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Cyrano de Bergerac tient ses promesses à Villers-la-Ville

Rédaction Eventail

18 July 2019

© Del Diffusion

La pièce héroïque d'Edmond Rostand revient à l'abbatiale après 29 ans d'absence et on salue ce retour avec énormément de plaisir. Ce que l'on attend du spectacle estival dans les ruines de l'abbaye c'est une singularité. Une représentation dans des décors et une atmosphère que l'on ne pourrait retrouver dans une salle de spectacle traditionnelle. À cet égard, le Cyrano de Bergerac présenté cet été par Del Diffusion répond parfaitement à ces attentes.

L'ingénieuse mise en scène de Thierry Debroux, qui s'y entend à monter des grands spectacles, parvient à renforcer encore l'engouement du spectateur pour le héros de Rostand. Il est vrai qu'il a tout pour plaire : l'esprit, la bravoure, le courage, la fidélité en amitié, l'aversion pour la lâcheté, l'exécration de la bêtise, le panache... (pour l'anecdote, on notera néanmoins qu'un chroniqueur du Canard enchaîné avait un jour traité le personnage de Rostand de « poujadiste en rapière » !). Le metteur en scène a tiré le meilleur parti du ténébreux espace des ruines cisterciennes que de subtils éclairages rendent encore plus impressionnantes (scénographie de Vincent Bresmal, lumières de Christian Stenuit).

© Del Diffusion

C'est Bernard Yerlès qui campe l'homme au nez difforme. Il possède indéniablement ce don indéfinissable, mais indispensable pour réussir ce rôle que tous les comédiens rêvent un jour d'interpréter : le charme. En plus de leur talent et de leur savoir-faire, c'est ce charme qui auréola quelques grands Cyrano que furent Daniel Sorano, Jean Piat, Belmondo, Jacques Weber, Depardieu au cinéma ou, plus près de nous, Jean-Claude Frison.

Outre du nez, il faut aussi de la voix. Ne dit-on pas qu'un acteur, c'est avant tout une voix ? Et de sa voix, Bernard Yerlès en a suffisamment la maitrise pour surmonter l'écueil de l'acoustique du plein air. Son interprétation a aussi le grand mérite de diffuser la fragilité cachée du héros flamboyant.

© Del Diffusion 


Quant au rôle de Roxane, Anouchka Vingtier parvient à insuffler de la densité à ce personnage de Précieuse, même avant qu'elle ne devienne réellement émouvante au dernier acte, à la mort de Cyrano, lorsqu'elle réalise qu'elle n'aimait qu'un seul être et qu'elle le perd deux fois. Damien De Dobbeleer est un Christian de Neuvillette peut-être moins classiquement beau que le rôle ne le suppose mais auquel il confère plus de lucidité. Jean-Philippe Altenloh est un Le Bret, l'ami de Cyrano, très alluré et qui « grogne » à souhait. Éric De Staercke interprète un comte de Guiche original et inattendu, très loin, par exemple, de la manière plus convenue dont Jacques Weber incarnait ce grand seigneur dans le film de Jean-Paul Rappeneau. De Staercke se montre plus convaincant dans son comportement au siège d'Arras que dans ses manifestations d'amour pour Roxane. Michel Poncelet joue avec beaucoup de bonhomie Ragueneau, le généreux pâtissier-poète à qui on serait heureux d'acheter quelques tartelettes amandines.

© Del Diffusion


De la nombreuse distribution émane une énergie et un enthousiasme très communicatifs.
Une représentation fort attachante, même si les puristes regretteront sans doute quelques coupures et raccourcis opérés notamment dans certaines tirades phares comme celle des voyages dans la lune.
Le spectacle semble promis à un succès retentissant, au point qu'avant la première, les organisateurs avaient déjà prolongé d'une semaine. À voir donc jusqu'au 17 août.

Réservations : 
www.deldiffusion.be

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