Christophe Vachaudez

23 February 2018

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La souveraine, particulièrement éprouvée mais très digne, menait le deuil, entourée de ses deux fils et de leurs familles. Dans l'assistance, on reconnaissait la princesse Benedikte de Sayn-Wittgenstein-Berleburg, le roi et la reine de Grèce, la princesse Élisabeth de Danemark et son frère le prince Ingolf, aucun membre du gotha européen, mais bien les frères et soeurs du défunt.

 
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En signe de respect envers l'homme qui a partagé sa vie durant près de 46 ans, la reine Margrethe a fait une profonde révérence devant le cercueil drapé du drapeau danois quand elle est entrée dans l'édifice. Á l'instar de ses fils et de ses brus, elle n'a pu retenir ses larmes durant cette cérémonie toute en retenue voulue par le défunt. Les jours précédents, la population a pu défiler devant la dépouille du prince Henrik qui aurait sans doute été le premier surpris de voir la peine de ses compatriotes. Ils furent près de 20.000 à se recueillir devant le castrum doloris. En effet, celui qui épousa la princesse héritière du Danemark le 10 juin 1967 se croyait mal-aimé et ne ratait jamais une occasion de le rappeler. Ces dernières années surtout, il avait multiplié les déclarations existentielles quant à la place ingrate réservée au prince consort. Il avait d'ailleurs refusé d'être inhumé aux côtés de son épouse puisqu'il n'avait jamais été son égal durant son existence...des caprices qui agaçaient certes mais qui révélaient un mal-être sans cesse plus présent.

 
 
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C'est sans doute ce qui le conduisit à se retirer de la vie publique en 2016, profondément amer, abandonnant son épouse à l'exercice de sa charge. Mais l'histoire d'amour qui unit Margrethe et Henri de Laborde de Montpezat connut des jours meilleurs car la force du couple reposait sur une complicité tacite et une communion intellectuelle très forte. Le Prince fut aussi instrumental dans l'éducation de ses deux fils car la reine, peu maternelle et accaparée par son 'métier', a très vite délégué ses responsabilités à un père qui n'a jamais failli, ce qui explique suffisamment cette vive émotion ressentie par ses enfants mais aussi ses petits-enfants avec lesquels il avait su développer des liens très étroits. Le Prince qui regrettait n'être bon qu'à couper des rubans s'était investi dans la protection du patrimoine, le WWF et la Croix-Rouge danoise. Son goût pour la littérature lui fit traduire en danois Tous les hommes sont mortels de Simone de Beauvoir, une aventure partagée avec son épouse. On doit aussi au prince Henrik, des recueils de poèmes et de souvenirs mais aussi un livre de cuisine.

 
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Plutôt jovial, on lui connaissait différentes casquettes, celles de pianiste, de viticulteur, de chasseur, de skippeur ou de cavalier, pour ne citer qu'elles ! Il y a peu, un communiqué officiel avait annoncé que le Prince souffrait de démence, peut-être une conséquence d'une maladie qui s'était installée et a sans doute provoqué sa fin précipitée. Voici à peine quelques semaines, il apparaissait déguisé en arlequin alors que la Reine le rejoignait en colombine. Désormais seule, infiniment seule, Margrethe II devra trouver la force de faire face, entourée de ses soeurs et de ses fils. Une nouvelle page se tourne à la cour de Danemark et elle sera sans le prince Henrik dont les cendres seront en partie dispersées en mer et en partie conservées dans une urne sur le domaine royal de Fredensborg.

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