Il aura suffi de quelques jours, à la mi-août, pour que les Hautes Fagnes changent de visage. Un feu de végétation, parti le 14 août vers treize heures de la fagne des Deux-Séries, sur le territoire de Baelen, s’est propagé sous l’effet de la sécheresse et du vent de quatre-vingts hectares à plus de trois mille, sur un périmètre de vingt-sept kilomètres. Avec un bilan d’environ 3 400 hectares parcourus par les flammes, l’épisode constitue le plus vaste incendie jamais enregistré en Belgique, au-delà du précédent record établi en 2011 dans la même région.
Près de cinq cents pompiers belges, épaulés par des renforts venus d’Allemagne, de Norvège, de Suède et des Pays-Bas, ont été mobilisés avec l’appui de moyens aériens, de drones et de militaires. Environ six cents personnes ont été évacuées, notamment à Waimes et à Bütgenbach. Les enquêteurs examinent notamment l’hypothèse d’activités menées à proximité du départ du feu à l’aide d’un engin agricole. La piste d’étincelles provoquées lors d’un fauchage reste à confirmer. Le feu, contenu après une semaine de lutte, a continué de couver dans le sol tourbeux, ces reprises que l’on surnomme « feux zombies » ayant imposé une surveillance prolongée bien au-delà de la fin du mois d’août.
La réserve naturelle domaniale des Hautes Fagnes, incluse dans le Parc naturel Hautes Fagnes-Eifel, forme la plus grande zone protégée du pays. Né en 2012 de la fusion entre l’ASBL Centre Nature de Botrange et une commission de gestion de droit public, le Parc veille sur ces paysages et fait connaître au public leur faune, leur flore et leur patrimoine culturel. Ses missions, fixées par le décret wallon sur les parcs naturels, vont de la protection du patrimoine naturel et paysager à l’éducation à l’environnement, en passant par le tourisme doux et le développement local.
Au quotidien, l’association gère le Centre Nature de Botrange et propose promenades guidées, jeux d’enquête pour les enfants et ateliers nature, en plus d’actions de restauration des cours d’eau. Pendant la crise du mois d’août, ses stewards ont été mobilisés pour informer les visiteurs et les orienter vers les zones demeurées accessibles.
C’est à ce territoire meurtri que le groupe Spadel, propriétaire des eaux minérales SPA et BRU dans le Benelux, a choisi d’apporter son concours. Le 2 septembre, l’entreprise a officialisé un soutien financier d’un million d’euros, en réponse à l’appel à la solidarité lancé conjointement par le Parc, la Fédération des Parcs naturels de Wallonie et le Fonds « Les ami.e.s des Parcs naturels de Wallonie ». Dès les premières heures du sinistre, avant même cette annonce, Spadel avait déjà fourni bouteilles d’eau et boissons énergisantes naturelles aux services de secours engagés sur le terrain.
La somme financera d’abord l’évaluation scientifique des dégâts causés aux écosystèmes, puis leur régénération, avant un volet à plus long terme consacré à la prévention des incendies. « Les Hautes Fagnes constituent un patrimoine naturel exceptionnel », souligne Marc du Bois, CEO du groupe. « Face à l’ampleur des dégâts causés par cet incendie, il nous paraissait naturel de venir en aide à nos voisins et de contribuer à l’effort collectif de restauration. » Du côté du Parc, Donovan Niessen, président de la Commission de gestion, salue un engagement appelé à « fédérer les énergies » autour de la restauration des milieux touchés et du renforcement de leur résilience.
Ce voisinage n’a rien d’anecdotique. Depuis plus d’un siècle, l’eau minérale de Spa dépend de la qualité des milieux fagnards entourant Spa et, plus précisément, de la zone de protection de ses captages, dont les tourbières contribuent à filtrer l’eau et à protéger les nappes. Une étude indépendante réalisée par Arcadis en 2021, à l’occasion du centenaire de Spa Monopole, avait déjà mis en évidence l’effet positif des mesures de protection du groupe sur la biodiversité locale.
Le soutien financier du 2 septembre s’inscrit dans une politique de responsabilité sociétale structurée depuis 2021 sous l’intitulé « Source of Change ». Le groupe familial s’y engage à réinvestir chaque année 5 % de son bénéfice net dans des actions locales à impact positif, un objectif dépassé ces dernières années. La démarche fait suite à une série d’initiatives menées dans la région, de la restauration des tourbières du projet LIFE Ardenne liégeoise à la réintroduction du tétras-lyre, en passant par la création du Parc naturel des Sources autour des captages de Spa et de Stoumont ou, en juin 2025, un financement de 750 000 euros en faveur de l’hydrologie régénérative.
Un point mérite d’être précisé, tant la proximité géographique prête à confusion. Les captages de Spa Monopole, situés à plus de dix kilomètres du foyer et sans lien hydrogéologique avec la zone touchée, n’ont pas été affectés par l’incendie. Le soutien de Spadel relève ainsi de la solidarité envers un territoire voisin, et non de la réparation d’un préjudice subi par la maison.
Photo de couverture : © Didier Lebrun/Photonews