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À Henri-Chapelle, le roi Philippe face aux derniers témoins de la Libération

Maison de Saxe-CobourgNews Gotha

Rédaction

08 October 2026

Le vendredi 2 octobre, le roi Philippe a rendu hommage à trois vétérans américains centenaires au cimetière militaire américain d’Henri-Chapelle, à Hombourg. L’ambassade des États-Unis avait organisé cette cérémonie dans le cadre du 250e anniversaire de l’indépendance américaine, en présence de quelque 250 écoliers de la région.

Frank Stellar n’avait jamais vu la tombe d’Edwin Earl Stewart. Le vendredi 2 octobre, le vétéran de 102 ans s’est recueilli devant la sépulture de ce soldat de première classe, frère de son épouse Susan Jane Stewart, tombé le 18 septembre 1944. Selon une publication de l’American Battle Monuments Commission (ABMC), aucun membre de la famille ne s’était présenté sur cette tombe depuis 81 ans. À ses côtés se tenaient le roi Philippe, l’ambassadeur des États-Unis Bill White, le Premier ministre Bart De Wever, le ministre de la Défense Theo Francken et les deux autres invités d’honneur de la journée, Truman Christian, 101 ans, et Russell Sattazahn, 100 ans.

Edwin Earl Stewart, né en 1923, servait au 16e régiment d’infanterie de la 1re division, la Big Red One. Il repose à Henri-Chapelle, à Hombourg, dans la commune de Plombières, en province de Liège. Pour Frank Stellar, l’hommage d’État s’est doublé d’un pèlerinage familial.

Trois soldats de Pennsylvanie

Frank Stellar a vu le jour le 5 septembre 1924 à Lebanon, en Pennsylvanie. Il est incorporé dans l’Army Air Corps en avril 1943, puis envoyé en Europe, où il participe au soutien des opérations aériennes alliées. Il y installe notamment des infrastructures qui permettent aux chasseurs P-47 d’opérer plus près du front. Après un passage dans l’armée d’occupation en Allemagne, il est démobilisé en février 1946. Il travaille ensuite 27 ans dans les mines de Cornwall, puis pour le département des Transports de Pennsylvanie. Passé le cap des 100 ans, il fréquentait encore régulièrement le YMCA de Lebanon.

Truman Christian, lui aussi originaire de Pennsylvanie, a combattu comme mitrailleur au sein de la 106e division d’infanterie pendant la bataille des Ardennes. Son voyage lui a permis de retrouver le foxhole où il s’était battu et de se recueillir à l’endroit où son ami Alphus Caraway avait été tué. Quelques mois plus tôt, la Belgique lui avait décerné une haute distinction.

Russell Sattazahn, le cadet du groupe, est né le 17 avril 1926 en Pennsylvanie. Il est incorporé en 1944, au sortir de ses études secondaires, et rejoint comme fantassin de remplacement la compagnie G du 18e régiment d’infanterie de la 1re division. Il arrive sur le front belge en janvier 1945 et participe au franchissement de la ligne Siegfried. À Uckerath, en Allemagne, un bombardement d’artillerie allemand lui coûte la main droite et le blesse au visage. Il a alors 18 ans. Le jeune documentariste Tyler Boland et plusieurs donateurs ont rendu possible son retour sur les lieux, l’une des étapes majeures de ce voyage européen.

La parole du Roi

La cérémonie, intitulée Honoring America’s Heroes, a débuté avec une quarantaine de minutes de retard : selon l’explication livrée avec humour par Bill White, les bagages des trois vétérans avaient été égarés à leur arrivée à Brussels Airport. Les hymnes nationaux et l’accueil de Brooks Tucker, commissaire de l’ABMC, ont ouvert la commémoration, avant qu’un jeune Belge ne lise une lettre de gratitude adressée aux vétérans. Témoignages, intermèdes musicaux, prières, dépôt de gerbes et salves d’honneur se sont succédé. D’après le quotidien L’Avenir, trois F-16 belges et deux C-130 américains ont survolé le site en clôture.

Dans son allocution, le Roi a évoqué les milliers de soldats américains venus combattre pour la Belgique, pour l’Europe et pour les générations futures. « Nous sommes profondément émus d’être réunis aujourd’hui autour de trois héros, témoins vivants d’événements historiques », a-t-il déclaré devant les trois hommes, qu’il a présentés comme les derniers témoins capables d’incarner une histoire appelée à demeurer vivante. Le souverain a rappelé que les soldats américains tombés pour la liberté de la Belgique reposent dans une terre rendue sacrée par leur présence, puis a relié la victoire alliée à la réconciliation d’après-guerre, à la paix européenne et à la naissance de l’Union européenne.

