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Charles Bonaparte, le prince insoumis

  • Rédigé par Christophe Vachaudez
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Le prince Charles Bonaparte Le prince Charles Bonaparte © DR

Alors que son nouveau livre 'La Liberté Bonaparte' sort chez Grasset à l'occasion de l'année du bicentenaire de la mort de Napoléon, Charles Bonaparte s'était confié à L'Eventail lors de la commémoration de la Bataille de Waterloo. Descendant du roi Léopold II et du roi de Westphalie, Jérôme, un frère de l'empereur, le prince raconte son parcours à l'ombre de ces patronymes prestigieux, entre remise en question, rébellion, acceptation et sérénité.

Fils du prince Louis Napoléon et d'Alix de Foresta, Charles qui a relevé le nom de Bonaparte s'est uni à la princesse Béatrice de Bourbon-Siciles et a eu deux enfants le prince Jean-Christophe qui a épousé la comtesse Olympia Arco-Zinneberg aux Invalides en 2018 et la princesse Caroline qui a deux enfants de son mariage avec Éric Querenet Onfroy de Breville.

 

L'Eventail - Monseigneur, avez-vous été convié à certaines festivités entourant le bicentenaire de la bataille de Waterloo ?

Charles Bonaparte - Oui, et je m'y rendrai avec plaisir. La commune de Waterloo est membre fondateur de la Fédération Européenne des Cités Napoléoniennes que j'ai fondée en 2004 et j'ai encouragé Waterloo, l'intercommunalité, des communes associées dans la route Napoléon, la région Wallonne et le Brabant Wallon à créer un grand évènement en cette occasion.

 

- L'événement est toujours ressenti comme un moment funeste de l'histoire de France et les autorités ont d'ailleurs prié la Belgique de ne pas frapper un euro à cette occasion. Pouvez-vous comprendre cette réaction épidermique après 200 ans ?

- 200 ans après, il ne peut plus exister d'évènement funeste, à moins que le deuil ne soit pas achevé ! Le seul évènement funeste qui puisse arriver à une page importante de l'histoire, c'est son oubli. La frappe d'une pièce utilisée par tous les européens aurait utilement montré que nous n'oubliions pas les batailles fratricides qui ont précédé la construction de l'Europe.

 

Le prince Charles Bonaparte et son fils, le prince Jean-Christophe Napoléon, avec le roi Philippe et la reine Mathilde de Belgique
© Pool/Frédéric Sierakowski/Photo News 

 

- Cette bataille est aussi un échec personnel pour Napoléon. Vous qui avez écrit plusieurs ouvrages sur l'empereur, quel fut, à votre avis son état d'esprit après Waterloo ?

- Waterloo marque évidemment la fin de la carrière de l'homme qui avait dominé l'Europe de son temps. Il avait su rebondir une première fois, mais là, il doit constater qu'il a joué son vatout et que plus rien ne pourra sauver la France du retour du roi et de l'occupation par l'étranger. Après Waterloo, il passe par des phases de résignation, de dépression et de volonté de se battre. Son sort personnel est en jeu. Il propose à Fouché qui gouverne la France en attendant le retour de Louis XVIII de prendre la tête des armées comme simple général. Mais les Assemblées votent sa destitution et il part pour un exil dont il ne connait pas encore la destination en s'arrêtant au château de la Malmaison pour se recueillir dans la mémoire de Joséphine, sa bonne étoile, décédée l'année précédente.

 

- Dans "Napoléon, mon aïeul, cet inconnu", vous essayez de cerner l'homme, d'éclairer Napoléon sous un autre jour. Pourquoi avoir souhaité écrire ce livre ?

- Il sort chaque jour un livre nouveau d'histoire napoléonienne. Ayant fréquenté l'homme par l'intérieur, par les objets et les souvenirs dans la maison familiale, par la lecture de ses écrits, par la fréquentation des historiens, j'ai voulu brosser un portrait. Montrer l'homme face aux évènements, ses qualités, sans cacher ses défauts. Et j'ai choisi comme éditeur Fixot car je voulais m'adresser au grand public.

 

Le prince Charles Bonaparte, au bras de la comtesse Arco Zinneberg
© Photo News

 

- Quel regard portez-vous sur lui ?

- Je ne peux pas résumer ce livre en quelques mots. Disons que c'est un personnage complexe, très paradoxal, soutenu par une extraordinaire volonté. Il est en même temps un petit corse et un grand empereur, le plus grand chef de guerre et un mari et un père aimant, une volonté implacable et des moments de découragement, un esprit cartésien qui croit à la puissance du destin, un artisan de l'égalité des chances qui crée une nouvelle noblesse .... Ce personnage romanesque a marqué son temps et reste un des plus connus à l'échelle de la planète. Google le classe en deuxième position parmi les personnages historiques consultés, après le Christ !

