Martin Boonen
10 March 2026
Dans un monde où la vidéo représente une part croissante du trafic numérique mondial, la question de son empreinte environnementale se pose avec acuité. IntoPix, entreprise basée à Mont-Saint-Guibert, y répond par une approche contre-intuitive. “On travaille sur des technologies de compression et de décompression qui font que compresser et décompresser vont consommer moins d’énergie que de traiter l’information sans compression”, explique Gaël Rouvroy, cofondateur et CEO de la société.
Le constat de départ est simple : les schémas de compression conventionnels, comme ceux utilisés par les plateformes de streaming, sont asymétriques. L’encodage, réalisé une seule fois pour des millions de visionnages, mobilise une puissance considérable, tandis que le décodage reste économe. IntoPix a choisi une voie différente, celle de l’équilibre entre encodeur et décodeur. Les gains potentiels sont substantiels : “On pense que l’on peut, du côté de la visualisation, réduire d’un facteur quatre à cinq fois l’énergie, et du côté de la source, aller vers cent fois plus d’économies”, avance Gaël Rouvroy.
Cette philosophie a donné naissance à JPEG XS, un format de compression vidéo reconnu mondialement, pour lequel chaque collaborateur d’IntoPix a joué un rôle clé, de la rédaction technique à sa mise sur le marché. Sa particularité : c’est le seul standard international à faire de l’économie d’énergie un critère de conception, et non une simple conséquence. Une innovation récompensée par deux Emmy Awards, en 2014, puis en 2025, consacrant IntoPix comme acteur incontournable de la compression vidéo professionnelle.
L’enjeu dépasse le cadre du broadcast. Gaël Rouvroy pointe l’exemple des véhicules autonomes. “Le stockage de ces données-là représente plusieurs dizaines, voire centaines de millions d’euros en coûts de stockage. Ce sont des quantités significatives de consommation.” Les données captées par les caméras embarquées sont aujourd’hui transmises et stockées sans compression, par crainte d’altérer leur qualité pour l’entraînement des intelligences artificielles. Un paradigme que Gaël Rouvroy juge obsolète.
La réflexion d’IntoPix s’étend jusqu’au cœur des composants électroniques. “Un composant électronique consomme surtout sur ses interfaces”, rappelle Gaël Rouvroy. En compressant l’information dès le capteur, on réduit le nombre d’interfaces nécessaires, donc la consommation énergétique et l’utilisation de métaux rares. Le marché potentiel est vertigineux : diax milliards de capteurs d’images, des smartphones aux caméras de surveillance.
Avec plus d’un million d’appareils équipés de ses technologies et des clients tels que Sony, Panasonic ou Nikon, cette PME de 45 collaborateurs (tous statuts confondus) est la preuve de la nécessité de faire converger innovation et responsabilité environnementale.
“Cette exigence de sobriété se reflète dans le fonctionnement interne de l’entreprise. IntoPix a adopté un modèle d’holocratie, une gouvernance distribuée où les décisions sont prises au plus proche du terrain. « Le principe, c’est de donner un maximum de responsabilité au plus proche du problème », résume Gaël Rouvroy. Autre singularité : près de 80% des employés sont actionnaires, un choix que le dirigeant qualifie de « juste » et qui garantit l’ancrage local de l’entreprise.”
Photo de couverture : © INVISION
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