François Didisheim
08 April 2026
Malte est un carrefour historique et culturel comme il en existe peu. Les Phéniciens y ont fait escale, les Romains y ont prospéré, les Arabes y ont laissé leur langue et leur agriculture, les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean y ont bâti une forteresse chrétienne face à l’Empire ottoman, les Français y sont passés avec Bonaparte, et les Britanniques s’y sont installés durablement.
Chaque époque a déposé une couche, une architecture, une langue, une manière de vivre. On parle souvent de villes palimpsestes — du nom de ces manuscrits anciens où les textes se superposent — pour décrire cette sédimentation historique. Malte est, elle, une île palimpseste. Le plus petit État membre de l’Union européenne recèle ainsi une densité patrimoniale sans équivalent en Méditerranée.
Mdina, surnommée “The Silent City” car elle abrite à peine 300 habitants, a été érigée en haut d’une colline, au centre de l’île. © DR
Cette superposition explique l’atmosphère très particulière de La Valette. Une ville de pierre dorée, sévère et théâtrale à la fois, où les rues rectilignes débouchent soudain sur la mer turquoise, où les palais austères cachent des escaliers monumentaux, où l’on passe en quelques minutes du silence d’une église baroque à la lumière crue des remparts.
Et puis il y a Caravage, qui séjourna sur l’île à la fin du XVIe siècle. Sa monumentale Décollation de Saint Jean-Baptiste, conservée à la co-cathédrale Saint-Jean, suffit presque à justifier le voyage à elle seule. Cette œuvre magistrale, la plus grande toile jamais peinte par l’artiste, demeure l’un des trésors artistiques les plus précieux de la Méditerranée.
L’oeuvre “The tree of Life” de l’artiste portugaise Joana Vasconselos est présentée au MICAS. C’est un lieu majeur de l’art contemporain à Malte. © DR
Malte ne vit pas tournée vers son passé, mais dans un dialogue constant avec le présent. La Biennale d’art contemporain en est le meilleur exemple : des artistes venus du monde entier exposent dans des fortifications, des arsenaux, d’anciens palais ou même un moulin du XVIIIe siècle reconverti en centre d’art.
Le MICAS, nouveau centre d’art contemporain installé dans les fortifications de Floriana — du nom de l’ingénieur italien qui construisit cette ligne de défense au XVIIe siècle —, symbolise parfaitement cet esprit. Une architecture contemporaine audacieuse posée au cœur d’un site militaire ancien. L’œuvre « The Tree of Life » de l’artiste portugaise Joana Vasconcelos y est actuellement présentée. À Malte, on ne sépare pas le patrimoine et la création, on les fait cohabiter. Le résultat est souvent spectaculaire, parfois surprenant, toujours intelligent.
Au-delà de La Valette, l’archipel réserve d’autres découvertes. Mdina, surnommée « la Silencieuse », abrite à peine trois cents habitants. Érigée au sommet d’une colline au centre de l’île, cette ancienne capitale se parcourt à pied, dans une atmosphère hors du temps. Gozo, l’île sœur, offre un véritable éden naturel pour les amateurs de randonnées et d’échappées marines.
Malte est un véritable paradis pour des échappées marines. © DR
Partout, la pierre couleur de miel s’embrase au soleil du soir. On comprend alors pourquoi tant de voyageurs, artistes et historiens tombent sous le charme de cette île qui ressemble à un livre d’histoire ouvert. La reine Elizabeth II elle-même y vécut entre 1949 et 1951, alors qu’elle était encore princesse héritière. Ce furent, disait-elle, les plus belles années de sa vie.
Trop longtemps éclipsée par ses grandes voisines méditerranéennes, Malte mérite qu’on lui accorde l’attention que son histoire et sa beauté commandent. Un condensé de civilisation à deux heures de vol de Bruxelles, où chaque pierre raconte un chapitre de l’histoire européenne.
Découvrez le dernier podcast de Camille Misson de Saint-Gilles, rédactrice en chef de L’Eventail, sur BXFM Radio :
Article inspiré par la newsletter de Lobby du 3 avril 2026 écrite par Françoise Wallyn et François Didisheim, fondateur de Lobby. Retrouvez la revue des cercles du pouvoir, ici
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