 

- De même, vous avez réuni plus de 1000 pensées, maximes et citations liées à l'empereur. Comment beaucoup, vous semblez fasciné par ce personnage phare de l'histoire européenne. Cet intérêt remonte-t-il à votre enfance, quand vous étiez entouré d'objets impériaux ?

- Pour me faire une opinion sur sa personne, j'ai lu les 45 000 lettres de sa correspondance. En progressant dans mes lectures je suis tombé sur des passages parfois très brefs où il fait état de ses ressentis personnels. J'ai voulu les regrouper dans un livre à l'usage de ceux qui n'avaient pas le temps de se plonger dans la lecture quelque peu fastidieuse du reste.

 

- Est-ce plus facile ou moins aisé d'évoquer ce grand personnage quand on s'appelle Charles Bonaparte ?

- C'est plus facile dans la mesure où j'ai baigné dans cette histoire depuis l'enfance. C'est plus compliqué dans la mesure où j'ai voulu me forger ma propre opinion à partir de témoignages historiques précis. J'ai voulu me libérer des stéréotypes et de l'hagiographie pour porter mon propre regard.

 

Le livre du prince Charles Bonaparte

 


- Porter ce patronyme prestigieux vous a-t-il aidé ou au contraire desservi, au quotidien ?

 

- Nous sommes tous marqués par les conditions de notre naissance et nous devons tous nous définir par rapport à ce qui nous a été donné. Le passage à l'âge adulte puis l'héritage passe par un inventaire de ce que l'on accepte ou refuse. Je ne fais pas exception. Disons que dans mon cas l'effort est un peu plus difficile compte tenu de la charge historique et familiale. Mais il est encore plus nécessaire quand on veut exister par soi-même.

 

 - Vous avez également écrit "Les Bonaparte - Des esprits rebelles". Pensez-vous faire partie de ces esprits rebelles ?

- Pour dire oui, il faut savoir dire non. J'ai écrit ce livre pour présenter de belles personnalités de la famille Bonaparte qui ne s'inscrivaient pas dans la perspective impériale comme Lucien le frère cadet de Napoléon, ou mon arrière-grand-père, le prince Napoléon, d'opinion républicaine, la psychanalyste Marie Bonaparte et bien d'autres. Je me sens proches d'eux car ils ont su exister à côté de la puissante ombre portée de Napoléon. Ils ne niaient pas son génie, mais voulaient exister par eux-mêmes. Quoi de plus naturel. Est-ce un signe de rébellion, je ne sais pas. C'est à vous de juger !

 

- Avec un certain aplomb, vous défiez l'autorité parentale en 1968 et quittez le lycée. Est-ce déjà à cette époque qu'une certaine incompréhension s'installe entre vous et vos parents ?

- Je n'ai pas quitté le lycée car j'ai eu mon bac, mais j'ai adhéré à mai 68 qui portait des valeurs de liberté et de générosité dans la société collet monté de la fin des années 60. Le mouvement mondial de libération de la jeunesse des années 68 a été très fécond dans la musique, la littérature, les mœurs, la politique et je ne regrette pas d'y avoir pris part. Mais évidemment ça n'a pas plu à tout le monde dans ma famille et dans l'univers napoléonien !

 

- Vous terminez brillamment vos études à la Sorbonne avec un doctorat en sciences économiques et vous intégrez le monde du travail, ce qui semble une première dans la famille. Vous assumez pleinement mais l'incompréhension semble s'accentuer. Comment pouvez-vous l'expliquer ?

- J'ai évoqué plus haut les multiples interprétations possibles de l'œuvre de Napoléon. On peut le voir comme le fondateur d'une nouvelle dynastie ou comme le fondateur de la République, celui qui a créé la France moderne et donné sa devise, Liberté, Egalité, Fraternité. La deuxième interprétation est la mienne. Je n'ai donc jamais senti de contradiction entre appartenir à sa famille et mener une vie normale de travail ou me présenter au suffrage universel. J'ai travaillé pour vivre et pour être libre. Quoi d'extraordinaire ?

 

Le prince Charles Bonaparte et son fils, le prince Jean-Christophe 
Le prince Charles Bonaparte avec son fils, le prince Jean-Christophe Napoléon © DR

 

- Finalement, après quelques années, vous êtes écarté de la succession au profit de votre fils mais est-ce une action vraiment légale ?

