eventail

06 May 2019

© DR

Au Festival d'Udine, le public a couronné un film de Hong Kong émouvant et généreux

« Nous vivons à l'autre bout du monde et nous avons craint que notre film ne soit pas compris. Mais il y a dans le monde un langage commun: celui de l'amour » : la jeune actrice philippine Crisel Consunji a parfaitement résumé l'élan de sympathie qui a poussé samedi dernier le public d'Udine à attribuer la récompense suprême au film de Hong Kong Still Human. Je rappelle qu'au Festival du film asiatique – contrairement à ce qui se passe dans les autres manifestations cinématographiques – c'est uniquement le public, en non un jury de professionnels qui consacre par son vote le meilleur long métrage de l'année.

La production gagnante en 2019 est la première œuvre d'une jeune cinéaste de l'ex-colonie britannique, Oliver Chan (en dépit de son prénom masculin, il s'agit bien d'une réalisatrice !). Still Human décrit une réalité dont j'ai souvent été témoin lors de mes nombreux séjours à Hong Kong : la condition des quelque 380.000 citoyens philippins (le plus souvent des femmes) qui ont quitté leur pays pour s'astreindre à des tâches domestiques mal rétribuées, débouchant d'ailleurs fréquemment sur des conflits avec leurs employeurs. Evelyn, l'héroïne du film, est une jeune universitaire inexpérimentée qui a besoin d'argent pour payer l'annulation de son mariage. Son patron Cheong-win (joué par le formidable acteur chinois Anthony Wong) ne se déplace qu'en chaise roulante et nous apparaît d'emblée comme un insupportable râleur. Le scénario, écrit par Oliver Chan, elle-même, nous montre comment progressivement ces deux personnages arrivent à s'entendre et à développer une relation de confiance et d'amitié. Une des qualités du film est d'éviter à la fois le piège du sentimentalisme larmoyant et celui de la revendication sociale militante. Cela tient à l'humour qui imprègne nombre d'épisodes, et aussi à l'empathie que la cinéaste éprouve pour ses personnages. Still Human est une œuvre chaleureuse et touchante, qui impressionne par la maîtrise de la mise en scène et la qualité de la direction d'acteurs. Elle mérite à coup sûr une audience internationale.

Still Human © DR 


Ce 21e Festival du film asiatique a été incontestablement un grand succès. Cela tient à la fois à une organisation impeccable et à une programmation totalement originale dont je ne vois l'équivalent dans aucune manifestation de ce type en Europe. Tous les genres sont représentés, de la comédie au mélodrame en passant par le policier et le film de fantômes (très apprécié en Thaïlande!). Cette année, quelque 60.000 spectateurs se sont bousculés au Teatro Giovanni da Udine pour découvrir 51 films en compétition. Mon seul regret est que ce Festival n'attire toujours pas l'attention de nos institutions culturelles, qu'il s'agisse de la Cinémathèque ou de Bozar. À quand un hommage à Udine dans une de nos salles bruxelloises ? Je quitte cette ville charmante en notant déjà le prochain rendez-vous : du 24 avril au 2 mai 2020.

L' art  à portée de doigts

Art & Culture

À l’heure où toutes nos passions tiennent dans une application – Netflix pour les séries, Spotify pour la musique, Uber Eats pour nos envies gourmandes – le monde de l’art s’invite, lui aussi, dans nos poches. Longtemps considéré comme le dernier bastion d’une expérience exclusivement physique, le secteur culturel vit aujourd’hui une révolution silencieuse : celle des plateformes qui démocratisent, contextualisent et personnalisent notre rapport aux œuvres.

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Cinéma

L’un des films les plus attendus du Festival est « The Chronology of Water » (sélection Un certain regard), le premier long métrage réalisé par Kristen Stewart et produit par Ridley Scott himself. Le film, basé sur les mémoires du même nom de Lidia Yuknavitch (interprétée par Imogen Poots), suit Yuknavitch alors que sa carrière prometteuse déraille à cause de la drogue et de l’alcool. Elle finit par s’en sortir, devenant une écrivaine remarquée et collaborant avec Ken Kesey pour son roman « Caverns » ( Jim Belushi, parfait). Quasi expérimental, truffé d’images cérébrales et de réminiscences sonores, « The Chronology of Water » nous plonge dans les douleurs et des traumatismes indicibles.

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