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Bienvenue dans « Le commerce des Allongés »

FêtesInterviewLittératureLivre

Corinne Le Brun

21 December 2022

Des livres à mettre sous le sapin – Ils font toujours sensation pour les fêtes de fin d’année. Voici trois romans qui devraient ravir plus d’un ! Après “L’Apocalypse heureuse” de Stéphane Lambert, “Paris, de Yann Moix, voici “Le commerce des Allongés” d’Alain Mabanckou. Entre humour et satire sociale, l’écrivain franco-congolais convoque un mort de retour chez les vivants.

Liwa a 25 ans. Il est commis de cuisine à Pointe-Noire. Il porte une chemise vert fluo, un nœud papillon blanc, un pantalon violet à pattes d’éléphant…Un vrai Monsieur. Soudain, Liwa comprend qu’il est mort lorsqu’un cyclone le propulse hors de sa tombe du Frère-Lachaise. Revenu parmi les vivants, Liwa va percevoir les choses à l’envers… Il va conter sa courte vie, chez sa grand-mère, sa mère Albertine, sa vie de cuisinier, son rêve d’amour avec Adeline, ses dernières heures avant son décès… Et dans le cimetière des pauvres, il va faire connaissance de ses voisins. Dans son quatorzième roman, Le commerce des Allongés, Alain Mabanckou renoue avec la fibre picaresque. L’auteur pose sa plume facétieuse dans un quartier de la capitale et ses habitants. On y croise un artiste, un pasteur, des femmes… Des allures de conte pour ce roman social, où les traditions ancestrales et les croyances “modernes” se côtoient joyeusement. Eventail.be a rencontré Alain Mabanckou.

Eventail.be – Comment vous est-venue l’idée d’utiliser le tutoiement?
Alain Mabanckou – Elle est arrivée de façon naturelle. Le côté d’une seule voix était plus nécessaire pour une narration dans le monde des vivants que dans le monde des morts. C’est pour cela que j’ai utilisé le tu. Il crée une sorte de proximité qui n’a plus besoin d’une polyphonie. Le narrateur, personne ne le voit. Mais la polyphonie est toujours là parce que toutes les histoires sont racontées par les personnages eux-mêmes. C’est simplement la complexité de la narration.

– En Afrique, les morts restent vivants, un peu comme des fantômes…
Oui. Il y a un côté surréel mais j’aime beaucoup emprunter au réalisme merveilleux sud-américain et congolais, aux contes de mon enfance, aux mythes que me racontaient mes parents. Aussi à la conception générale des Congolais en ce qui concerne l’au-delà, mais cet imaginaire n’est pas le plus souvent exploité parce que les écrivains d’aujourd’hui sont plus souvent portés par la modernité ou qu’ils estiment comme telle mais on oublie que la modernité ne peut pas avancer sans le souffle même de nos traditions. Le macchabée doit rester avec nous. Après l’enterrement, on continue à l’observer, à déposer la nourriture du mort à l’endroit où il mangeait, on boit du vin de palme… Les morts et les vivants sont en dialogue permanent. Les morts de l’au-delà et les vivants d’ici n’ont pas de frontières aussi étanches. Dès lors, Le commerce des Allongés devient en quelque sorte des dialogues, des rapports qu’ont ceux qui sont de l’autre côté et ceux qui sont ici. Et comment certains conflits doivent être réglés parce qu’ils sont allés là-bas mais qu’ils doivent revenir.

© David Parry/PA Wire

– Liwa est enterré au Frère-Lachaise, le cimetière des pauvres…
Les inégalités sociales existent dans la mort comme dans la vie. Le roman nous enseigne peut-être que les inégalités ne sont pas l’apanage des vivants. Elles vont au-delà de la vie. Dans la mort, nous ne serons jamais dans l’égalité. Nous continuerons à creuser les disparités les uns et les autres parce que c’est intimement lié au genre humain. Et le genre humain chérit ses morts. Et la manière de chérir va créer aussi des distorsions. Un riche ne chérit pas ses morts comme un pauvre. Le cimetière Frère-Lachaise est une invention de ma part. Vous ne trouverez pas d’inscription mais c’était dans la mémoire populaire.

