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Le dessous de Piss Christ de Serrano

dessousdesoeuvres

Rédaction Eventail

04 April 2016

© Andres Serrano & Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.

[caption id="attachment_16056" align="alignnone" width=""]Andres Serrano, Piss Christ (Immersion), détail, 1987, C-print. [/caption]Chaque mois, en marge de l'agenda "art des XXe et XXIe siècles" de L'Eventail, décryptez une œuvre d'art issue de l'exposition phare du moment sur Eventail.be. En avril, zoom sur une photographie devenue emblématique d'Andres Serrano montrée dans le cadre de l'exposition rétrospective consacrée à l'artiste aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

On pourrait croire à une nouvelle forme de blasphème, surtout à notre époque où les conflits d'ordre religieux et les signes d'intolérance s'invitent quotidiennement. Pourtant, Andres Serrano, artiste new-yorkais né en 1950, s'en défend. En janvier dernier, il confiait une nouvelle fois être né catholique et avoir été chrétien toute sa vie. Sans doute le titre de l'œuvre a-t-il contribué à heurter la sensibilité du monde, bien plus que le sujet de la photo lui-même. Serrano admet que le titre purement informatif ne contient aucune poésie: Piss Christ n'est rien d'autre qu'un crucifix plongé dans un récipient rempli d'urine et d'un peu de sang, s'inscrivant dans une série intitulée Immersions qui recourait aux fluides corporels.

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Andres Serrano, Piss Christ (Immersion), 1987, C-print © Andres Serrano & Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.


À ses détracteurs, Andres Serrano nous invite à réfléchir sur ce que représente vraiment un crucifix : la mort vraiment horrible d'un homme, littéralement cloué sur une croix. En recourant à l'immersion du Christ en croix dans des fluides corporels (en mourant ainsi, le Fils de l'homme a perdu beaucoup de sang, mais pas seulement...), l'artiste nous plonge dans la réalité crue des choses. Une réalité que la religion a entre-temps sublimée pour en faire un symbole de piété et de rédemption, présent dans notre quotidien occidental. Aux esprits chagrins, Serrano nous délivre pourtant une œuvre sublime, où le Christ en croix semble baigner dans une atmosphère à la fois liquide et éthérée. Le rouge ne manque pas d'évoquer la souffrance de Jésus, tandis que la lumière dorée reprend l'aspect divin, à l'instar des fonds dorés des tableaux du trecento italien. Au Moyen Âge, les fidèles s'émouvaient devant les souffrances du Christ ou des martyrs dépeints par les artistes qui les représentaient dans des habits contemporains. À sa façon, Serrano nous livre une œuvre de dévotion moderne, ravivant un art religieux souvent tombé en désuétude.

Ne manquez pas Andres Serrano. Uncensored photographs en page 47 de l'édition d'avril de L'Eventail. Disponible en libraire et sur tablette!

 

Andres Serrano. Uncensored photographs
Jusqu'au 21 août
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles
www.fine-arts-museum.be
 
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