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Mimi Solvay, grande dame de la dynastie industrielle belge du même nom, s'est éteinte

Martin Boonen

03 August 2026

Marie-Claude Boulin, que le monde scientifique et l’aristocratie industrielle belge connaissaient sous le nom de Mimi Solvay, s’est éteinte ce week-end, à l’âge de 99 ans. Épouse de l’industriel Jacques Solvay et mécène des Instituts internationaux de physique et de chimie Solvay pendant plus de six décennies, elle laisse le souvenir d’une figure discrète mais essentielle au maintien de l’héritage scientifique familial.

Mimi Solvay avait épousé Jacques Solvay, de sept ans son aîné. Le couple eut trois enfants, deux filles et un fils, Jean-Marie Solvay, né en 1956, qui succéderait à son père à la présidence des Instituts internationaux de physique et de chimie fondés par Ernest Solvay. Ceux qui l’ont connue décrivent une femme atypique, d’une franchise et d’une générosité également remarquables.

Un mariage au cœur de la dynastie Solvay

Jacques Ernest Solvay de la Hulpe, né à Bruxelles le 4 décembre 1920 et disparu à La Hulpe le 29 avril 2010, était l’arrière-petit-fils du fondateur du groupe, Ernest Solvay. Ingénieur civil diplômé de l’Université libre de Bruxelles, il avait rejoint l’entreprise familiale en 1950, avant d’en présider le comité exécutif de 1971 à 1986, puis le conseil d’administration jusqu’en 1991. On lui doit une importante diversification du groupe vers des activités moins cycliques, au premier rang desquelles le secteur pharmaceutique, ainsi que l’entrée en bourse de Solvay en 1967, qui ouvrit le capital familial à des investisseurs extérieurs. Sous sa direction, l’entreprise devint le leader européen du PVC dans les années 1970. Aux côtés de ce dirigeant, Mimi Solvay occupa une position centrale au sein de la sphère familiale et sociale du groupe, incarnant le rôle traditionnel de grande dame accompagnant les activités philanthropiques et scientifiques de la famille.

Le domaine de La Hulpe

Le couple vécut dans le château et le domaine de La Hulpe, propriété historique acquise en 1893 par Ernest Solvay comme résidence d’été. Ce domaine de 227 hectares, surnommé le parc aux mille rhododendrons, avait été partiellement légué à l’État belge par Ernest-John Solvay en 1968, la famille en conservant une partie comme lieu de vie. C’est dans cette propriété que fut baptisée la princesse Louise de Belgique, signe des liens étroits qui unissaient les Solvay à la famille royale.

Le prince Laurent et Mimi Solvay lors de la communion de la princesse Louise en 2011 © Christophe Licoppe/Photo News

Ce lien avec la monarchie se manifesta de manière particulièrement marquante au début des années 1990. Alors que ses relations avec ses parents et son oncle étaient tendues, le prince Laurent vécut dans le domaine de La Hulpe, jusqu’à ce que la Donation royale lui fasse construire la Villa Clémentine à Tervuren. Trente ans plus tard, l’affection entre le prince, son épouse la princesse Claire et Mimi Solvay demeurait intacte, celle-ci apparaissant régulièrement à leurs côtés lors d’événements officiels et caritatifs.

Une mécène de la science depuis 1954

L’engagement qui aura le plus marqué la vie de Mimi Solvay reste son soutien de longue durée aux Instituts internationaux de physique et de chimie Solvay. Son implication bénévole débuta en 1954, à l’occasion de la dixième Conférence Solvay sur la physique, consacrée aux électrons dans les métaux et présidée par William Lawrence Bragg. Pendant plus de soixante ans, soit plus de la moitié de l’existence des Instituts, elle porta la philanthropie familiale avec un engagement que les Instituts eux-mêmes qualifièrent d’indéfectible.

Cet engagement fut célébré en juillet 2019 lors d’un « Mimi Fest » organisé en son honneur dans la Maison d’Ernest Solvay, à Bruxelles, qui réunit scientifiques et amis des Instituts. On y évoqua l’histoire des Conseils Solvay et leur influence sur le développement de la science moderne, ainsi que le souvenir de figures ayant fréquenté ces conférences, tels Robert Oppenheimer et Stephen Hawking, pour lesquels elle nourrissait une appréciation attentionnée. Parmi les intervenants figurait son fils Jean-Marie, déjà engagé dans la gouvernance des Instituts. Plusieurs générations de chercheurs gardent le souvenir des réceptions chaleureuses qu’elle offrait au Long Fond, sur le domaine familial.

Un mécénat social et humanitaire

Au-delà du soutien à la recherche fondamentale, Mimi Solvay s’était engagée dans des causes sociales et animalières. Généreuse mécène de la Fondation Prince Laurent, qui offre des soins vétérinaires gratuits aux animaux de compagnie des personnes précarisées, elle avait pris l’initiative, en 2015 et conjointement avec sa fille Marina, d’une soirée de gala au profit de la fondation, au Cercle Royal Gaulois artistique et littéraire de Bruxelles.

La transmission à la génération suivante

Le flambeau familial se poursuit à travers son fils Jean-Marie Solvay, né en 1956. Administrateur du groupe Solvay de juin 1991 à mai 2020, il préside depuis mai 2021 le conseil d’administration de Solvac, le holding qui rassemble les descendants des familles fondatrices et demeure l’actionnaire de référence de Solvay, à hauteur de 30% des actions. Il a mené une carrière internationale après un passage par le programme Advanced Management de l’INSEAD, notamment comme CEO d’Albrecht RE Immobilien à Berlin et administrateur de Heliocentris. Fidèle à l’héritage scientifique porté par sa mère, il préside depuis plus d’une décennie le conseil d’administration des Instituts internationaux, succédant dans cette fonction à son père Jacques. Depuis 1979, il dirige également la Pépinière du Long Fond, sur le domaine de La Hulpe, activité horticole qu’il a relancée après des années de monoculture ayant épuisé les sols.

Avec elle disparaît une certaine idée du rôle des femmes d’une dynastie industrielle belge, celles qui assurèrent, en parallèle des responsabilités économiques portées par les hommes de la famille, la continuité d’un projet culturel et scientifique unique en Europe. Les Conférences Solvay réunissent depuis 1911 quelques-uns des plus grands esprits scientifiques, d’Einstein à Hawking. Sa fille Marina, arrière-arrière-petite-fille d’Ernest Solvay, a codirigé un ouvrage retraçant cette saga, intitulé Fantaisies quantiques, preuve que la transmission de la mémoire familiale se poursuit dans la génération actuelle.

Toute l’équipe de L’Eventail s’associe à la douleur de ses proches et adressons à sa famille et à ses amis, nos très sincères condoléances.

Photo de couverture : Ilham Kadri, Mimi Solvay de la Hulpe et son fils, Jean-Marie © Solvay

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