François Didisheim
14 April 2026
Entre 1940 et 1944, Knokke et Heist constituaient un point stratégique majeur pour les forces d’occupation. Les Allemands redoutaient un débarquement allié depuis l’Angleterre et avaient particulièrement renforcé ce secteur du Mur de l’Atlantique — six mille kilomètres de défenses s’étendant de la Norvège à l’Espagne. L’embouchure de l’Escaut était verrouillée. Partout, des points d’appui, des bunkers massifs d’un volume de cinq cents mètres cubes, des batteries de canons tournées vers la mer. Les plages étaient truffées de mines, de pieux piégés surnommés « asperges de Rommel » et d’innombrables « hérissons tchèques », ces poutres métalliques croisées destinées à entraver tout débarquement.
La résistance de la côte belge a été particulièrement active et redoutable, la zone étant classée zone de guerre par l’occupant allemand en raison de sa position stratégique sur le mur de l’Atlantique. © DR
Dans un secteur aussi militarisé, la résistance locale ne pouvait envisager d’affrontement frontal. Les résistants ont donc choisi l’observation et la transmission d’informations aux Alliés. Dès 1943, des réseaux clandestins, fragmentés et prudents, se sont attachés à relever chaque position allemande. Bunker après bunker, axe après axe. Lorsque le maréchal Erwin Rommel a, contre toute attente, renforcé le dispositif défensif, tout a dû être repris et corrigé. Ce travail minutieux de cartographie est devenu le « Plan B ». En mai 1944, ces plans d’une précision inestimable étaient finalisés et transmis en Angleterre. Comment ont-ils quitté un territoire sous contrôle total ? C’est tout l’objet de l’exposition du Hey Museum.
La zone de Knokke-Heist faisait partie du système de défense allemand contre l’invasion, entraînant l’installation d’imposants bunkers d’un volume de 500 mètres cubes. © DR
Réduire la résistance de la région à un travail cartographique serait une erreur. Elle fut aussi profondément humaine. Des filières se sont organisées pour cacher des aviateurs alliés, exfiltrer des fugitifs, protéger ceux que les Allemands traquaient. L’action prenait parfois la forme de sabotages : une ligne ferroviaire coupée, un câble électrique sectionné, une communication téléphonique perturbée. Rien de spectaculaire dans l’absolu, mais une pression constante qui ralentissait les déplacements, compliquait les ordres et obligeait l’occupant à mobiliser des équipes de réparation.
La presse clandestine, les messages, les relais maintenaient le lien avec la population et refusaient le silence imposé par l’ennemi. Une circulation de l’information, mais aussi du courage.
La défense des plages des côtes de la Manche et de la mer du Nord était un point essentiel dans la conception de la fortification du Mur de l’Atlantique © DR
À l’échelle nationale, entre cent mille et cent cinquante mille hommes et femmes ont participé à la lutte contre l’occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale. La Résistance belge a payé un lourd tribut : environ trente mille arrestations et quinze mille morts selon les synthèses historiques.
L’exposition « Plan B : Résistance à Knokke et Heist », présentée au Hey Museum (Pannenstraat, Knokke-Heist), lève le voile sur cette opération hors norme et rend hommage à ceux qui, dans l’ombre, ont contribué à la libération du territoire.
En Belgique, entre 100.000 et 150.000 hommes et femmes ont participé à la lutte contre l’occupant nazi et ses sympathisants durant la Seconde Guerre mondiale. © DR
Au Zoute, on ne se contente pas de vivre le présent. On honore aussi ce qui l’a rendu possible. Cette exposition rappelle que derrière l’insouciance apparente de la station balnéaire se cache une histoire dense, faite de résistance silencieuse et de courage ordinaire. Une leçon d’histoire à découvrir le temps d’une escapade sur la côte belge.
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Article inspiré par la newsletter de Lobby du 10 avril 2026 écrite par Françoise Wallyn et François Didisheim, fondateur de Lobby. Retrouvez la revue des cercles du pouvoir, ici
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