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Amelia Tavella, la Corse chevillée au cœur

ArchitecteArchitectureCorseFrancePatrimoine

Nathalie Dassa

05 July 2024

Amelia Tavella

La virtuose ajaccienne réinvente l’architecture avec singularité, douceur et sensualité, tout en dirigeant son agence avec une grande indépendance d’esprit. Ses réalisations émouvantes puisent dans les racines de son île natale, mais aussi dans la mémoire des lieux, les notions de réparation, l’archéologie et la psychologie environnementale et humaine. Une source féconde de réflexions et de pratiques innovantes pour un regard contemporain dans le respect du passé. Rencontre.

La Corse est son berceau, la Méditerranée, sa matière à émouvoir, et l’architecture, son maquis. Depuis plus d’une quinzaine d’années, Amélia Tavella bâtit une carrière remarquée et remarquable. Cette native d’Ajaccio a su faire de son style une signature identifiable entre tradition et modernité, force et douceur, audace et sobriété. Cette sève expressive, elle la puise sur l’île de Beauté, se réappropriant ses couleurs, ses textures, ses sédiments, sa densité comme une fusion naturelle. “J’ai toujours considéré la Corse comme ma mère, confie-t-elle. La dimension insulaire est très invasive dans la vie d’un être. Je me suis beaucoup baladée à cheval dans le maquis. C’est ce qui m’a construit et je veux rendre hommage à la Corse en prenant soin d’elle, en la réparant. Une forme de nostalgie et de chagrin oriente mes projets, à cause d’une urbanisation effrénée. Je fais partie de ces architectes qui préfèrent reconstruire plutôt que construire. Ce paradoxe explique pourquoi j’interviens sur la restauration et les ruines.”

L’âme et la mémoire des lieux

Trois grandes lignes définissent ainsi la vie d’Amelia Tavella : la Corse, les femmes, l’architecture. Cette étoile montante de quarante-six ans, passée par l’École spéciale d’architecture de Paris (ESA), s’est imposée au fil du temps dans le panorama du premier art. “Ma mère m’a élevée comme mes deux frères notaires. Je suis la seule à avoir entrepris une carrière artistique et à avoir quitté l’île. J’ai très vite compris que rien n’était impossible pour les femmes. J’avais cette confiance. Cela m’a permis de faire face à la réalité du monde et de ce métier dominé par la gent masculine.”

Ses réalisations sont étonnantes à bien des égards. Elles se font synthèse de plusieurs thématiques qu’elle explore depuis ses débuts, sous le prisme de l’histoire des lieux, de l’archéologie, de l’anthropologie sociale et culturelle, de la psychanalyse environnementale et humaine, du rapport à la chair et à la peau. Elles sont également douces, lumineuses et sensuelles, avec leurs teintes saumon pastel. Surtout, elles sondent le fond et la forme dans l’expérimentation des matériaux nobles et biosourcés issus de la Corse, comme le bois, la pierre et le granit. “Nous avons de plus en plus l’obligation de prendre part au géosourcé, c’est-à-dire les éléments choisis en fonction du contexte, précise-t-elle. Je n’importe pas forcément sur le continent les matériaux que je travaille sur l’île.”

À la vue de son pedigree, on ne s’étonne guère de la série de prix et de nominations qui ponctuent le parcours ascendant d’Amelia. En ce début d’année, elle a notamment été finaliste du prix Mies van der Rohe pour son superbe travail sur l’édifice en ruine du couvent Saint-François, qui a occupé l’espace médiatique. Cette réhabilitation combine la pierre, le cuivre et l’ossature métallique, respectant la mémoire du lieu avec un regard contemporain. “Ce monument a beaucoup été remarqué. Son accueil a été très troublant pour moi, quelque chose m’a échappé. La façade évolue d’ailleurs, car sa physionomie change au fil des saisons. Le cuivre n’est pas spécifiquement corse, mais il a la même noblesse que le granit provenant des ruines. Il porte la patine du temps qui passe. Ces deux matériaux sont en communion avec la nature.”

De la renaissance à l’architecture couture

Toutes ses constructions somptuaires, qu’elles soient privées ou publiques, expriment ainsi son besoin constant de valoriser les savoir-faire. La décennie 2020 propulse l’architecte sous les feux des projecteurs. Son travail se retrouve au croisement de plu-sieurs projets impressionnants menés de front au sein de l’agence qu’elle a fondée en 2007 à Aix-en-Provence.