- Je ne me suis jamais posé la question de la légalité de cette décision, mais celle de son contenu et de son enjeu. Pour être clair, j'ai saisi le tribunal administratif français sur l'existence et de la nature du titre de Prince Napoléon. Il m'a répondu que ce titre n'était pas reconnu en France, car il servait à désigner celui qui pourrait succéder à un empereur et donc poursuivre un régime non compatible avec la République. Je n'ai aucune prétention dynastique. J'ai été jusqu'au bout de ma démarche : le patronyme de Napoléon servant depuis Napoléon III à désigner la branche dynaste, j'ai repris le patronyme de ma famille, Bonaparte. J'ai essayé d'être clair dans mes actes. C'est important pour les miens. Mon fils peut prendre le titre de prince Napoléon, c'est une décision qui lui appartient. J'ai d'excellents rapports avec lui et nous faisons passer les sentiments que nous nous portons avant tout.

 

- Y a-t-il quelque chose d'important que vous avez essayé d'inculquer à vos enfants ?

- L'amour de leur pays, de son histoire, de sa contribution à l'histoire de l'humanité. J'ai essayé de leur donner une conception large et ouverte de leur avenir, en privilégiant leur être plutôt que leur position sociale. J'ai essayé de les tourner vers les autres et de leur faire prendre conscience de la chance qu'ils avaient d'être nés dans une famille si bien pourvue.

 

- Beaucoup semblent ne pas trop se préoccuper de vos débats familiaux et vous convient volontiers à présider certains événements. Qu'en est-il à l'heure actuelle ? Les choses se sont-elles apaisées ?

- Je suis invité à Waterloo et mon fils sera là aussi. En 2004, j'ai crée la Fédération Européenne des Cités Napoléoniennes qui regroupe aujourd'hui plus de 50 villes dans 10 pays européens. En Belgique, outre Waterloo, les villes d'Anvers, Sombreffe, Wavre, Fleurus et Braine-l'Alleud sont membres. J'ai des rapports de travail réguliers avec les autorités belges et je suis naturellement invité comme président et fondateur de cet itinéraire culturel européen. Mon idée est de développer le tourisme culturel autour de l'œuvre de Napoléon. En mai 2015, nous serons homologués Itinéraire Culturel Européen par le Conseil de l'Europe. Ces itinéraires sont un moyen remarquable de faire connaître l'histoire, particulièrement aux jeunes, en même temps qu'ils renforcent le sentiment d'appartenance à l'Europe. Par ce biais, l'histoire est remise à sa juste place, celle de préparer l'avenir.

 

- Un peu avant la disparition de votre père, vous vous impliquez de plus en plus en politique et vous ralliez la Corse, une terre symbolique pour un prince Napoléon ! Pourquoi la Corse ?

- J'ai toujours été présent dans les débats politiques de mon pays où j'appartiens au courant social-démocrate. En 1999, j'ai souhaité renouer avec les racines corses de la famille Bonaparte et j'ai rédigé : "Bonaparte et Paoli, aux origines de la question corse". À l'époque, les antagonismes étaient forts entre les bonapartistes et les nationalistes. J'ai mis en valeur ce qui les rapprochait plutôt que ce qui les divisait : j'ai été entendu puisque cette thématique est reprise aujourd'hui par la Collectivité de Corse et les villes corses. Ensuite, je me suis présenté aux élections municipales d'Ajaccio sur ma propre liste qui a fusionné avec deux autres listes. Nous avons été élus pendant deux mandatures pour apporter des changements dans la vie locale. Puis je suis rentré à Paris suivre ma vie familiale et professionnelle.

 

- Vous revenez sur le continent et continuez votre carrière politique à Nemours. De nos jours, vous semblez être moins impliqué. Quelles sont vos activités présentes ?

- J'ai été réélu à Nemours dans l'opposition, puis je suis parti enseigner aux Etats-Unis où j'ai pris quelques distances avec la politique. Sans être candidat, je reste actif. Avec mes amis, nous travaillons sur les grandes questions du temps : la montée des forces isolationnistes en Europe, le dialogue avec la Russie, les terrorismes comme nouveau moyen d'expression politique, les grands défis de l'écologie, la paix dans le monde. Lorsque j'aurai achevé ma vie professionnelle, ce qui ne saurait tarder car je marche vers mes 65 ans, je me consacrerai entièrement à ces sujets.

Rédigé par Christophe Vachaudez

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