Martin Boonen
29 September 2026
Bruxelles abrite environ un million de mètres carrés de bureaux vides (soit 8 % de son parc) et les surfaces louées ne sont occupées qu’à moitié. Ce constat, que partagent la plupart des grandes villes européennes, a donné naissance à (re)Space. “Je crois profondément que l’immobilier a oublié ses utilisateurs”, entame son fondateur, Pierre Colaiacovo, qui a créé la société avec Bruno Pani et Jean-Philippe Maes.
L’homme n’est pas un professionnel de l’immobilier. Diplômé de la Solvay Brussels School et passé par PwC, il a dirigé les opérations puis les finances de Profirst, l’agence événementielle bruxelloise fondée en 1988, qui orchestre les rendez-vous de maisons telles qu’Armani ou Dom Pérignon. De cette double culture, expérientielle et gestionnaire, est née (re)Space. “Je pense l’immobilier depuis l’utilisateur, et pas depuis le bâtiment, résume-t-il. On opère les bureaux vides comme des hôtels.”
Pierre Colaiacovo, cocréateur de la société. © DR
La restauration fait partie des activités de réhabilitation. © Julien Charpentier
“On opère les bureaux vides comme des hôtels”, poursuit l’entrepreneur. Le modèle, clé en main, ne repose sur aucune acquisition : (re)Space obtient ses adresses auprès de propriétaires soucieux de revaloriser un actif sous-occupé, les transforme, puis les exploite pour des entreprises en quête de surfaces flexibles. “Nous ne sommes pas propriétaires, et nous n’avons pas vocation à l’être”, souligne Pierre Colaiacovo. Chaque adresse réunit bureaux privés, coworking, restauration et salles d’événement.
Deux sites fonctionnent aujourd’hui, pour un total de plus de dix mille mètres carrés. Le premier occupe le bâtiment Brussimmo, conçu par feu l’architecte Philippe Samyn, au cœur du quartier européen : sur quelque six mille mètres carrés, des bureaux flexibles, un café baptisé SŪN et, sous le dôme, la salle d’événement Skyline. Le second, près de l’aéroport de Bruxelles, à Diegem, étend le modèle en périphérie flamande.
Des espaces beaux comme des lobbys d’hôtel de luxe. © Julien Charpentier
Le projet procède d’une lecture du travail contemporain. Après l’ère des baux longs, la mode de l’open space, puis la parenthèse du télétravail, le bureau ne se vit plus pour une seule fonction. “Les lieux de bureau sont devenus des lieux de vie, et ces lieux de vie doivent être pleins d’expériences”, avance l’entrepreneur. Même un café, chez (re)Space, doit offrir “quelque chose de spécial”, loin de la machine de palier. Y parvenir suppose, selon lui, un savoir-faire que l’immobilier classique ne maîtrise pas toujours : celui de l’événementiel et du design.
Portée pour l’essentiel par le bouche-à-oreille auprès des propriétaires, la trajectoire de (re)Space demeure prudente. Après la Flandre en 2026, la société prépare une implantation à Paris pour 2027. “C’est le même problème – et la même solution – partout en Europe”, estime-t-il. De nouvelles ouvertures bruxelloises sont annoncées pour septembre.
Photo de couverture : © Julien Charpentier
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