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La satire couronnée

ArtArt flamandFun Fact ArtyPeinture

Bertrand Leleu

21 January 2026

Jacques Jordaens, Le roi boit

Entre fève cachée et couronne des rois, les scènes festives peintes pendant le Grand Siècle transforment un simple gâteau en miroir des hiérarchies sociales. Dans la ronde des parts, chacun goûte à la majesté…

Si le début d’année correspond au Dry January pour certains, à la célébration de l’Épiphanie pour les croyants, c’est aussi le moment de la galette des rois pour les gourmands ! La tradition de la fève trouverait son origine dans la Rome antique. Lors des Saturnales, les hiérarchies s’inversaient et chacun pouvait devenir le roi d’un jour. À partir du XVIe siècle, l’Église a christianisé cette fête païenne et les festivités autrefois populaires sont devenues universelles. Au siècle suivant, la fête de l’Épiphanie était omniprésente dans l’art flamand et hollandais. Des peintres comme Jacob Jordaens (1593-1678) ou Jan Steen (1626-1679) ont représenté avec humour des scènes truculentes où “le roi boit” : familles bruyantes, personnages ivres, enfants grimaçants… et, bien sûr, le gâteau qui sert à tirer le roi. Mais au gré des différentes versions, parfois très similaires dans leur composition, la galette se voit de temps à autre reléguée en arrière-plan, quand elle ne disparaît totalement. En effet, les familles aristocratiques refusaient qu’on puisse les associer à ces traditions jugées trop populaires, même dans une peinture festive. Sur les tableaux destinés aux bourgeois nantis, la galette trône au centre de la scène, alors que dans les versions plus élitistes elle n’apparaît plus du tout. Cette variation permet ainsi une lecture sociale d’un mets que tout le monde partageait pourtant très chrétiennement !

Photo de couverture : Jacques Jordaens, Le roi boit, ca. 1640, huile sur toile, 156 x 210 cm. © Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / photo : J. Geleyns – Art Photography

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