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Louvain Cooperation

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Viviane Eeman

03 March 2022

Enfants qui mangent en rue RDC

On les appelle les Shege. Les enfants des rues. Ils sont partout et toujours plus nombreux, dormant là où ils peuvent. À Kinshasa, diverses ONG – comme Louvain Coopération – essaient, avec des partenaires locaux, de mettre structures et formations en place pour contrer la désespérance et leur offrir un avenir.  

Ils seraient entre 25 000 et 60 000. Des chiffres difficiles à évaluer dans une ville qui compte 17 millions d’habitants et où ils sont continuellement en mouvement. Accusés de sorcellerie, rejetés par leur entourage ou préférant fuir, ils sont en proie à tous les abus, dont les viols à répétition. Des couples se forment et ont eux-mêmes des enfants. D’autres, victimes de trafic d’enfants et amenés à Kinshasa, loin de leur province natale ne se souviennent plus d’où ils viennent. « La violence – mais une violence qu’on a peine à imaginer – est omniprésente. Les besoins sur place sont hallucinants, confirme Florence Shinckus, chargée du Programme Sud à Louvain Coopération. On a parfois l’impression d’être une goutte d’eau dans l’océan. »

Gloire en apprentissage du métier dans le workshop au centre Don Bosco avec Espoir, formateur menuisier à Don Bosco Bukavu. © Isabel Corthier

Gloire en apprentissage du métier dans le workshop au centre Don Bosco avec Espoir, formateur menuisier à Don Bosco Bukavu. © Isabel Corthier

La nécessité d’un suivi personnalisé

Depuis cinq ans, l ’ONG vient en appui technique et financier à trois centres d’accueil à Kinshasa : Orper – l’un des plus anciens –, Ndako Ya Biso et Don Bosco qui, en dehors de ses écoles, possède aussi un petit centre d’accueil pour les garçons, la Maison Papy. La base est de loger, nourrir, habiller les enfants et les faire rentrer dans le système scolaire.  Un soutien psychologique est crucial, parce que ces jeunes vivent des situations tellement terribles qu’ils sont complètement désolidarisés de leurs émotions. Il faut leur rendre confiance en eux. Les initiatives visent aussi le long terme et une réinsertion sociale et avant tout familiale. L’éducation et la formation sont renforcées, afin qu’ils puissent un jour être autonomes et sortir par eux-mêmes de la rue. « C’est particulièrement important d’avoir un suivi personnalisé et, pour cela, il faut des éducateurs et des psychologues en nombre suffisant, sinon l’enfant décroche tout de suite », remarque Florence. Un travail qui se poursuit à l’extérieur pour faire connaître les centres, aller soigner des enfants si farouches et déconnectés qu’ils ne viendront jamais d’eux-mêmes – Orper possède à cet effet une petite clinique ambulante –, mais aussi tenter de restaurer leur image grandement ternie en travaillant avec les chefs de quartier, les communautés et le voisinage.

Du concret pour ancrer l’espoir

En six ans, 1162 enfants ont pu être réinsérés et de belles histoires commencent à émerger. Certains ont retrouvé leur famille, d’autres réussissent très bien leur scolarité et entrent à l’université. Pour d’autres encore, aux aptitudes plus manuelles, des incubateurs ont été créés dans les domaines de la restauration, de la coiffure et de la couture. Trois secteurs porteurs à Kinshasa. Les jeunes reçoivent une formation et effectuent des stages dans ces structures montées sur place au cours desquels ils mettent un peu d’argent de côté afin de démarrer leur propre affaire. Des projets très concrets qui prouvent la nécessité de les accompagner jusque dans leur vie professionnelle et pas seulement dans leur scolarité. Un don de 40 euros (22 euros après déduction fiscale) permet de loger et nourrir un enfant pendant un an. Un don de 15 euros par mois assure la scolarité d’un enfant pendant un an.

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