JC Darman
13 May 2026
Le thème de la dernière pièce du Parc pourrait paraître déconcertant : un fils rend visite à sa mère très âgée qui a perdu la mémoire. Tout au long de cette courte pièce, il va inlassablement tenter de lui rappeler les évènements de sa vie et donc la réalité de leur existence commune. C’est sur un écran translucide que vont s’illustrer les moments-clés disparus de la mémoire maternelle : l’enfance, le dortoir et le réfectoire du pensionnat, la guerre, la naissance, l’abandon du père… De nombreuses scènes sur lesquelles la neige ne cesse de tomber et où apparaissent tour à tour le visage hagard d’une très vieille femme et celui d’une petite fille au regard étonné. Un univers visuel nimbé d’une tristesse nostalgique grâce aux lumières de Allan Beurns et aux vidéos de Fabian Finkels.
C’est la danseuse et chorégraphe Michèle Anne De Mey qui tient le rôle de Marie, la maman centenaire dont les souvenirs se sont effacés et qui ne reconnaît même plus son fils. Elle réussit à transmuer les titubements d’une vieillarde en une prenante chorégraphie très symbolique. Pour la musique, c’est la brillante instrumentiste-concertiste Julie Delbart qui est au piano. Son jeu accompagne, ou plutôt emmène ces tentatives de ressusciter la mémoire des moments oubliés. Fabien Finkels incarne ce fils devenu un parfait inconnu pour sa mère. Á quelques tirades près il est le seul personnage de la pièce à devoir dire du texte, ce qu’il fait avec talent. En outre, il chante et s’accompagne à la guitare. Enfin, il y a le contre-ténor Logan Lopez Gonzalez doté d’une superbe voix cristalline qui interprète l’aide-soignant de la résidence.
© Aude Vanlathem
À nouveau le Théâtre du Parc nous a gratifié d’un spectacle de haute qualité. Et à nouveau le public en sera probablement ravi comme semble le présager l’enthousiasme des spectateurs le soir de la première. Cette fois cependant la tâche pourrait s’avérer moins aisée. Bien que d’une éternelle actualité, le sujet de la pièce n’est pas des plus attrayants. Notre époque apprécie peu les personnifications du grand âge et moins encore de la sénilité. Ici nous sommes loin de ces spectaculaires réalisations, de ces sagas historico-romanesques à grande mise en scène auxquelles le Parc nous a habitués. Il s’agit cette fois d’une œuvre plus intimiste. Elle est tirée d’un roman éponyme de Thierry Debroux.
© Aude Vanlathem
L’ouvrage, écrit à la première personne, est un long appel, une adresse instante à sa maman pour qu’elle se souvienne de sa propre vie. Il est donc tout naturel qu’il ait supervisé l’adaptation théâtrale de son livre. Cela pourrait cependant ne pas plaire à une journaliste qui a récemment attaqué de manière très acariâtre la gestion du directeur du Parc. Elle lui reproche, entre autres, une omniprésence et une quasi-exclusivité de pièces dont il est souvent l’auteur, l’adaptateur et/ou le metteur en scène et dans lesquelles joue souvent son épouse. Si cette feuilliste avait sévi au XVIIe siècle, Molière en aurait pris pour son grade. Ses critiques font fi d’un impératif pourtant fondamental de la gestion d’un théâtre : y amener du public et satisfaire ses attentes, ce que le patron de l’emblématique salle bruxelloise réussit parfaitement. Thierry Debroux est incontestablement une personnalité majeure du monde théâtral francophone et on devrait plutôt se réjouir de le voir œuvrer sur une scène belge.
Pièce
La Petite Annonce faite à Marie
Dates
Jusqu’au 6 juin 2026
Adresse
Théâtre royal du Parc
Rue de la Loi, 3
1000 Bruxelles
Billeterie
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