Entre concours et appels d’offres, Amelia Tavella multiplie les champs d’action, appréhendant entre autres l’architecture patrimoniale pour laquelle elle n’est pas formée au départ. “Je me suis retrouvée face à trois édifices endormis : le couvent Saint-François, la Citadelle d’Ajaccio et la Casa Santa Teresa. Même si ce dernier bâtiment est privé, il était également à l’abandon. Aujourd’hui, l’existant est le seul moyen d’intervenir sur le littoral corse, car la loi nous interdit de construire. Tout cela participe de cette nécessité dans mon parcours de réparer sans cesse.”

Couvent Saint-François

Couvent Saint-François © Amelia Tavella

Couvent Saint-François

Couvent Saint-François (détail façade) © Amelia Tavella, Image Thibaut Dini

Elle a, par ailleurs, signé l’architecture des écoles Simone Veil à Villeurbanne (Rhône), Edmond Simeoni à Lumio (Haute-Corse) et Auguste Benoit à Cabriès (Aix-en-Provence). La première est la plus émouvante par son approche physique en façade. Chez Amelia Tavella, le rapport à la chair et à la peau devient fonction structurelle à part entière. “Elles portent tout autant les traces du temps qui passe, rappelle-t-elle. Au long de la journée, le soleil modifie la façade de l’école, animée par les ombres portées des motifs des briques. Pauline Guerrier, l’artiste avec laquelle je travaille souvent, est à l’origine de cette démarche. Au moment du concours, elle se trouvait au Bénin, dans un village où les enfants portent sur leurs visages des scarifications qui sont un patrimoine essentiel de certaines tribus. Nous avons puisé dans cette dimension universelle en reproduisant ce motif sur les 170 m² de façade pour donner aux enfants la valeur identitaire et d’individualité.”

École Simone Veil

École Simone Veil, sur le continent, et sa façade vivante en briques de terre cuite © Amelia Tavella, Image Epaillard Machado

C’est un véritable travail de couturière qu’elle accomplit sur cette surface en terre cuite. Pour ce faire, elle a collaboré avec un artisan basé à Salerne, en Italie, qui utilise la poudre de lavande dans la confection des tuiles et des briques, donnant cet aspect velouté. “J’ai aimé l’idée de précipiter à un temps T la dimension ruiniforme de ce bâtiment et qu’on sente la greffe contemporaine.”

Poétique et monumentale

En 2025, l’agenda de l’architecte ne désemplira pas, bien au contraire. Dans son processus de réhabilitation, elle a transformé le Château du Seuil (Aix-en-Provence) en hébergement hôtelier, espace d’exposition et réception privée. Parallèlement, elle poursuit l’un de ses chantiers emblématiques de la ville d’Ajaccio, le Conservatoire de Musique, Danse et Art dramatique de Corse Henri Tomasi, en collaboration avec l’architecte Rudy Ricciotti.

L’année 2026 sera tout aussi riche avec deux bâtiments phares. À commencer par la réinvention du spa thermal O’balia à Balaruc-les-Bains en Occitanie, orné d’un magnifique escalier central. Il fait écho à celui du palais d’Itamaraty au Brésil conçu par Oscar Niemeyer, l’une de ses plus grandes influences. “C’est la première fois que j’allais aussi loin dans la poésie, insiste-t-elle. Je souhaitais redonner leurs lettres de noblesse à ces vestiges et revisiter cette thématique des thermes gallo-romains. C’est la seule station thermale méditerranéenne, l’une des plus visitées de France, qui n’ait pas reçu d’hommage. Pour moi, c’était l’évidence.”

Avec le Château de Nalys, sis à Châteauneuf-du-Pape, elle atteint des sommets à tra-vers ce nouveau fleuron de 6000 m² en pierre massive, appartenant à la famille Guigal, principal exportateur de vin. “Ce projet me permet d’effectuer une incursion dans ce type d’ouvrage. Si je n’avais pas été architecte, j’aurais été œnologue, glisse-elle avec un sourire. Nous composons avec la nature, tout en étant tributaires. C’est ce que je trouve passionnant avec le vin.”

Château de Nalys

Le Château de Nalys © Amelia-Tavella, Image Ailleurs studio

Château de Nalys, le musée © Amelia-Tavella, Image Ailleurs studio

Le projet gagnant pour la scénographie du musée de Château de Nalys © Amelia-Tavella, Image Ailleurs studio

Aujourd’hui, Amelia Tavella porte déjà son regard sur l’après, répondant à plusieurs appels d’offres afin d’élargir le champ des possibles vers d’autres pays méditerranéens – Espagne, Portugal, Italie. “Je me sens plus méditerranéenne que française. Le Sud est une identité en soi.”

Photo de couverture : Portrait d’Amelia Tavella © C.Lapalus

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