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Sylvie Dejardin

26 May 2023

L’Éventail – Le nombre de personnes allergiques est en constante augmentation depuis une vingtaine d’années. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Marijke De Lange – Les allergies sont une réaction excessive du système immunitaire face à une substance étrangère comme le pollen des graminées et des arbres, les acariens, les poils d’animaux. Cela peut provoquer des rhinites, des éternuments, les yeux larmoyants, des démangeaisons, voire des crises d’asthme. Le nombre de personnes présentant ces symptômes dans les pays industrialisés ne cesse de croître chaque année pour différentes raisons.
Tout d’abord, la modification du microbiote intestinal joue ici un rôle majeur. Sans connaître l’ensemble des raisons pour lesquelles il est impliqué dans le processus allergique, nous savons qu’une flore intestinale en dysbiose, avec une perte de diversité bactérienne et une prépondérance des mauvaises bactéries est le terreau des problèmes métaboliques mais aussi allergiques. La qualité du microbiote est intimement liée au type de naissance, par voies basses ou par césarienne, à l’allaitement au sein ou au biberon, aux médicaments pris tout au long de la vie, comme les antibiotiques qui vont jouer un rôle néfaste dans l’équilibre intestinal, mais aussi au stress, aux polluants et à l’alimentation, bien évidemment. Plus elle sera industrielle et transformée, plus le microbiote sera pauvre et pro inflammatoire.
Ensuite, nous constatons qu’il y a plus de pollens aujourd’hui qu’il y a quelques décennies et qu’ils sont aussi plus allergisants. La flore doit, elle aussi, s’adapter aux changements climatiques et développer ses propres systèmes de défense. La nature réagit aux menaces pour survivre dans cet environnement en pleine évolution. Les saisons polliniques sont beaucoup plus longues qu’avant. Elles démarrent parfois dès janvier, ce qui laisse peu de répit aux personnes allergiques. Notons également la mondialisation de l’alimentation qui nous expose à de très nombreux allergènes. Nous sommes en contact avec une large variété de protéines exotiques, inconnues de notre système immunitaire et qui peuvent le faire réagir.

– De nombreuses personnes présentent des allergies à certains aliments et une sensibilité concomitante aux pollens. Pourriez-vous nous expliquer le processus d’allergies croisées ?
– Dans le pollen, l’allergène qui rend malade est le BetV1. C’est ce même composant que l’on va retrouver dans la pomme ou le kiwi par son analogie de structure. Cependant, si vous réagissez aux pollens, il n’est pas toujours nécessaire de supprimer de votre alimentation ce type de fruits. Si vous les tolérez, mangez-les. Par contre, si vous constatez une augmentation des phénomènes allergiques lors de l’ingestion, par exemple au moment de la floraison des bouleaux, il est préférable de les exclure. Le corps fait la somme de l’exposition aux pollens contenant le BetV1 et ceux conte-nus dans les fruits, et il n’est plus capable de gérer la quantité. Notez que le BetV1 est dénaturé par la cuisson. Consommer des fruits et légumes cuits peut donc vous éviter une réaction allergique.

– Comment réduire les symptômes et garder une bonne qualité de vie pendant les saisons les plus pollinifères ?

– Les antihistaminiques et la cortisone sont très souvent présentés comme la seule solution, avec des mesures pratiques comme le lavage des cheveux et le changement de vêtements en fin de journée pour se débarrasser des particules, l’aération des pièces de vie tôt le matin, le port de lunettes de soleil, etc. Cependant les médicaments traditionnels, bien qu’utiles en cas de crise sévère, ne sont pas sans effets secondaires. Je propose à mes patients une désensibilisation qui se réalise juste avant les saisons riches en pollens d’arbres et graminées et qui se pour-suit quelques mois au début de la saison concernée. Elle se pratique soit par injection, soit avec des comprimés ou des gouttes en sublingual. Un bilan préalable est nécessaire pour déterminer si le patient peut bénéficier ou pas de la désensibilisation, évaluer l’allergène auquel le patient réagit le plus et traiter celui-là en priorité. Le traitement, qui s’étend sur six mois par an, et sur une durée de trois ans, contient une dose croissante d’aller-gènes BetV1 pour atteindre un plateau.

L’objectif du processus est d’exposer le système immunitaire aux allergènes afin qu’il développe des anticorps bloquants, induisant ainsi une tolérance. Les résultats sont excellents et permettent aux patients de retrouver une très bonne qualité de vie. J’accompagne toujours ce traitement de conseils alimentaires pour améliorer la com-position du microbiote et assurer la pérennité  des résultats. Il est nécessaire de combiner médecine préventive et mesures simples et pratiques, comme celles citées plus haut, pour un confort optimal et durable.

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