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Maredsous vibre... nunc et semper !

FestivalMusiquePatrimoine

Martin Boonen

31 August 2026

Les 28 et 29 août, l’abbaye bénédictine de Maredsous, à Denée, a accueilli le premier Maredsous Sound Festival, deux journées de concerts et de liturgie conçues pour la jeunesse. Un pari un peu dingue qui a rassemblé plus de 9 000 personnes sur le parvis de l’abbaye dans une ambiance de paix et de partage autour d’une star internationale de la musique techno : le prêtre Padre Guilherme. On en oublierait presque qu’il y a moins d’un an, la communauté monastique se retrouvait dos au mur avec un chantier de 2,5 millions à financer pour sauver ses murs. Le succès du tour de force de cette première édition est incontestable.

Soyons honnêtes : le 10 octobre 2025, lorsque le père François Lear, abbé de Maredsous alors récemment élu, et Charles d’Orjo, le tout nouveau directeur général de l’ASBL Abbaye de Maredsous, convoquaient la presse dans la salle du chapitre de l’abbaye pour présenter le projet « Basilique 2030 », le bilan était un peu catastrophique. Les photos de la toiture couverte de rustines de fortune faisaient la même impression qu’un vieux duffel-coat rapiécé, jamais vraiment réparé ; alors que celles des contreforts (pièce de soutien structurel critique s’il en est) fissurés par l’humidité faisaient froid dans le dos. Ampleur du chantier nécessaire à la remise en état total de l’abbaye : 2,5 millions d’euros. Et pas un sou d’argent public pour aider les moines.

© DR/Shutterstock.com

© DR/Shutterstock.com

Alors que Maredsous représente l’un des hauts lieux de la vie spirituelle et du tourisme en Belgique et en Wallonie (plus de 600 000 visiteurs par an), qu’il est un des poumons économiques de la région (le site emploie plus de 200 personnes en haute saison), et malgré l’optimisme et l’esprit combatif affichés par Charles d’Orjo et le père François, la situation était inquiétante. D’autant plus que, dans la foulée, une polémique sur la nature du contrat liant l’abbaye au fromager Bel (qui exploite la marque Maredsous) éclatait. Mais quand on a la foi (et Maredsous semble être un lieu tout indiqué pour cela), on déplace des montagnes et la doublette historique (c’est la première fois que l’abbaye confie ses activités commerciales à un professionnel) formée par le père abbé et son directeur fait des étincelles. L’importante campagne de levée de fonds et de collecte de dons est accompagnée d’une série d’autres projets innovants dont le Maredsous Sound Festival est sans doute le point d’orgue.

Un festival d’envergure internationale

Charles d’Orjo et la communauté des moines font un constat simple : il faut attirer à l’abbaye un public qui n’y vient pas d’habitude. Et quoi de plus rassembleur que la musique ? Cela tombe bien, elle s’inscrit en plein dans la tradition bénédictine de Maredsous. L’idée du Maredsous Sound Festival est née, mais pas sur un mode mineur. L’abbaye contacte une star mondiale de la musique techno : le DJ Padre Guilherme. Ce prêtre portugais est devenu une figure internationale depuis les Journées mondiales de la jeunesse de Lisbonne et est suivi par plus de 2,5 millions de personnes sur les réseaux sociaux.