Sans nommer de pays ni de conflit, Philippe a évoqué un continent européen confronté à de nouvelles menaces et appelé à préserver la liberté, la démocratie, la coopération et l’ordre international. Il a salué le rôle des États-Unis dans la paix et la prospérité européennes après 1945 et formé le vœu que les liens entre les deux pays demeurent forts. Après les discours, le Roi, les vétérans, Bill White, Bart De Wever et Theo Francken se sont recueillis devant la tombe d’Edwin Earl Stewart, puis ont déposé des roses blanches devant celles des frères Tester.

Les frères Tester, côte à côte

Glenn William, Robert Denton et James Earle Tester sont les trois seuls frères inhumés côte à côte à Henri-Chapelle. Leur famille, originaire du Tennessee, comptait onze enfants, dont cinq fils mobilisés en même temps ; deux seulement sont rentrés. Robert est mort en Afrique du Nord en 1943. James, sergent de la 4e division d’infanterie, avait débarqué à Utah Beach le 6 juin 1944 ; il a été tué au combat le 17 septembre suivant près de Brandscheid, en Allemagne, non loin de la frontière luxembourgeoise. Glenn est tombé dans les Vosges en janvier 1945. À la demande de leur mère, leurs dépouilles ont été réunies à Henri-Chapelle, dans la parcelle B, rangée 14.

Le cimetière américain d’Henri-Chapelle qui les accueille a été créé par la 1re division d’infanterie de la 1re Armée américaine. Il s’étend sur 57 acres, soit environ 23 hectares, et compte 7 987 sépultures. Les noms de 451 disparus figurent sur les piliers de la colonnade ; des rosettes signalent ceux qui ont été retrouvés et identifiés par la suite. La plupart des soldats qui y reposent sont tombés lors de l’avancée de la 1re Armée vers l’Allemagne à l’automne 1944, à travers le nord de la France, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, ou pendant la bataille des Ardennes.

Henri-Chapelle a également joué un rôle dans le rapatriement des morts américains. Le programme a débuté le 27 juillet 1947. En octobre de la même année, un premier convoi de 5 600 dépouilles a quitté Anvers, après une cérémonie qui avait rassemblé plus de 30 000 Belges.

Une alliance mise en avant

La visite royale avait été annoncée officiellement le 25 septembre. Elle s’est déroulée dans un climat diplomatique sensible : quelques jours plus tôt, une note de réflexion interne des Affaires étrangères belges, rédigée fin 2025, avait été divulguée. Ce document estimait que les États-Unis de Donald Trump n’étaient plus l’allié d’autrefois ; le gouvernement belge a précisé qu’il n’avait jamais constitué une position officielle. Bill White, qui s’était dit profondément déçu, avait invité ses auteurs et les fonctionnaires sceptiques quant à la relation bilatérale à assister à la cérémonie. Il avait rencontré le 28 septembre le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, afin de réaffirmer la solidité des relations belgo-américaines. À Henri-Chapelle, l’ambassadeur a replacé l’hommage dans les 194 ans de relations entre les deux pays.

Quelque 250 écoliers

Environ 250 élèves d’écoles primaires d’Aubel, de Plombières et de Welkenraedt, ainsi que des membres de conseils communaux des enfants, assistaient à la commémoration. Bill White les a présentés comme les personnes les plus importantes de la journée, parce qu’ils représentent l’avenir, et a explicitement relié les tombes alignées devant eux à la liberté dont ils bénéficient aujourd’hui. La visite s’est achevée par un échange à huis clos entre le Roi et les trois vétérans.

Photo de couverture : © Palais Royal

Conversation avec Isaac Monté

Design & High-tech

Isaac Monté (37 ans) a étudié l’architecture intérieure à Sint-Lucas, Gand, puis en Norvège, avant de rejoindre l’académie de Rotterdam en design produit. Il y découvre un enseignement fondé sur les ateliers, les techniques et l’expérimentation. Ses professeurs l’encouragent à échouer, à pousser les matériaux plus loin et à travailler avec ce qui sort des usages habituels. Il commence par utiliser des peaux d’animaux trouvés sur le bord des routes pour créer une série de masques.

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