Rédaction

04 December 2014

© Violaine le Hardy de Beaulieu

L'Eventail – Madame, comment avez-vous fait la connaissance de votre époux ?


Princesse Christine de Ligne – Nous nous rencontrions parfois lors de réunions de famille car nous sommes un peu cousins par les Bragance et les Bavière. Puis, quand mon frère Michel s'est fiancé à la princesse Eléonore, la sœur de mon époux, nous nous sommes vus plus souvent, d'autant qu'il travaillait alors en Europe. De mon côté, je suis partie en Amérique du Sud avec une de mes cousines Habsburg et, à mon retour, Antoine, qui avait été muté à Erlangen (ndlr: En Allemagne) comme ingénieur en énergie nucléaire, allait bientôt être rappelé au Brésil par sa compagnie. Il fallait donc prendre une décision ! Nous étions issus de deux familles nombreuses et nous partagions les mêmes valeurs, les choses ont donc suivi leur cours et nous nous sommes fiancés en juin pour nous marier en septembre. Il s'agissait en quelque sorte d'un one-way-ticket pour le Brésil !

– Le fait de vous expatrier si loin ne vous a pas effrayée ?


– En épousant mon mari, je savais à quoi m'en tenir. Mon père nous a toujours élevés avec un certain sens des responsabilités. Quand nous décidions de nous engager dans une voie, nous devions aller jusqu'au bout et c'est ce que j'ai fait. En octobre, je suis donc arrivée avec mes bagages au Brésil. Je parlais l'anglais, le français, l'allemand et l'espagnol mais pas le portugais. Il fallait donc l'apprendre au plus vite car je voulais éviter de prendre de mauvaises habitudes et de pratiquer "le portugnol"! Quand on peut s'exprimer dans la langue du pays, les contacts sont tellement plus faciles, même si j'ai découvert que la génération de mes parents, ici au Brésil, connaissait parfaitement le français car la plupart des dames avaient été éduquées dans des institutions religieuses françaises. La culture est également très francophile, très européenne. Sans doute est-ce un héritage de l'époque impériale puisque nombre d'artistes et de scientifiques européens se sont expatriés au Brésil, notamment dans le sillage de l'impératrice Léopoldine. De jour en jour, je me suis sentie plus confiante car même si j'avais l'habitude de voyager, cette vie était nouvelle pour moi, en tant que nouvelle épouse et nouvelle maman dans un pays totalement inconnu. Heureusement, l'accueil fut extrêmement gentil et attentionné, vraiment extraordinaire. Pourtant, la vie à Rio ne ressemble pas à une fête quotidienne, loin de là ! Il faut donc s'adapter. Sous certains aspects, c'est un peu comme en Belgique mais les marchés ici, tellement colorés, regorgent de fruits frais exotiques qui mettent tous les sens en éveil, un réel plaisir pour moi d'y aller. Aujourd'hui, je me consacre aussi aux autres, visitant des orphelinats, des hôpitaux pour enfants, m'occupant de projets sociaux comme "Petites filles en péril".

Le prince et la princesse Antoine d'Orléans-Bragance dans leur demeure à Rio © Christophe Vachaudez


– Pourtant, bientôt, vous regagnez l'Europe...


– Oui, en effet, un an et demi plus tard, mon époux a reçu une nouvelle offre à Erlangen. J'étais bien sûr ravie car c'était une occasion de revoir toute ma famille. Ma fille Amelia naîtra d'ailleurs à Bruxelles. Mais ce séjour européen sera de courte durée. À notre retour au Brésil, nous nous sommes installés à Petrópolis. La ville n'est pas trop éloignée de Rio et bénéficie d'un climat moins chaud mais plus humide car elle est cernée par la forêt. Il y a donc parfois du brouillard et de la pluie, de quoi ne pas être trop dépaysée avec le climat belge !


– Quels furent vos choix d'éducation pour vos enfants ?


– Nous avons décidé de leur parler nos deux langues afin qu'ils soient parfaitement bilingues depuis le berceau. Bien entendu, ils sont sensibles à la culture européenne car nous retournions au moins une fois par an pour voir notre famille, mais ils sont vraiment brésiliens de cœur. Malgré les nombreux collèges étrangers que nous avons ici, nous avons choisi pour eux des écoles brésiliennes. Elles proposent un enseignement remarquable et reconnu qui a permis à nos enfants de trouver de bons postes très rapidement. Notre aîné a montré l'exemple et a brillamment réussi. Il fut engagé par BNP Paribas à Luxembourg après avoir fait ses preuves ici à Rio. Amelia a choisi l'architecture et a fait des stages dans plusieurs sociétés à Rio – au Brésil, on accède très tôt au monde du travail. Puis elle a été acceptée dans un bureau d'architectes à Madrid avant de travailler à Bruxelles et à Londres. Rafael a terminé comme ingénieur commercial et a été engagé chez InBev. Il va sans doute poursuivre ses activités en Europe. Notre fille Marie-Gabrielle s'est orientée vers la publicité.

Les princes d'Orléans-Bragance lors du mariage de leur fille Amélia avec Alexander James Spearman © Violaine le Hardy de Beaulieu


– Comment perçoit-on la famille impériale au Brésil ?


– Longtemps, les livres d'histoire républicains ont essayé d'occulter la période impériale ou en parlaient en propageant de fausses informations. De nos jours, les choses commencent à évoluer et on rétablit peu à peu la vérité, ce qui permet aux Brésiliens d'avoir un autre regard sur notre famille et sur ce qui a été accompli. Cependant, vous trouvez encore beaucoup de films ou de romans qui dénigrent ouvertement cette période, sans doute par ignorance. Nos enfants ont reçu une éducation en ce sens, mais ils ont dû s'adapter à l'école car la réaction des gens n'est pas toujours positive. Ainsi, une directrice s'ingéniait à offrir à notre fils les rôles les moins courus dans les pièces de théâtre... C'est l'école de la vie mais pour un enfant, ce n'est pas facile à vivre. Nous lui avons trouvé un nouvel établissement et il s'est vraiment épanoui.


– Et le mouvement monarchique ?


Prince Antoine d'Orléans-Bragance – Le mouvement a aujourd'hui une position assez forte et s'inscrit dans notre temps. Nous organisons de nombreuses réunions dans tout le Brésil et nous discutons de la situation actuelle du pays. Chacun exprime son opinion, il ne s'agit pas de réunions passéistes. Bien entendu, nous défendons certaines valeurs, mais elles sont compatibles avec notre époque. Nous avons beaucoup appris en rencontrant des gens un peu partout au Brésil. Certains croyaient encore qu'un retour à la monarchie signifiait un pas en arrière, voire un retour à l'esclavage, ce qui est ridicule. Il importe de bien expliquer le contexte. Notre fils Rafael se sent prêt à perpétuer cette continuité.

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