Sylvie Dejardin

05 April 2022

L’Éventail – Quelles sont les pathologies du dos les plus fréquentes ? Quelles en sont les causes et quel est le profil type du patient  qui en souffre ? 

Professeur Michaël Bruneau – Les pathologies les plus fréquentes liées aux douleurs lombo-sciatalgiques sont les hernies discales et les rétrécissements canalaires. La hernie discale se caractérise par le déplacement du disque qui se situe entre deux vertèbres et qui comprime en conséquence la racine nerveuse. Elle provoque des douleurs, souvent localisées dans le bas du dos, qui irradient le long de la jambe sous forme de sciatique. Outre les patients présentant une fragilité au niveau de la colonne, il y a aussi un phénomène de dégénérescence liée à l’âge. S’il est exceptionnel d’avoir en consultation des enfants ou des adolescents, les hernies discales se constatent à tout âge. Tous les profils sont représentés, du sportif, musclé, en pleine santé, au travailleur manuel qui soulève de lourdes charges, à l’employé de bureau.

Les rétrécissements canalaires, aussi appelés canaux lombaires étroits, sont provoqués par des troubles dégénératifs qui induisent une strangulation des structures nerveuses. Ils se voient donc plus fréquemment chez les patients âgés. Les origines sont multiples, comme des bombements discaux ou une  hypertrophie des ligaments ou des articulations qui provoquent une compression des racines nerveuses.

L’opération chirurgicale pour ces deux  pathologies se réalise en dernier recours. Globalement, nous recevons plusieurs milliers de patients par an, mais peu sont opérés in fine, environ un à deux sur dix. Sauf signes de gravité, les traitements non-chirurgicaux sont toujours proposés en premiers recours : infiltrations, kinésithérapie, perte de poids, renforcement musculaire…

Je me suis également spécialisé, au contact du professeur Brotchi, à Érasme, et du professeur George, à Paris, dans la prise en charge des tumeurs de la colonne au sens large, que ce soit celles de la moëlle épinière, des méninges, des racines nerveuses ou osseuses. Les traitements sont ici essentiellement chirurgicaux pour extraire les tissus tumoraux. Les symptômes sont divers, souvent des douleurs associées à des troubles sensitifs ou moteurs au niveau des quatre membres, une instabilité à la marche. La  découverte de ce type de tumeur est heureusement exceptionnelle.

La prise en charge des patients présentant une pathologie de la colonne vertébrale  représente globalement 30 à 40 % de mon activité. Mon activité chirurgicale principale se focalise sur les tumeurs cérébrales,  hypophysaires, de la base du crâne, les  pathologies pédiatriques, ainsi que la prise en charge des problèmes vasculaires comme des anévrismes.

– Avec quels services collaborez-vous au sein de l’UZ Brussel ?
– La prise en charge d’un patient doit se faire de manière globale. Nous sommes en contact avec le service de médecine physique pour toute prise en charge non chirurgicale des pathologies de la colonne. Nous travaillons étroitement avec le service de gériatrie pour les patients plus âgés souffrant de comorbidités et qui nécessitent des bilans préopératoires spécifiques. Actuellement, je mets en place une collaboration avec la clinique de nutrition pour lutter contre le surpoids et ses conséquences physiologiques, ainsi qu’avec le service de médecine interne pour les patients souffrant d’ostéoporose.

Pour les pathologies crâniennes, nous collaborons avec plusieurs services comme l’endocrinologie, avec lequel nous avons des consultations conjointes pour les pathologies hypophysaires, mais également avec l’oncologie et le service de radiothérapie pour le traitement des tumeurs intracrâniennes. Pour les pathologies vasculaires, nous travaillons de concert avec les neuroradiologues interventionnels.

– Quels gestes de prévention conseillez-vous pour préserver son dos ?
– Certaines précautions peuvent sembler simplistes et pourtant, elles sont très efficaces. Je suis frappé par le nombre de personnes qui portent des sacs extrêmement lourds, parfois dès le plus jeune âge. C’est un facteur de risque majeur de développer des douleurs au niveau cervical où se concentrent une multitude de petits muscles. Ne pas prendre de sac ou l’alléger au maximum vous évitera bien des déboires. Le renforcement musculaire prévient les problèmes lombaires en général. À l’inverse, le surpoids et le manque d’activité physique sont des facteurs aggravants, tant dans le développement de ces pathologies que dans le succès de la prise en charge médicale. Je conseille donc de rester actif physiquement, tous les jours. La sédentarité est une mauvaise habitude à bien des égards, notamment pour la santé du dos. Ne pas forcer si la douleur apparaît, cela semble évident, mais restez en forme et bougez raisonnablement !

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