© Jean-Pol Sedran

Sollicité dans le monde entier, parvenir à faire venir un artiste de cette carrure sur l’esplanade de Maredsous pour un festival qui n’existait alors que sur le papier est un véritable exploit. « Pourquoi ai-je choisi de venir ici, à Maredsous ? » explique Padre Guilherme lors de la conférence de presse précédant de quelques heures sa prestation sur la scène du festival. « Le premier à analyser les invitations, c’est l’agence. Cela commence donc par les agents, qui regardent si cela a du sens ou non. Quand c’est lié à l’Église, ils sont un peu plus prudents. Et ils me demandent mon avis. Quand c’est un festival organisé pour la première fois, sans expérience, c’est un peu délicat : beaucoup de choses ne sont pas parfaites, bien sûr. Dans deux ans, dans dix ans d’existence, ce festival sera sûrement bien meilleur : c’est toujours ainsi, avec l’expérience, avec l’entraînement. Mais quand j’ai vu la cause associée à ce festival — la rénovation du monastère, de l’abbaye —, je me suis dit : voilà une belle cause. Et cela m’a rappelé mes débuts. C’était pareil : dans le bar d’une paroisse, pour récolter de l’argent, rembourser les dettes, puis rénover l’église. C’est donc ce que je fais, mais à plus grande échelle. » Avec le soutien et la présence d’une telle figure, tous les espoirs de Maredsous étaient permis.

Les organisateurs mettent alors sur pied un véritable festival. En première partie de soirée, le vendredi 28 août, joueront sur scène Loutch, Phonetikks et Alber-K. La soirée se terminera par une veillée du Saint-Sacrement.

Alber-K © Jean-Pol Sedran

© Jean-Pol Sedran

Phonetikks © Jean-Pol Sedran

Loutch © Jean-Pol Sedran

Le lendemain, samedi 29 août, après les laudes à huit heures du matin pour les plus courageux ou les plus pratiquants, ce sont des groupes de pop-louange qui se succèderont sur l’esplanade : Revival, Alive Mouvement, Feel God et Praise, alors que des animations et des ateliers à caractère ludique, sportif (comme la CathoBel Cup) et spirituel rythmeront la journée en dehors de la grande scène. L’objectif annoncé par les organisateurs : entre 7 000 et 10 000 personnes sur les deux jours.

Le 28 août, les premiers festivaliers arrivent entre 17 et 18 heures. Quand la pluie qui s’abat sur la région à ce moment-là commence à laisser place au soleil de début de soirée, ils découvrent un décor impressionnant. La scène principale se dresse entre le parvis de l’abbaye néogothique sur la grande esplanade d’un côté, et le porche des arcades de la galerie de pierre de l’autre côté, parfaitement encadrée par les grands marronniers. Le théâtre de la soirée, alors que la lumière de la fin de journée colore la pierre des murs centenaires, a quelque chose de grandiose qui marque forcément les esprits.

© Jean-Pol Sedran

Loutch (aka Sébastien Désclée, ancien du collège de Maredsous, un régional de l’étape, donc), Phonetikks et Alber-K (Antoine de Meeûs, autre ancien du collège, familier lui aussi des lieux) passent successivement sur la scène et accompagnent la montée en pression qui précède l’arrivée (avec quinze minutes de retard) du maestro de la soirée.

Le show de Padre Guilherme se montre à la hauteur de ce que l’on a pu en voir sur les capsules vidéo qui inondent les réseaux sociaux. L’ambiance est incroyable, le public danse, chante, saute au rythme des sons envoyés par le Padre. Le mot communion prend ici un sens tout nouveau.

© Jean-Pol Sedran

Mais le climax du concert se situe au moment où une partie de la communauté monastique de Maredsous est montée sur scène pour accompagner, en chantant une prière, la musique du Padre. À cette occasion, le père François, abbé de Maredsous, rejoint, lui, le DJ derrière ses platines. Les hommes d’Église se gratifieront d’une accolade historique qui dit tout de l’importance du passage de Padre Guilherme à Maredsous.

Pendant trois jours, le prêtre-musicien a été accueilli par les moines de Maredsous, logeant à l’abbaye, prenant ses repas dans le réfectoire et assistant aux offices, comme n’importe quel invité de l’abbaye.

Une réussite au-delà des chiffres

Si, à l’heure où nous écrivons ces lignes, le bilan comptable reste à faire, celui de l’affluence se passe de commentaire. Sold-out quelques jours avant l’événement, les organisateurs ont annoncé la présence de 9 300 personnes juste pour le concert de vendredi. De quoi rendre Charles d’Orjo optimiste quant aux retombées financières potentielles censées nourrir la cagnotte du projet « Basilique 2030 ».

