Martin Boonen
19 August 2026
Le séjour commence par une petite énigme de géographie. Contrairement à ce que l’on imagine, on ne se présente pas à l’entrée du parc, mais à la réception du Wood Hôtel, un peu plus loin sur la route, où s’effectue l’enregistrement de tous les hôtes, lodges compris. On y récupère les cartes d’accès au lodge. Celui-ci, pourtant, ne se rejoint pas depuis cette réception : il faut regagner l’entrée du parc Forestia, puis gagner l’hébergement par l’intérieur du domaine. La logique se tient, mais mieux vaut la connaître à l’avance pour ne pas s’y perdre.
© DR/Forestia
Pendant notre séjour au parc, c’est le lodge Barry qui nous tiendra lieu de base arrière. Il appartient à une série de cinq hébergements disséminés dans le parc, chacun portant le nom d’un animal du domaine. Conçus pour quatre à six personnes, ils se louent en demi-pension, avec accès au parc sur deux jours et petit-déjeuner livré sur place. De l’extérieur, le volume de bois clair paraît posé parmi les troncs, en léger surplomb sur la pente boisée. À l’intérieur, le bois règne partout, clair et brut, du sol aux parois, dans des espaces largement ouverts. De vastes baies vitrées cadrent les arbres, tandis que des suspensions tressées diffusent une lumière chaude sur les teintes sobres du mobilier. Une banquette basse, garnie de coussins, s’adosse à une fenêtre d’angle ouverte sur les frondaisons.
© DR/Forestia
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Deux chambres se répartissent entre le rez-de-chaussée et l’étage, complétées par un coin salon, une salle à manger et une salle de bains lambrissée de bois, où se trouve une baignoire de bois cerclée. La literie est particulièrement confortable, et l’ensemble, climatisé, tient davantage de l’hôtel que de la cabane : on est loin du glamping.
© DR/Forestia
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Depuis la terrasse, la vue plonge sur l’enclos voisin, où évoluent des ours noirs et des vaches Highland. L’après-midi, les ours se laissaient apercevoir sans jamais s’approcher tout à fait, visibles mais distants, comme on les observerait dans la nature. Cette retenue n’est pas un défaut : elle donne au parc un sentiment de sérieux et de crédibilité naturelle. Nous ne sommes pas à Disneyland, et c’est nous qui sommes chez les ours, pas l’inverse.
© DR/Forestia
Le domaine couvre quarante-quatre hectares de plaines, de jardins et de forêts, où plus de trois cents animaux d’une trentaine d’espèces vivent en semi-liberté. La vocation affichée est pédagogique : faire découvrir à un large public la faune des climats froids et tempérés dans un cadre boisé. Ouvert en 1973 comme parc à gibier, repris un temps par la commune de Theux puis privatisé, le site a pris le nom de Forestia en 2007 et n’a cessé de s’étoffer depuis. Il collabore aujourd’hui avec un centre de revalidation de la faune sauvage, qui lui confie chaque année quelque mille deux cents animaux blessés ou orphelins.
© DR/Forestia
Le parc n’est pas très étendu et se parcourt en une journée, ce qui le rend facile à visiter en famille. Le sentier grimpe d’un côté, redescend de l’autre, alterne l’ombre et quelques trouées de soleil. Les enclos sont vastes, et le parcours ménage de vrais points d’observation. Certains pensionnaires se dérobent, comme le lynx, que nous n’avons guère aperçu ; les loups, canadiens et européens, se montrent plus volontiers. Ce sont surtout les cervidés qui retiennent l’attention. Faute d’être chassés, ils vieillissent et portent des ramures d’une ampleur que l’on ne rencontre qu’exceptionnellement à l’état sauvage.
Le choix des espèces mérite d’être souligné : rien de véritablement exotique. Même lorsqu’elles viennent d’Amérique du Nord, d’Asie ou de l’est de l’Europe, elles s’accordent aux forêts d’ici, ce qui ajoute encore au sentiment d’authenticité de l’ensemble. Parmi les résidents figurent aussi des ours bruns, distincts des ours noirs visibles depuis le lodge Barry.
Notons que la saison influence l’expérience : en hiver, le couvert forestier s’éclaircit et facilite l’observation de certains animaux, quand d’autres se retirent. Les marmottes hibernent, les ours hivernent et se font alors plus rares. C’est le rythme de la nature, il faut le respecter et c’est au visiteur de s’y adapter, pas l’inverse. À celui-ci de voir quelle saison lui convient le mieux : elles ont toutes leurs défauts et leurs avantages. Il nous semble que la période du brame, qui rassemble les cervidés, passe pour l’un des meilleurs moments de l’année en offrant, aux premières loges, un concert guttural absolument envoûtant.
