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Dans la Cour des Grands : Rendez-nous les crinolines !

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Thomas de Bergeyck

07 December 2023

Les fêtes sont à nos portes et avec elles, les souvenirs de si belles soirées passées dans des « rallyes » que nous étions nombreux à apprécier, dès le weekend venu. Certains, en revanche, se faisaient une priorité de manquer le cours de danse pour ne venir qu’au bal donné ensuite. En fin de compte, chaque jeune y trouvait son bonheur. Et nouait ainsi de très belles amitiés voire davantage. Comme autant de jalons pour une vie qui ne faisait que commencer.

Je songe à toutes ces belles années en voyant passer, depuis quelques jours, les très beaux clichés des bals donnés en France pour celles que l’on appelle encore les « Débutantes ». Bien sûr, elles n’ont plus rien des ingénues sorties des jupes de leur maman. Mais la tradition a le mérite d’exister et de nous donner à voir, le temps d’une soirée dans un écrin de prestige, ce que fut le lustre d’antan. Il y eut le bal impérial du Château des Rêves à la Ferté-Fresnel, pour les nostalgiques de l’esprit Second empire. Ou encore, fin novembre, le très populaire – et non populeux – Bal des débutantes donné au Shangri-la, l’ancien hôtel particulier du prince Roland Bonaparte à Paris.

Le principe : 21 jeunes filles issues de 13 nations différentes, qui font leur entrée dans le monde devant un parterre illustre d’altesses. Aujourd’hui, on ne l‘appelle plus « coming-out party », l’expression est laissée à d’autres. Mais le principe est resté le même : les oies bien nées se faisaient connaître auprès des gens de cour. Au départ tradition britannique, elle permettait à chacun de se sentir proche de la très haute noblesse en étant présentée au souverain ou à la souveraine, en faisant connaissance par la même occasion avec de jeunes élégants du même rang. Aujourd’hui, plus besoin d’y trouver d’urgence un mari avant de coiffer Sainte-Catherine, cet impératif n’est plus d’actualité. Il suffit de se pencher sur le pédigrée des débutantes le 25 novembre dernier : une arrière-petite-fille d’Henri Ford, le créateur automobile ; une jeune star de la télé-réalité norvégienne, Angelica Jordan ou encore une chanteuse chinoise, Jasmine Yen, qui a sorti un disque.

« The Season », c’était une fête permanente. Un défilé de robes blanches, parfois rose pâle ou écrue mais pas davantage. On sortait les longs gants blanc nacré, accessoire indispensable de toute débutante. Les bijoux de famille étaient prêtés par les aïeux. Ainsi samedi soir, l’archiduchesse Ildiko portait un diadème ayant appartenu à la princesse Louise d’Orléans, la petite-fille du roi Louis-Philippe Premier. Il a été adjugé en 2018 pour 320.000 euros. Inconvenant ? Non, pas au Bal des débutantes qui mérite bien cette majestueuse exhibition. Car oui, nous avons besoin de rêver, plus que jamais dans ce monde qui ne nous en laisse que peu l’occasion.

© Photo News

Ou sont les crinolines, les traines en dentelle et les compositions florales autour d’un chignon parfait, régulièrement rafraichi par un artisan-coiffeur en coulisses ? Existent-ils encore, ces « plus beaux jours de la vie d’une jeune fille » que promettaient ces bals d’antan ? Je sais, vous allez dire que je suis passéiste, rétrograde et un brin nostalgique. Je n’ai connu que les soirées rallyes. Mais je me souviens de l’application que je mettais à ajuster mon nœud. À assouplir mon smoking et lustrer mon col châle. Mon père voulait que l’on se voie dans les chaussures alors je les cirais jusqu’à trouver ce reflet. Il fallait qu’il soit fier, comme tous ces parents qui voient leur enfant découvrir le monde des grands. C’est de la magie, du chic un peu théâtral mais que je revendique comme autant de petites perles sur le chemin de nos vies. Alors oui, même si tout se perd, continuons à rêver.

Photo de couverture : © Dufour Sebastien/Gamma/Photo News

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