© Jean-Pol Sedran

Mais d’autres objectifs, moins pécuniaires, semblent eux aussi avoir dépassé les attentes de tout le monde. Lorsqu’on posait son regard sur la foule rassemblée sur l’esplanade, bien malin qui aurait pu faire le portrait-robot d’un festivalier type : on y entendait parler des langues du monde entier, et trois (peut-être même quatre) générations formaient une foule dense, compacte, mais joyeuse, festive, respectueuse. Car l’état d’esprit (bien porté par une organisation étonnamment efficace pour une première édition) était véritablement au rassemblement, au partage, à la bienveillance et à l’amour. Ce sont certes des valeurs que l’on s’attend à trouver dans l’enceinte d’une abbaye comme Maredsous, mais qui, en dehors, sont devenues malheureusement bien rares, alors que la moindre différence d’âge, de couleur, de sexe ou d’origine est, dans notre société actuelle, autant un motif de crispation qu’une raison de se rassembler.

© Jean-Pol Sedran

Finalement, la plus belle réussite du Maredsous Sound Festival ne sera peut-être pas son soutien (qu’il faut espérer décisif) au projet de rénovation de l’abbaye, mais l’organisation d’un événement à portée internationale qui a pu faire du bien aux âmes de tous, qu’ils soient croyants ou non, pratiquants ou non, amateurs de techno ou non. Les valeurs d’accueil, ancrées dans l’ordre bénédictin, ne sont décidément pas galvaudées.

La démonstration de foi d’une communauté plus vivante que jamais

L’autre grande leçon de la soirée est un exemple de résilience. Alors qu’on les pensait au pied du mur (et un mur en bien piètre état qui plus est), les moines de Maredsous ont fait preuve d’un enthousiasme, d’un esprit d’entreprise qui est une véritable profession de foi en l’immortalité de leur conviction et de leur sacerdoce. Alors qu’ils étaient contraints de trouver 2,5 millions d’euros pour ne pas perdre le chœur et le cœur de leur maison, ils ont, en quelques mois seulement, su mettre sur pied un festival à l’organisation ambitieuse avec, en tête d’affiche, une star mondiale et rassembler, en son sein, plus de 10 000 personnes en vingt-quatre heures, autour de son projet, apportant au monde (les images de cette soirée ont été partagées tout autour de la planète) la preuve flagrante de la vitalité, de la résilience, de la joie et de l’amour de sa communauté.

© Jean-Pol Sedran

Une preuve qui se veut un écho évident à la devise du collège de Maredsous, voisin de l’abbaye et fondé par elle : « Nunc et semper » : maintenant et toujours. « On doit le faire pour le bâtiment, pour le patrimoine en premier lieu. Mais aussi parce que j’y vois, à travers l’obligation de protéger un patrimoine, un signe, un symbole de bien pour ma communauté et autour de nous », confiait à L’Éventail le père François Lear en octobre dernier en parlant du projet « Basilique 2030 ». La démonstration de ce week-end fut éloquente.

Une réussite qui en appelle d’autres ?

Quant à savoir si cette première édition était le début d’une longue série, le père abbé François s’est montré catégorique : « Il faut d’abord digérer, dans tous les sens du terme, cette édition, en tirer les bilans, et puis nous verrons si nous recommencerons. » On imagine aisément comment l’organisation d’un tel festival peut peser sur la vie d’une communauté monastique, celle de son abbé, de son directeur général et de toutes les équipes, a priori peu habituées à organiser ce genre de manifestation de cette ampleur. Ce qui est sûr, c’est que, Padre Guilherme ou non, l’état d’esprit exceptionnel démontré sur ces deux journées de festival est sans nul doute capable de rencontrer du succès quoi qu’il arrive.

Photo de couverture : © Jean-Pol Sedran

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