– Votre écriture singulière, très imagée est-elle une manière de préserver la tradition africaine ?
Quand j’écris, je n’ai pas le sentiment par exemple de préserver une langue. J’ai le sentiment d’ouvrir un univers, de permettre à la langue de respirer, de mettre une lumière dans ma manière de raconter une histoire, d’ouvrir les portes de l’oralité africaine, des croyances. C’est ça qui fait que, parfois, en écrivant on se sent très serrés dans la langue française. Du coup, les images, les représentations africaines sont là pour venir à la rescousse. Ce serait dommage que le zèbre puisse enlever ses zébrures. Il ressemblerait à un animal ridicule. C’est la force de l’écrivain qui fait la compréhension du texte. Il y a des écrits en français qui sont incompréhensibles pour beaucoup de lecteurs. Si vous donnez des textes de Georges Pérec aux Européens ou les livres de l’époque du nouveau roman d’Alain Robbe-Grillet, de Nathalie Sarraute, il y en a qui vont se gratter le crâne. Donc cela dépend vraiment.

– Quel type de relation entretenez-vous avec la République du Congo, où vous avez grandi?
C’est une relation de chiens de faïence. Le gouvernement s’en fout de ce que je fais. Je regarde de près ce qu’ils font. Cela fait dix ans que je n’y suis pas allé. Ce n’est pas un choix personnel. On m’a fait sentir que je suis persona non grata. Je n’en souffre pas parce que j’ai suffisamment de doses de Congo en moi que je pourrais passer le reste de ma vie à décrire le Congo mieux que ce qu’ils sont en train de décrire sur place.

– Quel regard portez-vous sur le discours et le processus de décolonisation?
Je pense que c’est normal qu’actuellement on pose des regards sur les questions de la colonisation, qu’on puisse demander à réécrire cette histoire, que les colonisés puissent aussi réécrire leur version de l’histoire. La seule question serait de savoir est-ce que dans cet élan, nous devrions effacer toutes les traces qui montrent l’histoire coloniale ? C’est la grande question où il faudrait faire la part des choses entre ce qui relève de la nécessité d’une meilleure compréhension de l’histoire et de ce qui relève des humiliations subies. Si je me pose sur le plan scientifique en tant que celui qui a étudié l’histoire littéraire, si je reste sur mon domaine de littérature, il serait quand même fâcheux de retirer des éléments qui nous rendraient coupables de la colonisation. Si j’enlève Jules Ferry pour mettre un autre personnage il faut vraiment que j’aie des moyens d’expliquer aux autres ce que Jules Ferry avait fait. Pour moi, il faut mettre à côté d’éléments qui existent d’autres éléments qui pourraient contredire ces histoires. Mais il faut mettre face à face la manière de raconter à l’occidental cette histoire et la manière que nous avons nous aussi de la raconter. Les deux versions sont nécessaires. Comme devant un tribunal, il y a toujours une démarche contradictoire entre deux parties. Oui, je souhaiterais de la contradiction en matière de décolonisation. Il me faut les deux pensées si antagonistes qu’elles soient mais nécessaires à la compréhension.

Photo de couverture : © Jean-Marc Lhomer/Bestimage

Passation de flambeau au Grand-Duché

Chroniques royales

Les bruits couraient depuis quelque temps et le grand-duc n’a fait que les confirmer en annonçant lors de son discours de fête nationale, son souhait de nommer le grand-duc héritier Guillaume Lieutenant-représentant du pays, une façon de déléguer une partie de ses pouvoirs à son fils, en prévision d’une abdication prochaine, un fait coutumier au Luxembourg.

Bertrand Lavier, en couleur

Arts & Culture

Des vignes et une forêt de chênes clairsemés de sculptures, un ancien hameau fondé au XIIIe siècle par les Templiers voués au vin et à l’art contemporain, une table (Chez Jeannette) des plus raffinées…

France, Peyrassol

Du 01/04/2024 au 03/11/2024

Informations supplémentaires

Livre

Le commerce des Allongés

Auteur

Alain Mabanckou

Editeur

Éditions du Seuil

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Corinne Hoex : « Les princes charmants n'ont jamais existé »

Livres

Dans “Nos princes charmants”, l’autrice belge Corinne Hoex raconte de piquantes historiettes où Françoise, Lydia, Eléonore, Violette, les héroïnes de son dernier livre, rêvent de régler leurs comptes à leurs princes charmants. L’ironie est au rendez-vous. Car ces balourds, imbus d’eux-mêmes, rapidement grotesques, seront sacrément mis à mal. Les femmes ne sont pas dupes. Sans crier gare, elles retournent la situation, à leur avantage. Les nouvelles, très courtes, s’enchaînent dans une course effrénée. Nous voilà dans le fantastique, parfois cruel, toujours teinté d’humour. Le ton est enjoué. Le style, ciselé. Corinne Hoex, dotée d’un sens pointu de l’observation, multiplie les portraits éclectiques, avec malice. On lit ses “princes charmants” avec délice. Eventail.be a rencontré l’écrivaine belge.

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