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Florence Thibaut

16 March 2022

Panneau extérieurs sur la façade d'immeubles de bureaux ou parements intérieurs, le bois est partout.

Immeuble de bureaux conçus sous forme de prisme par le bureau Samyn and Partners, à Waterloo. © DR

Immeuble de bureaux conçus sous forme de prisme par le bureau Samyn and Partners, à Waterloo. © DR

Chalets de vacances, villas modernes ou gratte-ciel, le bois permet aujourd’hui de tout bâtir. “La frilosité n’est plus de mise. On voit des projets d’envergure fleurir dans toutes les métropoles, de Vienne à Amsterdam, et les grandes villes belges ne sont pas en reste. Il y a quelques années il s’agissait surtout de bâtiments résidentiels, mais on voit aujourd’hui apparaître des écoles, des halls sportifs, etc. Architectes, ingénieurs, promoteurs sont généralement convaincus de l’intérêt du bois. Seules des contraintes techniques ou de coûts se posent encore”, introduit Hugues Frère, directeur du centre d’expertise Hout Info Bois, qui a lancé l’an passé la première édition du prix Belgian Timber Construction Awards, témoignant du savoir-faire de nos entreprises. “Construire en bois est une évidence. C’est un mode de construction qui remonte à l’Antiquité et reste toujours d’actualité, embraye Philippe Samyn, architecte et urbaniste iconoclaste. Quand j’ai lancé mon bureau, ce n’était pas du tout à la mode. Tout le monde voulait de la brique ou du béton. J’ai dû convaincre beaucoup de clients.” Fondateur du bureau Samyn & Partners créé en 1980, il est derrière des chantiers “bois” emblématiques, dont l’avant-gardiste Comptoir forestier à Marche-en-Famenne, sa première réalisation majeure. Plus récemment, l’architecte visionnaire a conçu l’ambitieuse Maison administrative provinciale de Namur. Sur 10 133 m², le bâtiment construit avec l’aide du groupe Eraerts-Jan De Nul sur deux niveaux, mêle bois et acier, et multiplie les respirations vertes. Organisé autour de huit patios rectangulaires, le colossal site administratif aujourd’hui livré rassemble tous les fonctionnaires provinciaux, doit faciliter une nouvelle organisation du travail et repenser l’accueil des citoyens. “C’est notre projet le plus impressionnant à ce jour.”

Bois & Habitat

© Bois & Habitat

Faire émerger un secteur

Si l’on revient une vingtaine d’années en arrière, ce type de chantier n’aurait jamais été commandé par un acteur public. Créé en 1999, le salon Bois & Habitat est né pour faire connaître les acteurs du secteur et utiliser au maximum les forêts wallonnes. “À l’époque, utiliser le bois dans la construction était loin d’être un réflexe. On avait encore la fable des trois petits cochons en tête. En montrant autre chose que des bâtiments en brique et mortier, le salon a donné un vrai coup de boost au secteur”, explique Muriel Hunin, directrice d’Easyfairs Wallonie, qui a racheté la marque en 2010. Fort de quarante-cinq exposants lors de sa première édition, le rendez-vous rassemble aujourd’hui plus de 180 professionnels et couvre la construction, mais aussi l’aménagement intérieur et le mobilier. Si ce mode de construction est à présent connu du grand public, il a encore une belle marge de progression. “Il reste marginal par rapport à la construction traditionnelle”, note encore la CEO. Et Philippe Samyn d’affirmer : “Il ne faut pas être angélique : une des conditions de développement de la filière bois, c’est sa compétitivité. Pour être durable, il faut construire des bâtiments peu chers. Le coût d’un édifice est le reflet de son coût énergétique.”

Grâce notamment aux panneaux en CLT, les constructions “bois” grimpent de plus en plus haut. © DR

Grâce notamment aux panneaux en CLT, les constructions “bois” grimpent de plus en plus haut. © DR

