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Dans la Cour des Grands : Le plus illustre inconnu du royaume !

Dans la Cour des GrandsGothaMaison de Saxe-Cobourg

Thomas de Bergeyck

10 November 2022

Il y a de ces traditions tellement ancrées dans l’inconscient collectif qu’on finit par ne plus y faire attention. Alors que l’on célèbre l’Armistice en ce 11 novembre, qui parmi vous peut me raconter l’histoire de ce soldat, enterré au pied de la Colonne du Congrès à Bruxelles et dont on fleurit le marbre avec compassion et respect chaque année à la même date, oserais-je dire à la même heure, 11 heures du matin ? Si vous rêvez de briller en société, cette chronique est faite pour vous !

D’autant que cette année, il y a tout juste cent ans que l’illustre inconnu de la « Place des panoramas » était choisi pour y demeurer à vie. Premier enterrement : le 11 novembre 1922 pour cet homme, tué au combat, mais dont on ne connaît le nom, ni l’origine. Tout juste sait-on qu’il est tombé sous les balles pour avoir tenté de protéger notre royaume. En réalité, il y avait au départ cinq dépouilles de soldats : ils avaient été choisis au hasard dans les tombes non identifiées de chacune des cinq batailles disputées par notre armée sur le sol national en 14-18 : Un corps a Liège, un à Namur, à Anvers, un sur le front de l’Yser et un lors de la bataille de reconquête du pays. On a aligné leurs cercueils en gare de Bruges, dans la salle d’attente des voyageurs, le 10 novembre. Une chapelle ardente y a été dressée, avant qu’un vétéran de guerre ne soit acheminé sur place, tenu par la main. Cet homme, c’est Reynold Haesebrouck. À défaut de la vie, c’est la vue qu’il a perdu au combat. On lui demande une chose très simple : désigner à l’aveugle un cercueil. Il montre du doigt le quatrième. Ce sera donc lui, le Soldat inconnu.

© Frédéric Andrieu/Agence Peps/Bestimage/Photo News

La dépouille de l’élu rejoint le lendemain la capitale en train. Posée sur un affût de canon, il gagne la colonne du Congrès où toutes les autorités du pays, ainsi que la famille royale l’attend. Huit invalides de guerre se chargent de le porter en terre : quatre hommes ayant perdu le bras droit, quatre autres le gauche. C’est cruel et cynique, mais très symbolique. Le défilé de familles, d’autorités et de soldats sera immense. Les fleurs, étalées sur toute la place, jusque tard dans la nuit. Ainsi débute la grande aventure du gisant le plus célèbre de notre royaume. Une sépulture ornée d’une flamme qui ne doit jamais s’éteindre…

© Didier Lebrun/Photonews

Vingt-sept années plus tard, c’est une autre guerre que les Belges commémorent : notre homme devient ainsi de facto le représentant des victimes des deux guerres, et reçoit une deuxième pierre tombale posée sous la première. Bien plus tard en 1998, une troisième dalle sera encore apposée, pour commémorer « Les Belges tombés au service de la paix depuis 1945 ». Depuis lors, chaque 11 novembre, la mémoire des millions de soldats et de civils morts pour la patrie est célébrée. À 11 heures, heure de la fin effective des combats sur le front en 18, après la signature de la trêve avec l’Allemagne dans la forêt de Compiègne. Désormais, vous passerez moins bête devant cette colonne qui est bien plus qu’un hommage au premier roi des Belges !

Photo de couverture : © Frédéric Andrieu/Agence Peps/Bestimage/Photo News

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