Agnès Zamboni
27 July 2026
Ce petit village perché au sommet d’une colline, dans la province de Trapani, à une heure de Palerme, n’a plus rien de commun avec l’ancienne Gibellina détruite par le tremblement de terre de 1968. Reconstruite à une vingtaine de kilomètres du site originel, grâce à l’intervention de plusieurs artistes internationaux, la Gibellina Nuova dévoile une soixantaine de sculptures à l’air libre, comme Il Grande Cretto d’Alberto Burri, une des plus grandes œuvres de land art au monde. Ce manteau de béton de 85 000 m2 recouvre le douloureux souvenir du séisme qui a tout détruit. Durant cette année, le programme Gibellina 2026 Portami il futuro investit de nombreux sites.
The Bell Tolls Upon The Waves, Adrian Paci, installation au Teatro di Pietro Consagra, Gibellina. © Courtesy of Gibellina Capitale Italiana dell’Arte Contemporanea 2026
Au Teatro di Pietro Consagra, à l’architecture brutaliste inachevée, inspirée de l’univers de Piranèse, l’œuvre d’Adrian Paci The Bell Tolls Upon The Waves (2024) est présentée sur trois grands écrans au premier niveau. Le niveau supérieur accueille l’installation vidéo Resto (2021) du duo Masbedo. Les deux expositions consacrées à la Méditerranée comme horizon humain, politique et existentiel mettent en relation la mer, le mouvement et la migration. Images et sons fusionnent dans l’espace, suscitant une confrontation entre langages artistiques, visions éthiques et esthétiques des deux artistes, et celle de Consagra. L’exposition Domestic Displacement rassemble des recherches sur la notion de déplacement – géographique, identitaire, politique –, la décontextualisation et la relocalisation. Répartie entre le MAC (musée d’Art contemporain Ludovico Corrao) et l’ancienne église de Jésus et Marie, elle met en lumière les migrations, le déracinement, les conflits, mais aussi le soin et l’intimité. Corps, archives, pièces, mémoires et témoignages composent une « carte instable » où la maison devient un lieu de passage et de vulnérabilité, de résistance et de réinscription de soi.
Torre Civica (“Tour de l’horloge”), Alessandro Mendini, 1987. Cette structure métallique affiche l’heure et émet des sons quatre fois par jour, Gibellina, province de Trapani. © Courtesy of the artist
Dans les espaces publics, différents lieux de Gibellina et la Fondazione Orestiadi, l’édition 2026 du festival Gibellina Photoroad présente notamment une installation in situ de l’artiste néerlandais Erik Kessels, transformant une place en espace de mémoire et de participation, à travers un jeu visuel. À voir aussi, une nouvelle installation en extérieur de Teresa Giannico, fondée sur des collages photographiques et des reconstructions de portraits et d’environnements. Sans oublier, enfin, une présentation à ciel ouvert, en collaboration avec le Museo delle Arti Carrara : Redemption of Nature, de Stefano Cerio (lauréat de l’appel public Strategia Fotografia 2025), qui fait référence à la résilience écologique et à la régénération de la nature après les incendies en Méditerranée.
Direction Trapani qui recèle l’un des plus beaux musées de Sicile. Dans un ancien couvent des Carmélites du XIVe siècle, le musée régional Agostino Pepoli abrite une collection de crèches des XVIIe et XVIIIe siècles, des panneaux de céramique – dont une vue de la ville –, des objets de culte et des pièces d’orfèvrerie en corail réalisés par des artisans au XVIe siècle.
À Palerme, le palais Riso (Museo regionale d’Arte Moderna e Contemporanea), situé dans un élégant palais du XVIIIe siècle, constitue le principal pôle régional dédié à l’art contemporain. Il présente des œuvres d’artistes italiens et internationaux de renom, dont des pièces de Vanessa Beecroft. Sa façade transparente dévoile un véritable espace d’exposition et prolonge les collections permanentes et temporaires. Dans un ancien couvent franciscain, la GAM (Galleria d’Arte Moderna Sant’Anna) abrite un vaste ensemble de peintures et sculptures allant du XIXe au XXe siècle, incluant des œuvres d’artistes siciliens illustrant l’histoire locale.