Performance & esthétique

Surélévation d’un étage sans mettre à mal les fondations, pilotis pour couvrir des parkings et amener de l’air frais, extensions avec des pièces de vie en plus vite montées, le bois est partout. Grâce à la démocratisation des panneaux en CLT (cross laminated timber), il se retrouve aussi dans des constructions de plus en plus hautes. “Brique, pierre ou acier, il se marie bien à tous les matériaux”, appuie Muriel Hunin. On peut très bien passer devant un bâtiment à ossature bois couvert de briques de parement ou de crépi sans le savoir. Sur le plan de l’esthétique, on est aujourd’hui loin de se limiter au traditionnel chalet en bois au bord de la Semois. On voit de plus en plus de constructions bois de style contemporain.” Pour faire face à cet engouement et à l’ampleur croissante des volumes demandés, l’écosystème belge se spécialise. “On a rarement vu autant d’entreprises actives sur le marché. Il y a du business pour tout le monde. Certains construisent moins de dix maisons par an, d’autres mènent de grands chantiers à l’étranger. De nombreux acteurs se spécialisent, ce qui permet davantage de préfabrication et engendre une qualité constructive homogène, mais demande aussi une intensivité de la production. Les aléas climatiques n’influent alors plus sur la construction, c’est le grand avantage.”

Le projet de Maison administrative provinciale de Namur pensé par Samyn and Partners a remporté la mise. Conçu autour de respirations vertes, ce bâtiment devrait réinventer l’accueil des citoyens. © SAMYN AND PARTNERS

Le projet de Maison administrative provinciale de Namur pensé par Samyn and Partners a remporté la mise. Conçu autour de respirations vertes, ce bâtiment devrait réinventer l’accueil des citoyens. © SAMYN AND PARTNERS

Brique manquante dans la filière belge : les masters spécialisés. “Toutes les fonctions peuvent être rencontrées en Belgique, mais on manque encore d’ingénieurs civils spécialisés. Une formation ‘bois’ permet généralement plus de créativité et d’innovation”, note Hugues Frère. “Les cursus ne sont pas encore tout à fait à la pointe dans le pays, confirme Muriel Hunin. Les projets émergent souvent grâce à la volonté de l’architecte d’être plus durable ou grâce à l’intérêt du consommateur final, même si on voit aussi doucement des marchés publics qui imposent le bois comme critère d’attribution.” Ainsi, équipements collectifs, crèches, casernes de pompiers ou maisons de repos se parent aujourd’hui de bois. “Pour remporter ce type de marché, il faut une certaine taille. On a vu certains de nos exposants s’industrialiser et se spécialiser dans les grands volumes”, partage-t-elle encore.

Panneau extérieurs sur la façade d'immeubles de bureaux ou parements intérieurs, le bois est partout. © DR

Panneau extérieurs sur la façade d'immeubles de bureaux ou parements intérieurs, le bois est partout. © DR

Bois, recyclage et durabilité

Moins polluant, absorbant poussière et CO2, facilement réutilisable et démontable, le bois permet des chantiers plus courts et moins nocifs. “Par essence, le bois a toute sa place dans un contexte de changement climatique, rappelle Hugues Frère. Les inondations qui ont frappé la Wallonie, cet été, en sont une bonne illustration. Par sa légèreté, sa rapidité de mise en œuvre  et ses performances d’isolation, ce matériau est tout désigné pour créer des logements en un temps record.” “L’aspect recyclable du matériau est une partie importante de l’équation, le rejoint Philippe Samyn. Plus on construit des bâtiments multifonctions, végétalisés, sensibles et respectueux de l’homme et de son environnement, plus on augmente leur durée de vie. Les bâtiments qui passent les siècles ont des qualités sociétales er esthétiques prouvées. Ainsi, la tour de bureaux monolithique des années 1970 n’a plus lieu d’être.”

Bois & Habitat © DR

© DR

Si construire en bois reste souvent légèrement plus cher, quand on analyse tout le cycle de vie des bâtiments, l’écart se réduit. “Il est essentiel d’envisager la construction, la maintenance et la fin de vie pour mettre en perspective les devis”, souligne Admon Wajnblum, chargé de communication pour le groupement professionnel Ligne Bois, partenaire du salon Bois & Habitat. Autre point déterminant, il faut évaluer la provenance des espèces utilisées. “90 % des bois utilisés dans l’Union européenne viennent d’Europe. La superficie de la forêt européenne ne cesse de croître, se réjouit Hughes Frère. La construction ne contribue en rien à la déforestation. Le processus est parfaitement durable et viable.” Et Muriel Hunin de conclure : “Les enjeux énergétiques et environnementaux attendus à l’horizon 2050 sont immenses. Construire en bois peut-être une des solutions”.

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