Christophe Vachaudez
19 January 2026
L’idée émise en ce sens par la reine Marie-Henriette dans son testament a été balayée d’une chiquenaude par Léopold II et la première grande vente a donc eu lieu en 1907, créant un scandale retentissant. De nombreux bijoux de la reine Élisabeth ont été dispersés à l’encan, dont le fameux diadème Cartier qui fait aujourd’hui la fierté des collections de la Maison joaillière. Mis au courant à l’époque de la vente du bijou, le roi Baudouin n’avait pas souhaité s’en porter acquéreur. Les autres ont pris le chemin de la Chine ou du Japon où les collectionneurs apprécient les provenances prestigieuses. Certains bijoux de la reine Astrid subirent le même sort. L’un d’eux fut même racheté in extremis par la grande-duchesse Joséphine-Charlotte et versé par la suite dans le fidéicommis grand-ducal.
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La famille de Nassau fut pionnière dans le domaine puisque c’est en 1766 que fut créée cette fondation qui a permis au fil des successions de conserver un noyau impressionnant de bijoux historiques. En Suède, la Fondation Bernadotte préserve un ensemble d’une richesse exceptionnelle, comme aux Pays-Bas d’ailleurs où la Fondation Orange-Nassau veille au grain. En Grande-Bretagne, les bijoux de la couronne constituent un fonds inaliénable instauré par la reine Victoria tandis que la majeure partie de la collection dépend par contre de la sphère privée. Au Danemark, il existe deux fondations, l’une comprend les bijoux exposés au château de Rosenborg, l’autre, les bijoux dits “personnels”. En Espagne, quelques pièces symboliques forment ce que l’on appelle “Las joyas de pasar”, transmis de souveraine en souveraine. En Belgique, rien n’a jamais été initié et il est donc probable que l’hémorragie continue comme l’illustre la vente de plusieurs bijoux ayant appartenu à la reine Fabiola.
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Certes, la reine Mathilde a reçu une broche en diamants, le collier Wolfers, une paire de boucles d’oreilles de perles et diamants, une autre issue de la parure tunisienne ou encore un bracelet de rubis et diamants. Une paire de boucles d’oreilles et des marguerites en diamants ont été léguées à la princesse Margareta de Luxembourg. La princesse Astrid a sans doute reçu elle aussi des souvenirs de sa tante mais rien n’a filtré jusqu’ici. Il s’agit ici de bijoux familiaux dont la reine pouvait disposer à sa guise. Ainsi, voici quelque temps, un collier en perles, diamants et saphirs autrefois porté par la marquise de Casa Riera, mère de la reine Fabiola, a été mis en vente à Paris par Sotheby’s. Choisi par la Reine lors de la visite de François Mitterand en Belgique, il faisait sans doute partie de la part de l’un de ses nombreux neveux.
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De même, la Maison Ansorena de Madrid propose cette semaine deux bijoux provenant de l’héritage de Fabiola. Il eut été plus digne de vendre ses pièces en privé mais apparemment, les récipiendiaires ont choisi la publicité en mettant à l’encan la bague de fiançailles de la défunte souveraine, ornée d’une émeraude ovale de 13,36 carats, mais aussi une demi-parure de diamants et aigues-marines que la reine arborait fréquemment sous différentes formes. Elle resplendit d’ailleurs lors du mariage du futur roi Felipe VI, en 2004. L’ensemble se compose d’une paire de boucles d’oreilles et d’un collier retenant une aigue-marine briolette de 120 carats. La longueur de la chaîne est modulable et elle peut recevoir d’autres ornements, comme les feuilles détachables du diadème offert par le Caudillo en 1960. Dans ce cas encore, la parure appartient à la sphère privée mais on peut se poser la question quant à la parure Chaumet, un cadeau du roi Hassan II du Maroc, atterrie chez un marchand et proposée à la vente. Il eût été normal que ce présent, sans doute remis lors d’une rencontre officielle, restât en Belgique. De même, la parure d’aigues-marines offerte par l’État brésilien ou encore le diadème que le général Franco a présenté à la reine au nom de l’état espagnol, à l’occasion de son mariage, semblent eux aussi avoir quitté notre pays, ce qui peut être assimilé à une erreur de jugement pour le moins malheureux de la part d’une reine des Belges.
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La dissolution de la Fondation Pereos à peine établie a peut-être poussé l’intéressée à agir de la sorte, privant ainsi la reine Mathilde de bijoux qui auraient dû lui revenir de droit. L’avenir réserve à n’en point douter d’autres enchères royales car la reine Fabiola possédait une collection plus que conséquente mais on peut déplorer un manque de discernement certain basé sur le flou existant entre la notion de biens privés ou de cadeaux reçus en tant que reine des Belges. Reste pour nous consoler le diadème des neuf provinces qui passe heureusement de reine en reine, tout un symbole !
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Photo de couverture : © Benainous Duclos Vandeville/Gam/Photo News
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