Thomas de Bergeyck
02 March 2026
Reza Pahlavi a parlé comme on émet son dernier souffle. Mais il l’a voulu comme un ultime sursaut d’espoir. Le fils du Shah a appelé l’armée régulière à se détacher du Guide suprême et exhorté le peuple à se tenir prêt pour « l’action finale ». Depuis les Etats-Unis où il vit aujourd’hui, il a même demandé à Donald Trump d’agir avec prudence afin de protéger les civils. Reza, héritier en exil tente d’occuper l’espace du vide, et rappeler au monde qu’il est en embuscade, prêt à servir.
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Je me suis posé une question simple : un prince peut-il apaiser son pays lorsqu’il est en voie d’implosion ? L’histoire montre que oui. Parfois. Prenez l’Espagne : en février 1981, des militaires investissent le Parlement. La jeune démocratie peut s’effondrer en quelques heures. Ce soir-là, Juan Carlos Ier, qui avait pris son fils Felipe avec lui pour lui montrer le « métier de roi » apparaît à la télévision, en uniforme. Il condamne le putsch. Il affirme son soutien à la Constitution. L’armée rentre dans le rang. La monarchie joue son rôle de verrou ultime. La légitimité du Roi est acquise.
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Chez nous, en 1990, en Belgique, la crise est d’une autre nature mais tout aussi explosive et l’on s’en souvient tous. Baudouin de Belgique refuse de signer la loi sur l’avortement. C’est trop lui demander eu égard à ses convictions catholiques. Le pays frôle la rupture institutionnelle. La solution trouvée est inédite : il est déclaré temporairement dans l’impossibilité de régner. Quelques heures à peine qui ont permis d’apaiser les tensions. Souvenez-vous encore de son frère Albert, lorsqu’il a tendu son doigt inquiet et furieux à la caméra pendant son discours de juillet 2011, exhortant nos élus à faire un gouvernement. Comme quoi, un pouvoir dynastique n’est pas qu’une simple présence. Elle peut agir.
© Christophe Licoppe/Photo News
Reza Pahlavi, soyons honnêtes, est très désireux de reconquérir un trône illusoire. Mais dans cette allocution qui a tout d’une adresse officielle de chef d’état, il fait preuve d’intelligence. Il joue sur la dualité entre l’armée régulière et les Gardiens de la Révolution. Il invoque la loyauté à la Nation plutôt qu’au régime. Mais pour devenir facteur de stabilité, il faudrait qu’il incarne un centre incontesté. Or l’Iran d’aujourd’hui est fragmenté : monarchistes nostalgiques, républicains laïcs et jeunes générations qui ne veulent ni turban ni couronne. Reza Pahlavi incarne aujourd’hui autre chose : une possibilité. Il rassure. Il rappelle qu’une histoire, certes parfois décriée, existe. Et peut être une solution. À condition de faire taire les armes. Mais à l’heure d’écrire ces lignes, on en est loin.
Photo de couverture : © Alexi Witwicki/Kommersant/Polaris
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