• HLCÉ

Des antiquaires en leurs châteaux

AntiquitésArtChâteauMarché de l'art

Christophe Vachaudez

11 February 2026

Par passion ou par tradition familiale, certains antiquaires ont installé leurs collections dans des châteaux ou des sites d’exception, une motivation toujours portée par l’amour du beau et d’une histoire souvent singulière.

Pour Edouard de Potter d’Indoye, la question ne s’est pas posée, le château familial où il avait passé sa jeunesse, constituait un écrin parfait pour exposer sa collection d’œuvres d’art. C’est en ces murs, au contact des objets qui meublaient l’édifice, qu’il a développé cette inclination qui ne l’a plus quitté depuis. Les tableaux, les horloges, les bronzes et le mobilier recréent une atmosphère où le style Empire occupe assurément la place d’honneur, un style qui, selon les confidences de l’intéressé, correspond à une révolution mais aussi à une évolution majeure. Ici pourtant, point d’antique bâtisse mais un château construit à la fin du XIXe siècle dans la mouvance néo-gothique tellement à la mode à l’époque. Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’endroit est occupé depuis des lustres. En effet, un Hof ter Meers ou Goed ter Merchs est mentionné dès 1435 et une carte de 1572 confirme la présence d’une maison de plaisance. Il faudra cependant attendre 1743 pour que le domaine entre dans la famille de Potter. L’ancien château, qui datait sans doute du XVIIe, siècle fut démoli et remplacé en 1897 par la construction actuelle.

De style néo-gothique, le château familial de Melle abrite la galerie d’Edouard de Potter d’Indoye. © DR

Même volonté de pérenniser un patrimoine historique pour Cédric Pelgrims de Bigard qui préside à la destinée du château de Grand-Bigard. Bien connu des amateurs de tulipes et, depuis peu, des passionnés de cucurbitacées, l’ensemble castral qui formait, avec les autres places-fortes, une ceinture protectrice autour de Bruxelles, a conservé un robuste donjon carré déjà mentionné en 1347. Flanqué de tourelles, l’élégant châtelet d’entrée date, quant à lui, du XVIIe siècle, tout comme le vaste corps de logis qui a reçu son aspect actuel entre 1634 et 1649. Toutefois, les propriétaires qui se sont succédé n’ont pas tous été attentifs à la préservation du lieu qui est repris dans un triste état par Raymond Pelgrims en 1902. Tout en s’intéressant à d’autres châteaux en alors déliquescence comme Beersel, Bonlez, Chimay ou Lavaux-Sainte-Anne, l’intéressé redonne vie à Grand-Bigard et lègue à ses descendants un vaisseau qui continue à voguer contre vents et marées. Spécialisé en peinture ancienne, Cédric Pelgrims de Bigard profite d’ailleurs de ce cadre exceptionnel pour présenter, sur rendez-vous, ses tableaux de maîtres flamands et hollandais, ou l’opportunité unique pour ces toiles et panneaux d’être exposés dans une architecture contemporaine de leur naissance.

Joyau patrimonial, le domaine de s’Gravenwezel a retrouvé toute sa superbe grâce à Axel Vervoordt. © DR

L’antiquaire décorateur s’y est aménagé une bibliothèque-cabinet de curiosités du plus bel effet. © DR

Un écrin de verdure non loin d’Anvers

À ‘s-Gravenwezel, l’histoire est toute autre puisque le célèbre antiquaire Axel Vervoordt, cherchant une résidence à la mesure de sa créativité, a jeté son dévolu sur ce château classé situé au sud-ouest d’Anvers. Avec d’autres, il servait jadis d’avant-poste défensif pour retarder les potentiels attaquants de la cité scaldienne. Ce sont les Wesele, les seigneurs qui l’occupaient au XIVe siècle, qui lui donnèrent son nom. Il serait ardu de citer tous les propriétaires, mais Jean-Alexandre van Susteren mérite d’être mentionné puisque c’est lui qui sollicita le célèbre architecte Jan Pieter van Baurscheit pour transformer l’antique forteresse en une agréable demeure de plaisance. Le puissant quadrilatère a d’ailleurs conservé deux tours plus anciennes mais est doté de vastes communs dominés par un colombier et deux ponts accueillants qui enjambent lestement l’eau encerclant le château, vestiges des antiques douves. Depuis cette époque, ‘s-Gravenwezel n’a pas changé, préservé par les Gillès de Pélichy qui en prennent possession en 1817. Lourde charge s’il en est…

