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Chez Stirum, les caravagesques flamands sortent de l'ombre

ArtExpositionGalerie

Martin Boonen

07 October 2026

En octobre, Stirum réunit dix-huit peintures marquées par la leçon du Caravage. L’occasion de présenter la maison de négoce de Marie et François de Limburg Stirum et de remettre en lumière un chapitre encore méconnu de la peinture flamande du XVIIe siècle.

Marie de Limburg Stirum, historienne de l’art et fondatrice de Stirum, est passée par Moretti puis par Colnaghi, en charge des acquisitions. Elle partage son temps entre Londres, Rome et Séville. Son frère François de Limburg Stirum l’a rejointe en 2023 pour ouvrir l’antenne belge de la maison, consacrée aux grands maîtres européens des XVIe et XVIIe siècles.

Marie et François de Limburg Stirum © DR

L’exposition est née d’un constat fait en 2023, lors d’un colloque à l’Academia Belgica, à Rome : près de trente années de l’histoire de la peinture flamande semblaient être restées dans l’ombre. Hormis deux expositions récentes, consacrées à Theodoor van Loon (Bruxelles, 2018) et à Theodoor Rombouts (Gand, 2023), aucune n’avait embrassé le mouvement dans son ensemble. Le frère et la sœur ont alors parcouru l’Europe pour retrouver ces peintres et remettre en lumière une génération oubliée.

Deux manières de peindre la lumière

Les primitifs flamands, de Van Eyck à Rogier van der Weyden, ont travaillé dans les Pays-Bas bourguignons au XVe siècle. Près de deux siècles plus tard, les caravagesques flamands, peintres des Pays-Bas méridionaux, adaptent entre 1610 et 1640 le naturalisme, les cadrages rapprochés et la lumière dramatique du Caravage. La formidable postérité de Rubens les reléguera ensuite longtemps au second plan.

Rien n’indique que Rombouts ou de Coster aient voulu renouer avec leurs aînés. Tout les oppose, en revanche, dans leur manière de traiter la lumière.

Jacques de l’Ange (Antwerp, ca. 1630 - 1650), "The Twelfth Night, Oil on canvas, 169.00 x 234.00 cm © Vincent Everarts

Les primitifs partent du blanc. Sur un fond de craie poli, ils posent des couches d’huile transparentes que ce blanc éclaire par-dessous : la lumière semble venir du support et ne projette presque pas d’ombre. Elle se reflète dans une perle et dit la présence divine autant qu’elle décrit une pièce.

Les caravagesques partent du noir. Sur un fond sombre, souvent brun-rouge, le peintre fait surgir les figures en construisant les clairs. La source est unique — une bougie, une torche — et tout ce qu’elle n’atteint pas disparaît. La lumière n’est plus une propriété du monde : elle devient un projecteur qui choisit ce que nous devons voir.

Dix-huit tableaux, douze peintres

Flemish Caravaggism réunit dix-huit peintures de douze artistes. Il s’agit d’une exposition de marchand, dont les œuvres sont à vendre, mais le catalogue a été confié aux meilleurs spécialistes du sujet : Hans Vlieghe, référence de la peinture flamande du XVIIe siècle, Joost Vander Auwera, longtemps conservateur aux Musées royaux des Beaux-Arts, Anne Delvingt, qui a renouvelé la connaissance d’Adam de Coster, et Pierre-Yves Kairis pour l’école liégeoise. Plusieurs tableaux y sont publiés pour la première fois, des attributions établies et des provenances reconstituées.

Jan Janssens (Ghent, 1590 - after 1650), "Apollo and Marsyas", Oil on Canvas, 169.00 x 198.50 cm © DR

Adam de Coster, né probablement à Malines vers 1586 et surnommé Pictor Noctium, le « peintre des nuits », occupe le centre de l’exposition avec quatre toiles. Son Reniement de saint Pierre figurait en 2025-2026 dans l’exposition Georges de La Tour. Entre ombre et lumière, au musée Jacquemart-André, comme source possible du Reniement peint par le Lorrain en 1650.

Theodoor Rombouts est représenté par deux toiles peintes vers 1634. Dans la Scène de beuverie avec Bacchus, le dieu du vin rit derrière un couple attablé, dans lequel Hans Vlieghe a proposé de reconnaître le peintre et son épouse. Le Christ dans la maison de Marthe et Marie fut peint avec Adriaen van Utrecht.

Une dizaine d’œuvres traitent de sujets religieux et mythologiques, de l’Extase de saint François de Gerard Seghers au Laissez venir à moi les petits enfants de Theodoor van Loon. Jan Janssens expose un Apollon et Marsyas, Abraham Janssens une Vierge à l’Enfant et un Saint Jérôme, Jacques de l’Ange une grande Fête des Rois. Le parcours suit également les peintres du Nord établis en Italie : Jean Ducamps à Rome, Hendrick de Somer à Naples et Matthias Stom à Palerme, où fut peinte sa monumentale Flagellation du Christ. Il s’étend enfin à Liège avec François Walschartz et Gérard Douffet.

Flemish Caravaggism, chez Stirum, chaussée de Charleroi 70 à Bruxelles, du 6 octobre 2026 à avril 2027, sur rendez-vous. Renseignements : francois@stirum.art.

Illustration de couverture : Adam De Coster (Mechelen, 1586 – 1643, Antwerpen), « Singer and Smoker » (détails), Oil on canvas, 110.00 x 85.00 cm

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