Chiesa Madre, Ludovico Quaroni, 1985-2000, Gibellina, province de Trapani. © Robert Harding Video
Dans une partie de l’étage noble du palazzo Torre Pirajno, le Museo delle Maioliche Stanze al Genio regroupe une collection de plus de 5 000 exemplaires de faïences du XVe au XIXe siècle. Cette « maison-musée » habitée par les propriétaires se visite toute l’année, sur réservation, en compagnie d’un guide. D’autres sélections de jouets anciens, de boîtes en fer-blanc, de carreaux de terre cuite pour confectionner des confiseries (XVIIIe–XIXe siècles) et d’objets de papeterie d’époque sont également présentées.
Dans la province d’Agrigente, non loin de la vallée des temples, la Farm Cultural Park, centre culturel révolutionnaire, a transformé le quartier historique en galerie d’art. Plusieurs maisons abandonnées, puis restaurées, et sept cours blanches reliées entre elles, ont été reconverties en espaces d’accueil pour des événements artistiques. À Gela, ville côtière de la province de Caltanissetta et ancienne colonie grecque, le musée des Épaves grecques (Museo dei Relitti Greci) a été inauguré en février 2026. Ses 4 000 m2, orchestrés par l’architecte Ettore Di Mauro et recouverts par une vaste structure en bois en forme de coque inversée, rendent hommage à la culture de la Méditerranée.
À Catane, le MacS (Il Museo Arte Contemporanea Sicilia), installé dans la Badia Piccola du monastère de San Benedetto, se concentre sur l’art contemporain figuratif italien et international. Une exposition itinérante et innovante (Agata in Movimento) réinterprète l’iconographie de sainte Agathe, avec des interventions graphiques à l’intérieur des voitures de train et des stations de métro.
Pietro Consagra, Stella d'ingresso al Belice, 1981 © Faber1893
La colline de sel de Mimmo Palaino © Faber1983
Dans la province de Messine, Fiumara d’Arte, un parcours d’art contemporain intégrant des sculptures monumentales, imaginé à l’origine par Antonio Presti à la mémoire de son père, se compose de douze œuvres jalonnant un itinéraire de 80 kilomètres à travers les principaux villages de la vallée. Parmi elles, La materia poteva non esserci (1986) de Pietro Consagra, qui se dresse au milieu du lit presque asséché de la rivière Tusa, le Labirinto di Arianna (1990) du sculpteur Italo Lanfredini, à Castel di Lucio et la Piramide 38° Parallelo (2010) de Mauro Staccioli, à Motta d’Affermo. Enfin, le MuMe, musée régional de Messine et plus grand du genre dans le sud de l’Italie, expose deux chefs-d’œuvre méconnus que l’on doit au peintre Caravage qui y a résidé deux ans : L’Adoration des bergers (1609) et La Résurrection de Lazare (1609), considérés comme les deux derniers tableaux du peintre.
AGENDA
Gibellina 2026 Portami il futuro
(“Apportez-moi l’avenir”)
Jusqu’au 31.12 • gibellina2026.it
Masbedo, Adrian Paci : Dal Mare, dialoghi con la città frontale
Jusqu’au 19.07
Teatro di Pietro Consagra
Via Alberto Burri/viale Belice
91024 Gibellina
I Catalano 1925-2025, la macchina dell’arte a Palermo. A partire da Eustachio
Jusqu’au 28.07 • Palazzo Riso
365 via Vittorio Emanuele
90134 Palermo
museoartecontemporanea.it
Agata in Movimento, 5e édition
Jusqu’au 31.08 • Catania
abacatania.it/eventi/agata-in-movimento-v-edizione
ADRESSES
MAC, Museo d’Arte Contemporanea Ludovico Corrao
Viale Segesta, 91024 Gibellina
macgibellina.it
Fondazione Orestiadi
Baglio di Stefano
Contrada Salinella, 91024 Gibellina
fondazioneorestiadi.it
MuMe Messina
465 viale della Libertà
98121 Messina
museo.messina.it
Museo dei Relitti Greci
465 viale della Libertà
93012 Gela
Macs
30 via S. Francesco d’Assisi
93124 Catania
museomacs.it
Galleria d’Arte moderne (GAM)
21 via Sant’Anna
90133 Palermo
gampalermo.it
Photo de couverture : Alberto Burri, Grande Cretto, 1984, province de Trapani, SIAE 2025 © AB Production