Le château est finalement proposé à la vente et acquis par Axel Vervoordt en quête, à ce moment, d’un havre verdoyant. Après avoir vécu dans le centre d’Anvers, l’appel de la nature se faisait impérieux. À cette aspiration bucolique se greffait le besoin d’espaces supplémentaires pour stocker, exposer, restaurer les objets glanés à travers le monde. Cette expansion s’avérait nécessaire pour satisfaire une clientèle toujours plus importante. L’antiquaire-décorateur, dont la réputation a depuis longtemps dépassé les frontières, souhaite apporter sa touche au réaménagement intérieur afin qu’il reflète son goût de l’épure. Comme il l’avait fait précédemment dans de vénérables maisons anversoises, il combine les meubles flamands anciens avec des œuvres venues du Japon, de l’art contemporain, des sculptures antiques et des objets de curiosité comme ceux qui peuplent son cabinet, une pièce aux boiseries chaudes renfermant manuscrits et ouvrages aux reliures estampées. Et voilà ‘s-Gravenwezel sauvé, illustration du goût d’un visionnaire.

À Gand, Francis Maere a investi le premier étage du spectaculaire hôtel Falligan. © DR

Du plus pur style rococo gantois aux oeuvres XIXe et contemporaines de la galerie, il n’y a qu’un pas ! © DR

À Gand, l’hôtel Falligan a tout du château : l’imposante façade, de nobles proportions, des salons richement lambrissés et un escalier monumental. Son seul défaut est d’avoir été construit dans le centre-ville, mais quelle somptueuse demeure sortie de terre en 1755 pour Hector Falligan ! Rien n’a été négligé : colonnes corinthiennes, statues de Diane et d’Apollon, balcon en fer forgé, fronton blasonnant… Autant de détails qui affirment la qualité du maître de céans. Dès 1804, la Société royale littéraire du Club des Nobles prend ses quartiers dans l’hôtel. Elle l’occupe toujours, certes, mais le galeriste Francis Maere a investi le premier niveau, exposant dans des pièces aux murs et stucs immaculés des œuvres d’artistes belges entre 1880 et 1940. Une reconversion inattendue pour ce témoin du siècle des Lumières désormais acquis, au bel étage, aux toiles et sculptures de Rik WoutersAlbert SaverysGeorge MinneLéon de SmetÉmile ClausHenri EvenepoelAnto Carte ou encore Évariste Carpentier. Plus récemment, le fondateur du Ooidonk Art Festival s’est fait le défenseur d’artistes contemporains, une corde supplémentaire à son arc et une appropriation sentie du bel hôtel Falligan qui, comme ses “confrères”, est devenu un lieu dédié à l’art.

Photo de couverture : Cédric Pelgrims de Bigard dispose d’un écrin de la même époque que les peintures qu’il propose, un vrai privilège. © DR

Les bijoux de la reine Fabiola à l’encan

Chroniques royales

En choisissant de léguer ses bijoux à ses nombreux neveux et nièces, tant en Belgique qu’en Espagne, la reine Fabiola se doutait-elle qu’ils réapparaitraient régulièrement aux enchères ? Si la Villa Astrida de Motril a été élevée en fondation et offre aujourd’hui son cadre reposant à des séjours de méditation, les collections personnelles de l’épouse du roi Baudouin ont été réparties en suivant scrupuleusement ses dernières volontés. Mais voilà, en Belgique, en ce qui concerne les bijoux, la frontière entre les cadeaux offerts à titre privé ou officiel, n’a jamais été déterminée comme dans d’autres pays. De même, aucune fondation n’a jamais été créée pour empêcher l’hémorragie des écrins royaux.

Le Triptyque de Moulins : d'or et de rubis

Arts & Culture

Agenouillés en prière, le duc Pierre II de Bourbon et la duchesse de Beaujeu, placés sous la protection de saint Pierre et de sainte Anne, encadrent la Vierge de l’Apocalypse “enveloppée du soleil, ayant la lune sous les pieds, [et] couronnée de douze étoiles”.

France, Paris

Du 26/11/2025 au 31/08/2026

Publicité

Joël Moens de Hase : Puissance visuelle

Marché de l'art

Joël Moens de Hase est un artiste contemporain belge dont l’œuvre interpelle par son esthétique singulière et sa puissance visuelle. Il s’est imposé par un style unique : des mosaïques numériques composées de milliers d’images de sous-vêtements féminins. Observées à distance, ces compositions révèlent des silhouettes de femmes à la fois fortes, énigmatiques et rayonnantes.

Tous les articles

Publicité

Tous les articles