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Thomas de Bergeyck

11 September 2019

© Victoria Jones/Empics Entertainment/Photo News

J'imagine la main royale qui fut la sienne en ce 28 août, dans son froid bureau en tartan éclairé au feu de cheminée, lorsqu'elle dut ouvrir la fameuse boite de cuir rouge à clé d'or frappée du sceau des Windsor. Acheminée de Downing street, elle contenait le fameux document approuvant la suspension du Parlement par Boris Johnson, le temps pour lui de faire passer son Brexit dur. Never explain, never complain. Pas le choix. La souveraine a signé. Dix jours plus tard, Elizabeth devait approuver le texte de loi de « Ses Lords », qui bloque une sortie sans accord. C'est la règle. Régner oui, mais gouverner non.

Lors du discours du Trône en 2017, la reine Elizabeth II portait un chapeau bleu aux fleurs jaune rappelant furieusement le drapeau de l'Union européenne
© PA 

Lui a-t-on seulement demandé ce qu'elle désirait, au plus profond d'elle-même ? Un divorce, amiable ou forcé avec l'Europe ? Ou une conciliation ? À moins de vous appeler Philip, Charles ou William, elle ne vous répondrait pas. Car là est son devoir. Pour s'exprimer, Elizabeth ne peut que chuchoter subtilement entre les lignes, ou tenter le subliminal, en affichant ses couleurs. Les royal watchers se souviennent avec amusement de ce discours du Trône, en juin 2017, où la Reine arborait un chapeau bleu orné de fleurs aux cœurs jaunes, rappelant le drapeau étoilé européen. Déjà à l'époque, ses oreilles sifflaient face à un Brexit voulu par 52% de ses sujets un an plus tôt. Cet été à Buckingham, face à un Boris Johnson ébouriffé mais déférent, elle avait à nouveau choisi le bleu. Mais le turbulent locataire du 10 Downing Street n'a rien voulu voir. Il sait que le chef de l'état, c'est elle, mais c'est surtout lui.

[caption id="attachment_22545" align="alignnone" width=""]Boris Johnson s'incline devant la reine Elizabeth IIBoris Johnson s'incline devant la reine Elizabeth II[/caption]
© Victoria Jones/Empics Entertainment/Photo News

Comme les dents qui se déchaussent lentement, Elizabeth ressent-elle aussi une partie de son monde se dérober autour d'elle ? À moins qu'elle n'ait tout prévu pour consolider davantage encore les frontières de son royaume, face à une Europe devenue si étrangère ? En bientôt 68 ans de règne, aucun ouragan, aucune tempête, fusse-t-elle médiatique ou, pire, politique, n'a encore su faire chanceler la plus incroyable de toutes les souveraines.

Bonne rentrée à tous !

 
 

 
Retrouvez un siècle d'indiscrétions dans les coulisses des cours du monde entier dans Chroniques royales
Thomas de Bergeyck
Éditions Jourdan
2018

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