Thomas de Bergeyck
22 September 2026
« Le roi est mort, vive le roi ». Cette formule héritée du Moyen Âge nous rappelle que, telle une course de relais, le flambeau du pouvoir est toujours dans les mains d’une personne. Ici, on sent bien qu’il aurait été impossible que ce souverain, malgré son état de santé de plus en plus chancelant au fil des années, ait même eu l’idée de transmettre le trône de son vivant à son fils, pourtant largement préparé. Harald a lui-même hérité du trône à la mort de son père Olav V en janvier 1991, qui l’avait hérité de son père Haakon VII en 1957 sans que jamais ne se pose la question de l’abdication. Même aux portes de Saint-Pierre, pas question de faire un pas de côté. Il faut que la nature et le destin tissent la toile de la continuité.
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C’est un choix que l’on peut critiquer. Comment expliquer qu’un homme de près de 90 ans ne souhaite pas aspirer au repos du guerrier après 35 ans de bons et royaux services alors qu’il a tout fait pour que son fils soit prêt à la tâche ? Soif de pouvoir ? Pas en l’espèce. Peur de déplaire à la reine, qui a peut-être envie de faire durer le plaisir ? Ce ne semble pas être le trait de caractère de la reine Sonja. La réponse est simple : la tradition ne doit jamais faillir. Contrairement à la Belgique ou aux Pays-Bas, en Norvège on meurt sur le trône. Même défaillant, Harald aurait, dit-on, encore signé des arrêtés sur son lit de souffrances.
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Cela dit, la règle n’est pas coulée dans le marbre pour autant. Ainsi au Danemark, durant des années la reine Margrethe avait dit qu’elle resterait sur le trône jusqu’à ce qu’elle en tombe. Elle s’est finalement ravisée, terrassée par de fortes douleurs au dos. La tradition peut aussi évoluer en raison des circonstances. Ce qui est curieux dans le cas de la Norvège, c’est que la mort du roi a instantanément fait progresser, au sein de la population, le soutien des Norvégiens à la monarchie. Ils sont depuis quelques jours trois Norvégiens sur quatre à soutenir le régime, c’est huit points de plus qu’en mai (sondage Norstat réalisé au lendemain de la mort du roi). Voilà l’une des conséquences inattendues mais de bon augure pour ce trône qui a bien failli vaciller.
Il faut reconnaître que le ciel norvégien est fort obscurci depuis quelques années. La santé du roi n’était qu’un os parmi d’autres. Ce sont les altesses de la génération d’après qui furent un problème. Que dire de la nouvelle reine Mette-Marit, qui fut si difficile à accepter pour le palais, étant donné ses origines modestes et son statut de mère célibataire, séparée d’un homme au casier judiciaire chargé ? Récemment, c’est sa relation épistolaire avec le délinquant sexuel Jeffrey Epstein qui l’a mise en disgrâce.
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Marius, son fils de la première union, parlons-en. Il porte un bracelet électronique après avoir été jugé pour soupçons de crimes sexuels. 34 chefs d’accusation dont deux viols. Marius a écopé de quatre années de prison avant un appel qui a adouci la peine. Et que dire du nouveau mari de la fille du roi Harald, la princesse Märtha Louise ? Le chaman promettait de guérir le cancer avec des bracelets à acheter sur internet à un prix « modique ». Ajoutez à cela les problèmes de santé de la nouvelle reine, greffée des poumons au terme d’une maladie qui la condamnait dans l’année.
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Dans ce tableau si sombre, je ne doute pas qu’un homme comme Harald, devenu durant toutes ces années un grand-père pour la nation, un pilier dans les tempêtes ait privilégié la raison d’État au renoncement. La stabilité du trône face aux errances et aux souffrances. Comme un dernier cadeau à la nation.
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