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Le parc a bien saisi l’atout que représentent ses petits sachets de nourriture, vendus pour pas cher. On peut ainsi nourrir à la main la plupart des espèces — les carnassiers exceptés, évidemment. Les enclos concernés sont clairement signalés. Les animaux ont pris l’habitude : dès qu’un visiteur approche, sachet en main, ils s’avancent, et l’on se retrouve à quelques centimètres d’eux. La tentation d’une caresse est grande, mais mieux vaut s’en abstenir avec ceux qui demeurent des bêtes sauvages.
Les repas se prennent au Forest’Bar, point de restauration central du domaine, qui travaille des produits frais et locaux servis à table durant la saison touristique. Une plaine de jeux jouxte la terrasse, si bien que les parents gardent un œil sur les enfants sans quitter la table. La carte est courte mais bien pensée, des salades aux viandes en passant par les pâtes, dans un registre de brasserie soigné. La maison revendique une large part de fait maison, et l’on y mange mieux que dans bien des établissements de ce type où la restauration fait souvent office de parent pauvre du séjour. Le Forest’Bar sert également glaces, goûters et rafraîchissements, avec une sélection de bières dont des bières maison brassées dans une brasserie voisine.
© DR/Forestia
Le matin, un panier de petit-déjeuner attend à la porte du lodge : charcuterie, pâte à tartiner, viennoiseries, pain, fruits, jus et lait. L’ensemble est copieux et de qualité, avec des produits qui semblent soigneusement sourcés.
L’un des grands points forts, qui participe beaucoup au plaisir d’un séjour à Forestia, c’est la qualité du personnel, que ce soit au Forest’Bar ou partout ailleurs. Attentif — voire attentionné —, professionnel et chaleureux : l’Ardenne a, à ce sujet, clairement une ardeur d’avance.
La véritable surprise attend au réveil. Il suffit d’un regard par la fenêtre pour découvrir les ours noirs, tout proches du lodge. Ils sont sans doute accoutumés à être nourris par les occupants des lodges — même si c’est strictement défendu —, et rôdent volontiers là au petit matin. Un, deux, parfois trois : ils ne quémandent pas vraiment, mais observent, et grimpent aux troncs voisins pour se hisser à hauteur des fenêtres. Ils se montrent curieux. Prendre son petit-déjeuner sur la terrasse en leur compagnie laisse un souvenir inoubliable. Rien ne garantit le rendez-vous, qui dépend du bon vouloir des animaux et de la saison, mais lorsqu’il a lieu, il justifie à lui seul la nuit passée sur le domaine.
© DR/Forestia
Reste un dernier volet, à l’écart des enclos : le Parc Aventure, installé en pleine forêt, au sein du domaine. On y trouve douze parcours d’accrobranche et des tyroliennes, dont l’une file sur cent vingt mètres, ainsi qu’un mur d’escalade. Les tracés s’étagent selon l’âge et la taille, du parcours ouvert aux tout-petits, dès deux ans, jusqu’aux boucles réservées aux adultes de plus d’un mètre quatre-vingts. Chaque départ est précédé d’un briefing d’une quinzaine de minutes, l’équipement est fourni et les enfants évoluent sur une ligne de vie continue. Les tracés les plus engagés donneront du fil à retordre même aux profils athlétiques.
Cette activité complète bien le reste du séjour en offrant une activité sportive très différente de l’observation animalière vécue dans le parc, tout en conservant l’immersion forestière complète. Son billet inclut d’ailleurs l’entrée au parc animalier, ce qui invite à parcourir la forêt de ces deux manières au cours d’une même visite.
Ne vous attendez pas, à Forestia, à l’exotisme pur d’un parc comme Pairi Daiza. L’expérience ici est différente, c’est celle de la forêt dans ce qu’elle a de plus pur et de plus beau. On se reconnecte à notre Ardenne, véritable poumon vert de notre pays, avec sa dimension mystérieuse, presque mystique, où l’on a parfois l’impression d’être plus vu que de voir, le tout sans rien sacrifier au confort, ni des visiteurs, ni des animaux. C’est aussi celle d’une pratique sportive de haut niveau adaptée à tous les âges au cœur d’un environnement naturel préservé.