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Stéphanie Dulout

09 May 2022

Le Jardin des Nuées qui s’attardent Carte Verte à Wang Shu © Eric Sander

Le château dans son sublime écrin vert et fleuri. © Eric Sander

Le château dans son sublime écrin vert et fleuri. © Eric Sander

Cette édition anniversaire est marquée par trois nouveautés : l’ouverture d’une galerie digitale dans une aile du château, avec une création numérique inaugurale confiée à l’artiste Davide Quayola revisitant la touche impressionniste en de troublants Effets du soir synthétiques ; l’ouverture d’un hôtel dans un ancien corps de ferme, Le Bois des Chambres, et le lancement de rencontres mensuelles, Les Conversations sous l’arbre, autour de l’art, du paysage, de la nature et de l’environnement. Autant d’initiatives propres à augmenter le succès du lieu qui attire déjà chaque année jusqu’à 500 000 visiteurs…

Blue Polyvitro Crystals, une sculpture de Dale Chihuly de 3 mètres de haut. © Eric Sander

Blue Polyvitro Crystals, une sculpture de Dale Chihuly de 3 mètres de haut. © Eric Sander

Après les Jardins de paradis (en 2019), les Jardins extraordinaires (en 2015) ou les Jardins de la pensée (en 2018), le 30e Festival international des Jardins retourne en Utopie avec la thématique du Jardin idéal. À l’image de l’hortus conclusus, le “jardin enclos” associé à la vision paradisiaque dans la mystique chrétienne, ou du jardin médicinal monastique médiéval (le “carré des simples”), le “jardin idéal” devrait-il être à la fois une œuvre d’art, un potager nourricier et thérapeutique, un lieu portant à la contemplation et à la méditation, un havre écologique… ? Tel est le défi lancé aux concepteurs des jardins de cette nouvelle édition plus que jamais portée sur l’audace et l’innovation (des matières, des techniques et des mises en scène), afin de “faire de leur parcelle un concentré de beauté, d’émotion, de bienfaits, mais aussi de savoir et de savoir-faire”, ou, pour le dire en langage utopique : “Un concentré de ce que l’homme et le vivant peuvent créer ensemble pour générer un monde meilleur”… Une “vision résolument positive, libre et novatrice d’un art à part entière”, portée par la directrice du Domaine et du Festival, Chantal Colleu-Dumond.

Retour aux racines, une réalisation de Julien Truglas, Giulia Pignocchi et Alan Douchet, imitant l’architecture racinaire d’un arbre centenaire. © Eric Sander

Retour aux racines, une réalisation de Julien Truglas, Giulia Pignocchi et Alan Douchet, imitant l’architecture racinaire d’un arbre centenaire. © Eric Sander

Paysagistes, mais aussi architectes, urbanistes, designers, décorateurs, botanistes, biologistes…, les lauréats ont conçu des jardins éminemment poétiques et philosophiques, évoquant ici, quelques cloîtres fantastiques ou la salle du Banquet de Platon, là, librement inspiré de l’utopique abbaye de Thélème de Rabelais, ou composant, dans une débauche de couleurs saturées (de fruits, de fleurs, d’oiseaux et de plastique recyclé), de jeux d’eau et de fontaines d’un nouveau genre, des jardins de paradis post-modernes. Citons, entre autres, les improbables juxtapositions de parterres en patchwork baptisés Harmonie étrange de Jeanne Lafon, un irrésistible Cocon végétal imaginé par deux étudiants de l’Institut supérieur industriel agronomique de Gembloux (en Belgique), Gaël Lefebvre et Marvin Demaude), un fascinant “tableau vivant” calqué sur le jardin grandeur nature peint en trompe-l’œil sur les murs d’un nymphée souterrain aux portes de Rome au Ier siècle avant J.-C., ou encore, un Jardin des illusions réalisé par les architectes urbanistes et paysagistes franco-chinois Liu, Zhang & Guo.

Installation Le Jardin des Hypothèses, de Bernard Lassus. © Eric Sander

Installation Le Jardin des Hypothèses, de Bernard Lassus. © Eric Sander

Pour ce qui concerne la nouvelle Saison d’art accueillant les créations et installations in situ d’une quinzaine d’artistes actuels, émergents ou de renommée internationale, on ne pourra passer à côté de la nouvelle folie crée par Miquel Barcelo pour le Parc historique, ou des trois sculptures monumentales (trois visages de bronze aux yeux clos) de Jaume Plensa accueillant les visiteurs dans la Cour de la ferme. Dans la Grange aux abeilles, les boursouflures “aux couleurs de ciel et d’argent” d’Evi Keller (née en Allemagne en 1968) nous montre l’artiste se rêvant alchimiste et tentant de transmuter la matière en lumière, tandis que dans la salle de la Cour à proximité de la Loire, les Jeux d’eau au jardin peints par Fabienne Verdier en faisant corps, par la gestualité, au tourbillonnement de l’eau, nous donnent à sentir “l’énergie en mouvement”. À la Galerie du Porc-Épic et à la Tour du Roi, on découvrira les délicates sculptures d’étamines, de brindilles ou de graines de Christiane Löhr.

Les Bulbes fertiles, une oeuvre collective réalisée à base de bois de cagettes. © Eric Sander

Les Bulbes fertiles, une oeuvre collective réalisée à base de bois de cagettes. © Eric Sander

Dans les Écuries, Katarzyna Kot-Bach (née en Pologne en 1978) compose avec une poignée de feuilles une allégorie de la vie aux allures de Memento mori et se réapproprie le nid en d’énigmatiques enroulements de branchages. Entre les Écuries et le château, Alison Stigora (née à Philadelphie en 1982) a installé l’une de ses monumentales sculptures de bois brûlé semblable aussi à un Memento mori géant évoquant le Flux permanent et le perpétuel changement – l’“Ombre lyrique” du temps – et questionnant le passage d’un état à un autre, “le processus de destruction et de recréation”. Une réflexion faisant écho à celle de Bob Verschueren (né à Etterbeek en 1945) et de son fascinant Chemin de vie déroulant tel un serpent, ses sinueux entrelacements de branchages dans le cimetière des chiens du Domaine…

Le Réservoir, installation de l’artiste américain John Grade. © Eric Sander

Le Réservoir, installation de l’artiste américain John Grade. © Eric Sander

Dans un bosquet de pins du Parc historique, c’est quant à lui, un gracieux Réservoir d’eau que John Grade (né en 1970 à Minneapolis) a suspendu aux arbres. Évoquant quelques lustres d’une forêt enchantée de conte de fées, 5000 perles d’eau délicatement accrochées à des filets translucides, s’abaissent ou remontent à mesure que l’eau de pluie s’accumule ou s’évapore dans leur calice de verre (passant ainsi de 350 à 30 kilos). Une œuvre féerique d’une grande technicité alliant magnifiquement poésie et écologie…

En couverture : Le Jardin des Nuées qui s’attardent Carte Verte à Wang Shu © Eric Sander 

Informations supplémentaires

Saison d’art

Jusqu’au 30.10
Domaine de Chaumont-sur-Loire
478 Le Château
41150 Chaumont-sur-Loire, France
www.domaine-chaumont.fr

Festival international des Jardins

Jusqu’au 06.11
Domaine de Chaumont-sur-Loire
478 Le Château
41150 Chaumont-sur-Loire, France
www.domaine-chaumont.fr

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